La question du mois

Peut-on vivre sans argent ?

« L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue » dit l’adage populaire. Et si nous nous levons chaque matin pour aller au boulot ou en chercher, c’est bien pour gagner de l’argent. Pourtant, si nous étions libérés de cette contrainte, pourrait-on vivre heureux ?

A première vue, le défi semble impossible à relever. De l’argent, il en faut pour tout : se loger, se nourrir, s’habiller, se divertir… Il est pourtant des milliards de gens qui vivent sans un sou ou presque, en Asie, en Afrique et ailleurs. Mais leur mode de vie nous paraît peu enviable, inconfortable. Nous l’assimilons à de la survie. La question véritable est donc : peut-on vivre, correctement, dans nos sociétés occidentales sans argent ? La réponse est « oui », aussi étrange que cela puisse paraître. Mais attention : sans argent ne veut pas dire sans rien faire ! Et cela implique de bannir l’individualisme.
C’est un challenge qui se prépare… avec de l’argent. Il faut d’abord fonder une SCI avec quelques copains et/ou membres de la famille, puis acheter une maison à la campagne, dotée d’un grand jardin, voire terrain. L’offre est pléthorique, les jeunes campagnards émigrant tous dans les villes pour trouver du travail. Lors de la préparation du projet, il faudra penser à acheter tous les outils, graines, équipements nécessaires.
Il est impératif qu’au sein de cette petite communauté chacun ait un talent particulier : un(e) bon(ne) bricoleur/euse, voire deux, pour tous les travaux d’entretien et d’aménagement de la maison (qui doit être grande). Il ou elle pourra au fur et à mesure montrer son savoir-faire pour que chacun puisse le relayer. Il faut également une personne qui s’y connait un peu en jardin potager et en élevage (poules, lapins…) : elle enseignera aux autres, qui devront mettre la main à la pâte. Idem pour la cuisine, l’instruction des enfants, l’informatique ou tout autre activité : une personne ressource au départ enseigne son savoir-faire et, peu à peu, chacun devient capable de participer à toutes les tâches, plus ou moins selon ses aptitudes. Nous avons tous des compétences diverses. A nous de les mettre au service de chacun.

Vivre sans argent implique donc deux choses : vivre en communauté, et ne pas être fainéant. C’est le principe des villages autonomes qu’on voit fleurir depuis quelques années (liste).
Mais une fois que l’on a le logement, le potager/verger, les œufs et les vélos, on fait comment pour le reste ?
Pour s’habiller, on compte sur la solidarité avec les relais de la Croix-Rouge ou Emmaüs, ou encore les vide-placards qui fonctionnent sur le principe du troc ou du don (une quantité de groupes, classés par département, pullule sur Facebook). Peur de ne pas être à la mode ? Vous seriez surpris de ce dont les gens se débarrassent…
Pour trouver les objets qui manquent, on a recours aux sites de prêt entre particuliers, comme www.pretoo.com, où l’on peut trouver des outils de bricolage, du matériel de puériculture, des jouets, mais aussi des appareils à raclette, des voitures, des DVD… Non seulement on ne débourse rien, mais en plus on participe au développement durable en limitant la production massive d’objets manufacturés qui polluent la planète.
Pour se divertir, une connexion internet suffit (films, livres en PDF, infos, jeux). Quand on se lance dans ce genre de projet, un ordinateur est indispensable, pour utiliser toutes les ressources de l’économie collaborative. Quelques euros par mois, ça se trouve : vendre les surplus du potager, des objets artisanaux sur les marchés, une compétence en informatique, en traduction ou en plomberie en offrant ses services sur www.jemepropose.com par exemple. Sans compter la possibilité de jouer à des jeux de société, aux cartes, aux échecs, etc. avec les copropriétaires de la maison.
Pour se soigner, aucun problème avec la CMU, qui garantit tous les soins de base, sans avoir à débourser pour une mutuelle. Et comme vous ne gagnez pas d’argent, vous y avez droit.
Pour se déplacer/voyager, outre le prêt de voiture et le vélo, vous pouvez aussi penser au co-voiturage moyennant une somme très modique (même principe que pour payer la connexion internet et la ligne de téléphone fixe). Certes il s’agit d’argent, mais sans avoir besoin d’un emploi, et de toutes les contraintes qui vont avec. Vous pouvez aussi avoir recours au troc, grâce aux SELs par exemple, des associations qui proposent de troquer un service contre un autre. Vous pouvez aussi échanger votre chambre contre une autre au bout du monde, via couchsurfing.com par exemple (plus d’une dizaine de sites propose ce type d’échange). Et si personne ne vous a offert le billet d’avion pour votre anniversaire, en se cotisant sur une plateforme telle que www.leetchi.com, vous pouvez postuler en tant que client mystère chez un Tour opérateur, qui vous paiera les frais contre des avis justifiés.
Pour vous instruire/vous former, outre la bibliothèque, vous pouvez avoir recours aux MOOCs sur internet, des plateformes qui offrent des formations très complètes dans divers domaines, gratuitement. Les tutoriels de youtube sont aussi assez nombreux pour apprendre à faire à peu près n’importe quoi. Il existe enfin quantité de blogues qui permettent de développer son savoir et son savoir-faire, de la couture à la programmation informatique, en passant par la grammaire ou la fabrication des huiles essentielles.

Comme vous ne gagnez pas d’argent ou presque (le RSA et le Revenu minimum vieillesse garantissent tout de même un apport de 500 à 800 € par mois), vous n’êtes pas imposable et vous avez droit à toutes sortes d’aides, notamment pour payer l’électricité/le gaz/l’eau. Et si chaque membre de la communauté met au pot commun une partie de son revenu, ces factures se payent aisément. Vous pouvez aussi vouloir bâtir un eco-habitat, autonome en énergie, doté d’une éolienne et/ou de panneaux solaires, ou encore d’un générateur qui fonctionne à l’énergie libre. De cette manière, la communauté devient parfaitement autonome, mais le confort est plus spartiate : il faut beaucoup d’énergie pour alimenter un frigo, du chauffage, une machine à laver, un four, etc, et tout le monde n’a pas forcément envie de revenir au temps de nos grands-parents, même si le « tout naturel » a son charme.
On pourra objecter que si tout le monde fait ça, il n’y aura plus de salariés ni d’entreprises, et donc plus de subsides de l’état. Avant qu’on en arrive là, vos enfants ou petits-enfants seront grands et le monde aura changé. Mais on peut imaginer que certaines personnes resteront quoi qu’il en soit sensibles aux attraits de l’argent, générant ainsi la possibilité pour les autres de toucher un revenu de base, modique mais suffisant pour vivre.

Enfin comment faire si l’on préfère vivre en ville, et si l’on ne veut pas vivre en communauté ?
D’abord, il est tout à fait possible d’imaginer le même type de communauté en ville : les jardins partagés, les incroyables comestibles, sont des initiatives qui tendent en ce sens, et en ville le problème des transports ne se pose plus puisqu’il y a le bus, tramway, métro, vélib, etc. Il suffit de trouver un logement assez grand, pour que chacun puisse avoir sa chambre. Car il ne faut pas confondre communauté et promiscuité : les colocataires, de plus en plus nombreux du fait de la crise du logement, savent bien que partager un lieu de vie ne signifie pas partager toute sa vie. Chacun a son espace privé (une chambre en général) et tout le monde peut, ou non, se retrouver dans la pièce commune. Ce mode de vie implique souvent de réapprendre les relations humaines, de cultiver la courtoisie, le respect et la tolérance, mais est-ce un mal ? A l’heure où la solitude devient un fléau, où le lien social se délite trop, vivre au sein d’une petite communauté permet de rester en phase avec l’altérité et de s’ouvrir à de nouveaux horizons. Une bonne discussion autour d’un apéro, une franche rigolade lors de travaux d’aménagement, une séance de confidences à la nuit tombée, valent plus que tous les écrans du monde, et nous le savons. De plus, quand nous avons un emploi, nous passons 8 heures par jour avec des collègues et/ou des supérieurs que nous n’apprécions pas toujours. Vivre au quotidien avec quelques personnes choisies ne peut pas être pire !

Sans compter que, même si la vie en communauté demande de participer activement aux tâches nécessaires, le temps libéré permet aussi d’avoir la possibilité de pratiquer une passion (même les plus onéreuses, ce peut être un choix), de sortir sans avoir besoin de payer une baby-sitter, de s’impliquer dans des projets associatifs, de créer, de rêver… ou d’aller faire la fête ! Là encore, point n’est besoin de beaucoup d’argent : une soirée entre amis, où chacun amène quelque chose, y compris sa musique, est souvent plus réussie qu’un dîner dans un restaurant chic ou qu’une beuverie dans une boîte de nuit.

On le voit, vivre sans argent, ou du moins avec très peu d’argent, est tout à fait possible dès lors que l’on accepte de sortir de son individualisme et de la névrose de la possession. Acheter un écran plat géant ou une voiture surpuissante n’a jamais rendu heureux quiconque. Lézarder sur une plage des Maldives non plus, sauf ceux qui, justement, n’ont plus le temps de vivre le reste de l’année. Se libérer de la course à l'argent Le pouvoir de se sentir libre et heureux n’est-il pas plus précieux que celui que confère l’argent ? Et savoir que l’on participe à une économie durable qui limite la pollution, n’est-ce pas enthousiasmant ? Se regarder en face dans le miroir chaque matin et se dire qu’on fait du mieux pour soi et pour les autres, n’est-ce pas ça, le bonheur ?

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3 Comments

  1. Merci pour l’article. Vivre sans argent est tout à fait possible du point de vue énergétique et alimentaire ! Par contre, pour habiter il faut un minimum (une base comme une maison que l’on a hérité ou au minimum un terrain)…

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