Nos marmots

Mon enfant entre au CP ou en 6e

Bien que les rites d’initiation tendent à disparaître dans nos sociétés modernes, certaines étapes de la scolarité sont associées à un grand passage, qui marque un avant et un après. L’entrée au CP signe la fin de la petite enfance, et l’entrée en 6e signale l’entrée dans l’adolescence. Ces transitions sont souvent anxiogènes pour les parents et pour les enfants. A tort ou à raison ?

Les changements d’habitudes

Pour tout être humain, la nouveauté est à la fois excitante et effrayante. L’entrée dans un univers inconnu, celui de « la grande école » ou du collège, est source d’angoisse autant que de curiosité. La manière dont les choses vont se passer pour l’enfant dépend donc en grande partie de son éducation. S’il a été mis en confiance régulièrement face à des situations nouvelles, et qu’il sait pouvoir s’adapter dans des contextes nouveaux, l’enfant devrait vivre cette transition sans trop d’appréhension. Le fait de changer d’école, d’environnement, de personne référente (la maîtresse ou le maître, puis les professeurs), et souvent de copains, bouleverse l’enfant qui n’est pas suffisamment sécurisé en son for intérieur. Pour ménager ces importantes transitions, les parents ont donc un rôle majeur à jouer durant les années qui précèdent. Il s’agit de ne pas surprotéger l’enfant, de le laisser prendre des risques (mesurés), de lui faire confiance dans des situations inédites. Les enfants qui vivent mal l’entrée en CP ou en 6e (et plus tard au lycée) sont ceux qui ne se sentent pas capables de relever des défis, auxquels on a laissé peu d’autonomie et d’initiatives. Encourager son enfant à développer ses capacités et compétences, dans tous les domaines, est le meilleur moyen de lui donner foi en lui, et de le préparer à vivre sereinement les grands rites de passage.

Il/Elle entre au CP

L’entrée à l’école élémentaire se solde par l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, et de l’arithmétique. Les enfants ayant été à la maternelle sont en général très bien préparés à ces acquisitions, et le CP est pour eux une phase de consolidation et d’approfondissement plus que de découverte. Le problème se pose lorsque l’élève n’a jamais été confronté aux règles de la vie en communauté, et n’entre à l’école qu’à ses six ans, à l’âge de la scolarité obligatoire. C’est une situation très rare, mais problématique. L’enfant doit alors à la fois s’habituer à la vie en groupe, à un nouvel environnement, à des méthodes qui lui sont inconnues. C’est trop à la fois.
Une bonne façon de préparer sa progéniture à l’entrée en CP est de lui donner envie d’apprendre à lire et compter. Comme il passera une majeure partie de l’année sur ce type d’apprentissages, la transition sera d’autant plus facile s’il est motivé pour faire les efforts nécessaires. Comment lui donner cette envie ? En montrant l’exemple. Un enfant a toujours envie et besoin d’imiter ses parents. S’il est mis régulièrement en situation d’observer ses parents prendre du plaisir à la lecture, que ce soit pour eux-mêmes ou pour lui raconter des histoires, il développera naturellement l’envie d’en faire autant. La fameuse histoire lue le soir au coucher est une des meilleures préparations au CP ! S’amuser à compter et additionner fonctionne aussi dans ce sens. Compter les haricots qu’on équeute, les vaches dans un pré ou le nombre de voitures rouges lors d’un trajet, permet d’allier l’utile à l’agréable.

Il/Elle entre en 6e

Le collège est souvent considéré comme un endroit dangereux où se fomentent les pires bêtises. Les grands 3e apparaissent comme des géants hostiles aux petits 6e qui n’ont pas de grands frères ou sœurs. Le fait de passer d’un enseignant à une petite dizaine s’avère également très déstabilisant, car il faut s’habituer au style de chacun. De plus, alors qu’au primaire les devoirs étaient limités aux leçons à apprendre, l’entrée au collège se solde par une somme de travail personnel nettement plus importante. Enfin, le rapport aux élèves y est, dans la plupart des cas, beaucoup moins affectif et maternant.
La grande nouveauté du collège ne se situe donc pas tellement au niveau des apprentissages (et ce sera d’autant moins le cas après la réforme de 2016 puisque la 6e fera partie du même cycle que les CM1/CM2), mais bien plus au niveau de l’environnement lui-même. L’enfant faisait partie des « grands » de son école, et le voici tout à coup parmi les « petits ». Il n’y a plus une façon de travailler, mais une dizaine, adaptée à chaque enseignant et à sa discipline. En cas de problème avec ses pairs, même s’il peut en parler à la CPE, à l’infirmière ou à son professeur principal, il sait qu’il ne peut se reposer entièrement sur les adultes pour les résoudre : il doit mûrir, trouver des solutions par lui-même. En outre, il lui faudra changer de salle toutes les heures, apprendre à gérer un casier et son matériel en fonction de l’emploi du temps, anticiper son travail personnel de longue haleine (exposés, lectures imposées, gros contrôles).
Toutes ces nouveautés à la fois sont difficiles à assimiler pour un enfant de 11 ans. C’est pourquoi il est capital qu’il soit aidé par ses parents. C’est hélas le moment que choisissent beaucoup de parents pour justement « lâcher la bride », en arguant du fait que l’enfant « est grand maintenant ». Même si, de fait, l’enfant se transforme peu à peu en adolescent, il reste à cheval sur l’enfance et a besoin de ses parents pour l’aider à construire son autonomie. Le laisser tout gérer de but en blanc est donc très risqué. Certains enfants sont plus matures que d’autres et parviennent à négocier ce virage sans encombres et sans l’aide de leurs éducateurs. Les conseils de leurs professeurs leur suffisent. Mais dans leur grande majorité, les 6e ont encore besoin d’être accompagnés : les aider à préparer leur sac, surveiller leurs devoirs et leur montrer comment s’organiser, s’intéresser à leurs relations avec leurs camarades, leur demander ce qu’ils ont appris d’intéressant, les aider dans les tâches qui leur sont difficiles (sans les faire à leur place), rencontrer leurs enseignants en cas de souci, sont autant de mesures qui permettent à l’élève de 6e de prendre progressivement de l’assurance dans son nouvel environnement. La difficulté consiste à savoir doser entre accompagnement et assistance ! Un bon indicateur réside dans l’exclamation, au bout de quelques mois, du pré-ado qui refuse soudain que vous l’aidiez : « Mais laisse-moi faire, je ne suis pas un bébé ! ». Ce rejet est le (bon) signe qu’il a acquis la maturité et la confiance suffisante pour tenter de se débrouiller seul. Et si cette autonomie provoque quelques erreurs et désagréments, ne lui en tenez pas rigueur : on n’apprend pas à marcher en un jour, tout comme on n’apprend à se gérer entièrement en quelques mois.

Les signes qui doivent alerter

Si toutefois l’enfant, pour diverses raisons, ne s’acclimate pas bien, les conséquences peuvent être désastreuses : phobie scolaire, retards d’apprentissages et lacunes qui le poursuivront pendant des années, voire dépression. C’est pourquoi il convient de se montrer vigilant et de repérer les premiers signes d’alerte : manque d’appétit, pleurs en rentrant de l’école ou avant d’y aller, sommeil perturbé, perte d’intérêt pour les activités habituelles, repli sur soi. Si ces signes persistent plusieurs semaines (en dehors de tout drame familial), c’est qu’il y a problème. En discuter avec l’enseignant/professeur principal est le premier réflexe à avoir, pour tenter de cerner au mieux ce qui se passe. Le dialogue avec l’enfant est évidemment nécessaire, en toute bienveillance pour ne pas le bloquer. Si ces mesures s’avèrent inefficaces, le recours à un psychologue peut alors s’avérer très utile. Quelques séances suffisent en général. Vous pouvez aussi demander à une tierce personne (tante, marraine, éducateur sportif ou autre) de discuter avec l’enfant pour comprendre ce qui le tourmente. Le fait de pouvoir exprimer son désarroi le soulagera grandement, et des solutions pourront alors être envisagées.

Une question de confiance

La confiance qu’ont les parents dans l’institution scolaire demeure un facteur capital pour que l’enfant s’adapte au mieux. S’il entend à la maison que les enseignants sont tous des incapables et que l’école ne sert à rien, il y a fort à parier qu’il ne sera pas motivé par le fait d’y aller tous les jours ! De nombreux malentendus opposent parents et enseignants, qui peuvent avoir de fâcheuses répercussions. Afin de les éviter, il ne faut pas s’en remettre qu’à la parole de l’enfant (souvent déformée par son point de vue immature), mais discuter également avec le ou les professeurs pour avoir une approche la plus objective possible de la situation. Chaque enfant est unique, et l’institution scolaire peine parfois à prendre en compte les particularités de chacun. Le dialogue est le meilleur moyen d’aboutir à un consensus qui satisfasse les petits comme les grands.
De plus, les enfants sont de véritables éponges émotionnelles : si leurs parents ont peur de quelque chose, ils le craignent aussi. Aucun discours rassurant ne peut avoir d’impact s’il n’est pas sincère ! C’est pourquoi les parents doivent se tranquilliser, faire confiance à leur enfant aussi bien qu’aux enseignants, et partir du principe que tout va bien se passer. Si problème il y a, il sera toujours temps de s’en occuper le moment venu. Mais anticiper les soucis ne préserve pas de ces derniers, bien au contraire !

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2 Comments

  1. Tony says:

    Bonjour,
    Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dîtes. Et pour aller plus loin, je pense qu’il y a encore une étape de la scolarité associée comme un grand passage : L’entrée dans des études supérieures. On passe de la phase d’adolescent à une phase d’adulte, et beaucoup stressent quant à leur orientation. A savoir s’ils ont fait le bon choix..
    Bonne continuation,
    Tony

    • Adélaïde Dean says:

      Absolument, c’est un passage au moins aussi difficile, voire davantage car les enjeux sont grands et la conscience de ces derniers rend les choses plus délicates… Merci pour votre commentaire et à bientôt !

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