Nos marmots

La réforme des programmes à venir, ça donne quoi pour nos enfants ?

L’ex-ministre de l’éducation Vincent Peillon avait annoncé une « refondation de l’école », dont la mesure phare – et contestée – fut celle du passage à la semaine de 4 jours et demi en primaire. Najat Vallaud-Belkacem, depuis, a lancé la réforme des programmes, de la maternelle à la fin de la 3e. Les enseignants seront consultés avant une mise en œuvre qui devrait intervenir à la rentrée 2016. Concrètement, qu’est-ce qui va changer pour les enfants et les adolescents ?

Une organisation en cycles renforcée

Le premier changement important vient du fait que les programmes ne seront plus annuels mais pensés en cycles de trois ans. Cycle 1 pour la maternelle (non obligatoire), cycle 2 du CP au CE2, cycle 3 du CM1 à la fin de la 6e, et dernier cycle de la 5e à la 3e. Les enseignants n’auront plus une liste de compétences et de connaissances à faire assimiler chaque année, mais des « attendus » à valider au terme de chaque cycle, en lien avec le socle de compétences. Autrement dit, ils seront libres de déterminer, sur trois ans, l’ordre dans lequel ils enseigneront ces « attendus », en concertation au sein des écoles.

Des enseignants libres d’innover

Les enseignants seront également libres de leurs pratiques et contenus pédagogiques, ceux-ci devant s’adapter à leur public. Cette nouvelle liberté tient compte des innovations pédagogiques qui ont fait l’objet d’études ces dernières années : quand un enseignant s’adapte à ses élèves, teste des procédés et les rend pérenne s’ils fonctionnent, les résultats des enfants s’améliorent. C’est pour favoriser cette créativité – ce bon sens ? – pédagogique que la réforme insiste sur la liberté des équipes enseignantes. Les syndicats grognent car, selon eux, cela favorisera la compétition entre les professeurs et entre les établissements.

Du CP au CE2, focus sur le français

L’importance capitale de la maitrise de la langue française, à l’oral comme à l’écrit, fera l’objet d’une attention particulière au cycle 2. Outre les traditionnelles leçons de lecture, d’écriture, d’orthographe, de grammaire, les élèves devront utiliser la langue comme moyen de communication : raconter une sortie en sciences, faire un exposé sur un personnage historique étudié, expliquer comment ils ont fabriqué un objet, etc., c’est-à-dire assimiler l’utilité de la maîtrise du langage oral et écrit. Comme c’est déjà le cas, l’apprentissage d’une langue étrangère ou régionale viendra renforcer les compétences de communication, de même que des pratiques artistiques et sportives. Les élèves devront apprendre à exprimer leurs émotions et à coopérer de manières diverses. Cette dimension du « vivre ensemble » sera d’ailleurs privilégiée de diverses manières, et notamment par un enseignement moral et civique. D’une manière générale, l’accent est mis sur la communication mais aussi sur la méthodologie et les pratiques numériques, et ce dans toutes les disciplines. On perçoit clairement une volonté de décloisonner et d’utiliser les savoirs pour favoriser l’apprentissage de compétences générales. Les nouveaux programmes sont d’ailleurs rédigés en ce sens : domaine 1 les langages pour penser et communiquer, domaine 2 les méthodes et outils pour apprendre, domaine 3 la formation de la personne et du citoyen, etc. Les mathématiques et les sciences (rebaptisées Questionner le monde) ne sont pas laissées pour compte, avec une liste d’attendus assez longue, intégrant calcul, géométrie, grandeurs et mesures, etc. Cependant on sent, à la lecture de la proposition du Conseil Supérieur des Programmes, que ces disciplines ne sont pas au centre du cycle mais davantage à sa périphérie, sans pour autant devenir accessoires.

Du CM1 à la 6e

C’est une des grandes nouveautés proposés par ces nouveaux programmes : l’intégration de la première année de collège au dernier cycle du primaire. L’arrivée au collège constituant souvent un choc important pour les élèves, le ministère souhaite adoucir cette transition, via ce nouveau cycle. Concrètement, cela signifie que les enseignants du primaire et du collège vont devoir travailler de concert pour mettre en place les enseignements dispensés durant ce cycle. Etant donné l’étanchéité qui règne souvent entre écoles et collèges, cela ne se fera pas sans difficultés. Le conseil école-collège, en place depuis deux ans, n’a pour le moment pas donné lieu à des changements significatifs, mais avec les nouveaux programmes, les enseignants n’auront plus la possibilité de déroger à cette coopération.
Côté contenus, l’objectif est avant tout de consolider ce qui aura été étudié au cycle 2. On renforce, on comble les lacunes, on approfondit. La maîtrise de la langue est toujours au centre des apprentissages, ce qui est logique étant donné que sans une bonne compréhension de l’écrit et la capacité à s’exprimer correctement, l’accès aux autres disciplines demeure très difficile. Lydie, professeur de SVT en collège, témoigne : Les élèves ont du mal à comprendre les consignes, même si on les reformule. Ils ne comprennent pas ce qu’il faut faire. Alors imaginez ce que ça donne quand il faut comprendre des documents qui nécessitent un vocabulaire étendu ! Dans ce nouveau programme, il est stipulé que « l’élève va acquérir les bases de langages scientifiques qui lui permettent de formuler ou de résoudre des problèmes, de traiter des données ». En outre, la réflexion sur la langue pour faire de véritables choix d’expression débute avec ce cycle 3, ainsi que la notion de littérature.
Autre nouveauté, l’enseignement de l’histoire et de la géographie ne commenceront qu’en CM1, avec les sciences au sens strict (et non plus seulement des découvertes concrètes de l’environnement immédiat) et la technologie. En EPS, arts plastiques et visuels, éducation musicale, l’accent sera mis sur la pratique et la technique plus que sur l’expression personnelle. Enfin, la méthodologie et l’enseignement moral et civique se poursuivent, de même que la langue étrangère ou régionale, dans une déclinaison qui vise là encore à explorer des domaines plus que des connaissances cloisonnées.
Notons la mise en place d’un Parcours d’Education Culturelle et Artistique (PECA), du CP à la fin de la 3e, qui devrait permettre de balayer largement tous les arts et d’éviter que certains fassent plusieurs sorties par an et d’autres aucune.

Cycle 4, de la 5e à la 3e

Les trois années du dernier cycle sont quant à elles centrées sur le rapport de l’élève avec lui-même, avec les autres, avec le monde qui l’entoure. « L’élève est amené à conjuguer d’une part un respect de normes qui s’inscrivent dans une culture commune, d’autre part une pensée personnelle en construction, un développement de ses talents propres, de ses aspirations, tout en s’ouvrant aux autres, à la diversité, à la découverte… ». Ces lignes du rapport laissent entendre une volonté de développer l’esprit critique mais aussi de rappeler constamment le respect des règles et des lois, point faible souvent décrié du collège.
L’orientation est mise en exergue à travers un Parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel. Actuellement, un stage d’observation d’une semaine est obligatoire en 3e, mais avec ce parcours c’est dès la 5e que les élèves commenceront à s’initier au monde de la vie active. Les modalités ne sont pas encore précisées. Bien que ce ne soit pas clairement indiqué, on songe aux 122000 élèves qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme… et qu’il s’agit de mieux orienter, sans choix par défaut. On songe également aux filières bouchées et aux formations sans débouchés. Une meilleure information ne pourra qu’aider les élèves et leurs familles à faire des choix judicieux.
L’éducation aux médias et à l’information devient un champ disciplinaire à part entière, et plus seulement une sous-matière du français. Avec le développement exponentiel des pratiques numériques chez les jeunes, on ne peut que se réjouir d’une telle éducation à ces nouveaux supports, au-delà de la simple maîtrise des outils (internet, traitement de textes…). Cependant qui assurera cette éducation aux médias ? Même question pour l’enseignement moral et civique, qui se poursuit au collège, à l’instar des Parcours d’éducation culturelle et artistique.
La réponse réside peut-être dans un souhait d’interdisciplinarité, qui évoque des travaux de groupe, des réalisations personnelles, l’engagement dans la création d’événements culturels, des démarches de projets, autrement dit la contribution de plusieurs disciplines à la réalisation d’un objectif concret et tangible (héritage de la pédagogie Freinet ?). Cette innovation est appelée EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires), sous l’entière responsabilité de chaque établissement, et à hauteur de 20 % de l’emploi du temps des élèves. Cette partie de la réforme suscite un très vif débat sur les réseaux sociaux.

Il y a une quinzaine d’années (2002), les itinéraires de découverte avaient été mis en place dans cette perspective, puis abandonnés lors de la réforme de 2008. Mais dans la mesure où l’enseignement se conçoit, dans cette proposition, par domaines et non plus par disciplines cloisonnées, il est possible que cette volonté d’élargir les pratiques interdisciplinaires puisse être suivie de résultats.
Une seconde langue vivante serait introduite dès la 5e, avec pour corollaire l’embauche de 4000 enseignants supplémentaires. Certains y voient une manipulation médiatique, au détriment de l’enseignement des langues anciennes (latin et grec), et la polémique est assez vive à ce sujet. Les six syndicats opposés à la réforme, dont le SNES-FSU, s’indignent de la suppression des classes bilangues et des sections européennes liée à l’introduction anticipée de cette seconde langue vivante pour tous dès la 5e. Un appel à la grève le 19 mai 2015 a d’ailleurs été lancé.
Enfin, au sein de chaque discipline, l’enseignement serait organisé en thèmes déclinés en questionnements, et non plus en axes. En français par exemple, les quatre thèmes retenus pour les trois années sont : Se chercher/se construire, Vivre en société/participer à la société, Regarder le monde/inventer des mondes, Agir sur le monde. Chaque année, les thèmes seront abordés suivants différents questionnements, tels que « Le groupe (amis, famille, réseaux), entre épanouissement et enfermement » (5e), « Individus et société, confrontations de valeurs ? » (4e), « Dénoncer les travers de la société » (3e) pour le thème Vivre en société/participer à la société.
Il s’agit donc bien d’une refonte complète des programmes, et non de petites modifications. Bien que les compétences attendues à la fin du cycle du collège soient sensiblement les mêmes qu’actuellement, les contenus vont grandement changer, avec une large place accordée aux pratiques numériques, aux documents d’actualité ou contemporains, aux innovations diverses et variées.

Une véritable réforme

Pour les élèves, si cette réforme est adoptée malgré les protestations syndicales (en l’état elle ne constitue qu’une proposition), cela signifie un changement en profondeur : initiation précoce au monde économique, posture de citoyen responsable, apprentissage de la coopération et de la mobilisation complexe des différents savoirs, ouverture sur le monde, adaptation à l’ère numérique. Bien que plusieurs de ces axes soient déjà mis en place, ce n’est que de manière superficielle. La réforme s’appuie, pour le primaire, sur les doléances des enseignants et présente l’avantage majeur de redonner sa place fondamentale à l’apprentissage de la langue. Pour le collège, elle vise clairement à former de futurs adultes adaptés à la complexité du monde dans lequel nous vivons. Sur le papier, elle semble bénéfique. Reste à savoir comment elle sera, le cas échéant, mise en œuvre, avec cette liberté toute nouvelle accordée aux enseignants et aux établissements.

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