La question du mois

C’est quoi, l’économie collaborative ?

On ne va pas se contenter de vous dire « c’est l’autre nom de l’économie circulaire ». On va tout vous expliquer, parce que si la formule se fait de plus en plus présente, ce n’est pas pour rien. Pour autant, l’économie collaborative n’est pas l’économie circulaire, ni l’économie sociale et solidaire. Chacune a ses spécificités. On les confond pourtant souvent car elles s’entrecroisent aussi bien en pratique qu’en théorie.

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Parlez-vous le crow ?

Vous avez forcément entendu parler des sites de crowdfunding, de financement participatif, comme Ulule ou Kisskissbankbank pour ne citer que les plus connus (on en recense 21 en France, chacun avec sa spécialité). Ces sites mettent en relation des porteurs de projets et des internautes, lesquels financent à hauteur de 5, 10, 50, 100 euros ou plus, en échange de goodies. C’est la version moderne du mécénat, par des anonymes. Vous avez certainement eu vent également du micro-crédit, des plateformes de prêt telles que Hello Merci. Là il s’agit d’investir dans une entreprise que l’on souhaite encourager, avec remboursements par l’entreprise emprunteuse et, souvent, intérêts. Sur certaines on devient actionnaire, ou producteur. Une nouvelle façon de placer son épargne, à la fois solidaire et ciblée, sans passer par une banque.
L’économie collaborative permet donc de faire fi des circuits traditionnels – banques et sociétés de crédit aux taux usuriers – pour que se développent des projets de tous ordres : écologiques, artistiques, commerciaux, en lien avec l’éducation, les transports, etc. En cela, elle est un vecteur de dynamisme économique incomparable, car tout va très vite sur internet. Or c’est là que tout se passe. L’économie collaborative est la fille de la crise et d’internet.
Mais ce n’est pas qu’au niveau financier que l’économie collaborative se manifeste et prend de l’ampleur. Elle essaime dans tous les domaines de la vie quotidienne, privée et publique.
Ainsi on a vu ces derniers mois se développer le crowdimpacting, littéralement « l’impact de la foule ». Il s’agit toujours du financement participatif, mais en direction des ONG et des projets à tonalité sociale. Du réseau social WeeAkt, sur lequel on s’engage sur une mission responsable ou positive, à Call for team, plateforme permettant de mettre à disposition ses compétences sur des projets innovants, c’est tout un pan du tissu social qui est en train de se transformer. Les pouvoirs publics, tels que les collectivités territoriales, sont depuis un bon moment relayés par les associations. Le crowdimpacting s’inscrit dans cette continuité, en faisant un pas de plus vers l’autonomie citoyenne. Chacun peut, à son petit niveau, impacter la direction que prend la société dans son ensemble, de manière plus pragmatique qu’avec un bulletin de vote. Il ne s’agit plus de souscrire à un programme, de croire en des promesses, mais bien d’agir soi-même, et de voir le résultat rapidement. L’économie collaborative est une révolution silencieuse et numérique.

L’économie au service du collectif

Le crowdimpacting rejoint l’économie sociale et solidaire, dont le but affiché est de concilier économie et utilité publique/collective, sans que l’aspect lucratif de l’opération soit une priorité, bien au contraire. C’est une formule qui existe déjà depuis belle lurette : les associations constituent actuellement le gros des troupes de ce type d’économie, investie également par les coopératives, les mutuelles, les fondations… 10 % des salariés français sont concernés. Les AMAP ( Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) permettant aux particuliers de commander chaque semaine un panier issu des productions agricoles locales, mais aussi les SCIC (Sociétés coopératives d’intérêt collectif) dans lesquelles une personne = une voix, les monnaies locales ou d’échange telles que le SEL (Système d’Echange Local) ou le commerce équitable, participent de la dynamique de cette économie sociale et solidaire.
Au-delà de sa dimension respectueuse des intérêts collectifs au détriment des profits individuels, ce type d’économie repose également sur des pratiques écologiques le plus souvent : ainsi les réseaux de SEL et d’AMAP se fondent sur une volonté de réduire la pollution, qu’elle soit liée aux transports, aux pesticides, aux objets de consommation. Une écologie globale donc, vouée à préserver aussi bien la planète que le lien social, parvenant à conjuguer développement durable, cohésion sociale, respect des intérêts de tous et … dynamisme économique ! On retrouve les mêmes ingrédients dans l’économie circulaire, laquelle est essentiellement axée sur le développement durable.

Sauve ta planète !

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Le but de l’économie circulaire est de conserver un mode de vie moderne tout en réduisant l’impact écologique désastreux de la société de consommation. Sont donc principalement concernés les domaines de l’énergie, des matières premières, du recyclage, des modes de production.
Les fervents de la décroissance, de la sobriété heureuse, de la consommation responsable, sont des acteurs de l’économie circulaire, chacun à son niveau. Le mouvement Colibri en a fait son fer de lance, en argumentant – notamment – sur une agriculture biologique et respectueuse des sols. Les campagnes anti sacs plastiques participent également de ce type d’économie, de même que les Repair Café, où l’on vient se faire aider pour réparer un objet plutôt que de le jeter. Les campagnes publiques pour le recyclage des déchets, les efforts consentis par les entreprises en termes d’écoconception, tout un foisonnement d’innovations à la fois technologiques et légales participent également de cette dynamique.
La nouvelle loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, votée en juillet 2015 en France, fait officiellement référence à l’économie circulaire au titre IV (chapitres 69 et 70) : « Le gouvernement soumet au Parlement, tous les cinq ans, une stratégie nationale de transition vers l’économie circulaire (…) ».

L’ère du partage

Ce souci environnemental, associé à la crise économique, provoque de nouveaux modes de vie. C’est là qu’intervient à proprement parler l’économie collaborative, qui regroupe l’ensemble de ces nouveaux modèles mais qui se définit également précisément comme « une économie de pair à pair (peer to peer), « horizontale », « avec ou sans échange monétaire » selon David Kaplan . Passer par internet pour toutes les activités de la vie quotidienne en est le moteur.
Besoin de me déplacer ? Je vais sur Blablacar emprunter la voiture d’un particulier pour la journée. Besoin d’une perceuse ou d’une imprimante ? Je vais sur pretoo.com, par exemple. Envie d’un bon petit plat mais pas les moyens d’aller au restaurant ou chez le traiteur ? Pas de souci, voulezvousdiner.fr est là pour ça et met en relation les particuliers aux talents culinaires avec les gourmands. Mon linge est sale et la laverie est fermée ? Aucun problème, je trouve un voisin disposé à me prêter sa machine à laver sur lamachineduvoisin.fr.
Le site consocollaborative.com recense ainsi une centaine de sites français proposant des services entre particuliers, fondés sur l’échange, le troc, la location, le prêt ou la vente. Parmi eux, jemepropose.com permet de vendre ses compétences pour arrondir ses fins de mois, en faisant du jardinage ou du secrétariat par exemple. Et c’est un succès massif.
Bien que la consommation collaborative ne soit pas l’économie collaborative, elle génère pourtant un nouveau système économique fondé sur l’internet et la mise en relation.

Une révolution en marche

Depuis la seconde guerre mondiale, le paradigme économique qui prévalait dans les pays industrialisés était le capitalisme. Ses dérives – libéralisme forcené, primat du profit sur l’humain, dégradation hautement dangereuse de nos écosystèmes – ont un impact très palpable sur nos vies. De cette misère nouvelle est née une prise de conscience, massive, de la nécessité de fonctionner autrement. De là, et grâce aux avancées technologiques, une nouvelle ère est en train de naître sous nos yeux, qui change radicalement notre rapport au monde : le collectif supplante l’intérêt individuel, les biens et services se fondent sur une approche écologique, la valeur se déplace des objets vers les compétences et l’épanouissement. D’une certaine manière, on pourrait dire que le pire accouche du meilleur. Et tout cela tranquillement, sans grandes déclarations, sans chef de file idéologique (à part Jérémy Rifkin et Pierre Rhabi), avec pour seul objectif de vivre mieux sur une planète protégée des hérésies humaines. Quand l’économie devient un moteur philosophique, on pense à cette phrase de Jacques Attali : « Le rituel de l’échange est le rituel majeur de la neutralisation de la violence « . Et l’on se réjouit.

4 jeunes femmes nous livrent leur regard sur l’économie collaborative

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