Psycho

Comment sortir des jeux de pouvoir au sein du couple ?

Quand s’installe un rapport de force dans un couple, l’issue est presque toujours fatale. Seule exception : quand les deux y trouvent leur compte, avec un dominant et un dominé consentant. Mais à une époque où l’affirmation de soi et l’épanouissement de l’individu apparaissent comme des valeurs fortes, rares sont les hommes et les femmes à assumer d’être sous la coupe d’un(e) partenaire… L’équilibre des forces au sein du couple devient alors primordial. Pourtant, dans bien des foyers, une guerre – plus ou moins – silencieuse fait rage. Comment sortir du rapport de force ?

Les jeux de pouvoir au sein du couple

Les jeux de pouvoir au sein du couple

Première étape : identifier les jeux de pouvoir

On ne se rend pas forcément compte du rapport de force existant au sein d’un couple, car il n’est pas exprimé clairement. On se voit mal dire à son conjoint : « Je veux que tu fasses exactement selon mon désir, et non en fonction de tes intérêts » ! Ni l’entendre, d’ailleurs. Les jeux de pouvoir sont donc toujours insidieux, dissimulés. Isabelle Nazare-Aga, psychomotricienne et thérapeute comportementaliste, explique dans son livre Les manipulateurs et l’amour que « La manipulation est une manoeuvre qui vise à dominer une autre personne pour en retirer certains avantages. »
Les jeux de pouvoir sont aussi inévitables, car il arrive forcément un moment où l’intérêt personnel prime sur celui de l’autre. Quand bien même on vit une folle passion avec le prince charmant, il y a toujours des situations qui nous incitent à essayer de manipuler l’autre pour obtenir la satisfaction de nos propres besoins, au détriment des siens. C’est souvent dans la vie quotidienne que se manifestent ces jeux de pouvoir, quand il s’agit de sortir les poubelles, de se lever la nuit pour le bébé, de remplir la déclaration d’impôts… C’est-à-dire d’assumer ce qui nous semble être, au moins sur le moment, une corvée. On essaye alors d’inciter l’autre à faire cette corvée, par des moyens peu honnêtes car on sait qu’une simple demande aura peu d’impact. Exemple : « Chéri(e), tu peux sortir la poubelle ? ». Réponse prévisible : « grumph/oui, plus tard/tu ne peux pas le faire toi-même ?/je n’ai pas le temps, je suis en train de gagner ma partie/ les quoi ? ». On met alors en place une stratégie, plus ou moins consciemment, pour obtenir gain de cause. Plusieurs options possibles :
La relation d’identification : chéri, j’ai affreusement mal au dos, ça t’ennuierait de sortir les poubelles ? Par identification, le partenaire est incité à penser que lui-même, dans de telles circonstances, demanderait aussi à être soulagé d’une corvée accentuant la douleur.
La séduction : mon amour, j’ai terriblement envie de toi, mais il y a ces poubelles à sortir… Le message est faussé, car il met en avant autre chose (la relation sexuelle) que la demande réelle (sortir les poubelles).
L’amalgame affectif : mon cœur, toi qui es si attentionné et toujours prêt à me faire plaisir, tu ne veux pas sortir les poubelles ce soir ? Même procédé que dans la séduction, mais qui se fonde sur la valeur affective de la relation, mise en péril implicitement si un refus était opposé.
La menace sous-entendue : Paul(ine), pour une fois ce serait bien que tu sortes les poubelles, j’en ai marre de tout me taper dans cette maison ! Ici il s’agit d’intimider, de faire comprendre au partenaire que sans coopération, la relation est sur la sellette.
Il existe de multiples façons de manipuler et ce ne sont là que quelques exemples. Mais dans tous les cas, Isabelle Nazare-Aga rappelle que « la manipulation consiste à contrôler quelqu’un à son insu et l’amener à agir comme on l’entend. Tout cela en utilisant une stratégie qui passe par les sentiments ». Nous le faisons tous, au moins inconsciemment, et il n’y a pas lieu de s’alarmer tant que cela reste ponctuel. Cependant, ces implicites et ces pressions insidieuses finissent par miner le couple quand ils se répètent souvent.

Identifier les enjeux

Ce qu’on ignore souvent, c’est qu’un jeu de pouvoir se fait à deux : il n’y a pas une victime et un bourreau, mais bien deux personnes qui alimentent le jeu. En effet, en répondant à la demande implicite de l’autre, en passant outre le malaise induit par la distorsion entre son message et son attente réelle, on accepte implicitement le jeu. On le fait pour éviter la confrontation, mais cela alimente le rapport de force. Exemple :
Chérie, tu es sûre que tu vas à une soirée entre copines ?
– Oui, pourquoi ?
– Tu es bien apprêtée pour une sortie entre filles…
– J’ai envie d’être jolie, c’est tout !
– Pourquoi tu te fais belle pour tes copines ?
– Bah je sais pas… (malaise). Option 1 : je m’habille comme je veux, tu n’as rien à me dire à ce sujet ! → confrontation. Option 2 : tu veux que je me change ? → acceptation du jeu et poursuite de celui-ci.
A aucun moment la jalousie, la peur de perdre sa partenaire n’a été évoquée. Dans les faits, l’homme du dialogue a simplement peur que sa compagne séduise ou se fasse séduire par un autre homme, ce qui mettrait la relation en danger. Il la manipule pour ne pas avoir à avouer sa jalousie, ce qui nuirait à son image. Et sa partenaire accepte implicitement – ou pas ! – de passer sous silence le vrai motif du dialogue, ce qui lui donne le pouvoir de maintenir son homme sous sa dépendance.
Comme l’explique Jean-Jacques Crèvecoeur (le mal nommé !) dans son ouvrage « Relations et jeux de pouvoir », ceux-ci sont essentiellement fondés sur la peur. La plupart des comportements de manipulation ET d’acceptation de celle-ci visent à éviter la confrontation, à se protéger d’une possible rupture. Il ajoute que la peur du changement, la peur de se découvrir tel que l’on est, celle de la mort, mais aussi de vivre, sous-tendent tous les jeux de pouvoir. Ces derniers ne sont, selon lui, que « l’expression des peurs inconscientes de chacun ».

Comment en sortir ?

Jacques Crèvecoeur indique 7 stratégies permettant d’éviter que le rapport de force ne s’installe dans votre couple.
• Eviter d’entrer dans le jeu de l’autre ou de lui résister. Ne plus avoir de projet ou d’attente implicite par rapport à ses comportements.
• Accepter de regarder l’image que me renvoie la réalité extérieure : accepter sa part d’ombre (par exemple, la paresse).
• Discerner l’origine du bien-être ou du malaise en rapport avec mes comportements : reconnaître les étapes du changement.
• Dans le contexte de la relation, n’accepter ni la pression du temps ou de l’espace, ni la contrainte des règles ou des usages : aménager son environnement relationnel en fonction de ses besoins réels.
• Ne pas confondre ma réalité avec celle de l’autre. Par exemple reconnaître que ma culpabilité ou mes bonnes intentions à son égard ne sont pas forcément adaptées. Il s’agit d’avoir pleinement confiance dans les ressources de l’autre.
• Agir en référence à ce que je suis, et non selon un dogme social ou moral quelconque.
• Se libérer des conditionnements et des jugements (y compris et surtout les nôtres) en changeant son regard sur les choses.
Au-delà de ces stratégies de longue haleine (qui peuvent nécessiter une thérapie) il s’agit dans un premier temps de cultiver l’honnêteté en toutes circonstances, et la bienveillance. Cette dernière permet en effet de faire passer ses messages avec une certaine diplomatie… On arrive alors à demander à l’autre, en toute simplicité, de nous rendre service ou de nous rassurer, sans pression ni distorsion entre ce qui est dit et ce qui est attendu. Et si l’Autre refuse de nous rendre service ou de nous rassurer, c’est son droit ! Il en assume pleinement la responsabilité. Une discussion constructive, où l’on utilise le « je » et non le « tu » accusateur, peut alors s’instaurer. Les rapports sont ainsi beaucoup plus sains, et le couple a dès lors toutes les chances de se conjuguer au futur, pendant longtemps.
Pour aller plus loin : http://isabellenazare-aga.com/ et Jacques Crèvecoeur, Relations et jeux de pouvoir, éditions Jouvence.

Partagez et likez !
Tags: , , , , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Vous aimez notre magazine ? Abonnez-vous !