Nos marmots

Confession d’un père

Alors que les choses soient claires : je n’ai rien contre les enfants !

J’ai toujours adoré mes neveux, nièces et filleul(es) en tous genres, voir la progéniture de mes amis ; et passer devant un parc au milieu duquel s’ébattaient bruyamment gaiement quelques marmots, dépeignés et la morve au nez, pouvaient même me faire détourner la tête !

Crédit Pixabay

Crédit Pixabay

De même, les enfants criant et trépignant leur caprice devant leurs parents démunis, en plein milieu d’un supermarché aux heures de pointe, après une journée de boulot, ne m’a jamais révulsé… En tous cas, ils étaient toujours vivants quand j’ai quitté le rayon…

 
Je n’ai jamais rien eu non plus contre les mômes sonnant à ma porte le soir du 31 octobre, maquillés par des parents dont visiblement ce n’était pas la profession, ou déguisés en sorcière avec les vêtements de leur grand-mère (l’odeur avec) pour réclamer des bonbons sous peine de recevoir un sort. Bon, je ne leur ouvrais pas ma porte mais ils ne me dérangeaient pas et j’avais toujours, malgré moi, un sourire attendri quand j’entendais leurs soupirs déçus lorsque, enfin, ils quittaient mon pas de porte muet.
Donc non, définitivement, je n’ai jamais rien eu contre les enfants !

Construire quelque chose

En réalité, j’aimais trop ma vie de célibataire…de couple…de célibataire…de couple (non, ça compte pas, j’étais bourré pompette, et je ne me rappelle même plus de son prénom, Sophie ? Marie ? Thomas ? J’ai mal au crâne…!), donc de célibataire…de Couuuple (après avoir mordu à l’hameçon de mon âme sœur ) !!

Mais il faut avouer qu’au bout d’un moment, on a envie d’autre chose pour et dans son couple, on a envie que celui-ci évolue.

C’est vrai, on se lasse à la longue, on en a marre des restos à l’impromptu, des soirées arrosées entre amis, des vacances en amoureux, des grasses matinées, de la vie sexuelle débridée, du calme pour se reposer un samedi après-midi. On se rend compte que tout cela est futile et creux. En tous cas après coup, c’est loin.

 
Alors à un moment on se décide à franchir le pas pour tenter LA grande aventure (pragmatiquement parlant, cela signifie que le moyen de contraception a été défaillant…) ! Et le jour où la petite croix s’affiche sur le test de grossesse (notez la symbolique du signe annonciateur de l’événement, quand on vit dans une société où la culture chrétienne est prédominante !), on réalise ému que notre vie de couple va devenir une vie de famille (quelle hérésie, je ne supportais déjà pas ma belle-mère, ou alors juste quand elle était malade et que j’étais alors plein d’espoirs…)

crédit wikimedia

crédit wikimedia

Le couple… et sa famille

Très honnêtement, au début, je n’ai pas vraiment vu de différence : ma moitié vomissait comme quand on rentrait tôt le matin de soirée. Bon là c’était tous les jours et à n’importe quelle heure, mais ça reste de l’ordre du détail.

 

J’ai commencé à voir le vrai changement quand on a annoncé la « bonne nouvelle » à la famille. C’est comme si le bonheur était devenu global. Je m’explique : avant, je ne supportais pas ma belle-famille (la réciproque était vraie pour ma moitié), mais après même la mienne m’était devenue insupportable (et ça se vérifiait aussi pour ma moitié, c’est dingue d’être fusionnels à ce point !).

 
A partir de là, tout a changé dans leurs façons de faire et il a fallu écouter – sans frapper – les prédictions de mamie ( elle a le ventre qui pointe, ce sera un garçon … Mamie, te lance pas dans la voyance, c’est une fille !) ; les mensonges des unes (« mais non, l’accouchement c’est rien ! »), les vérités des autres ( l’accouchement ? Une boucherie ! ), les plaisanteries douteuses du tonton qu’on ne voit jamais (et on se rappelle alors pourquoi) : elle a pris des seins, j’en connais un qui doit être content !  ; il a fallu que ma femme explique calmement à de multiples reprises qu’elle allait devenir mère, et non pas qu’elle avait décidé de vider les stocks alimentaires de l’UE, quand on lui disait que maintenant il fallait qu’elle mange pour deux.

 
Il a fallu aussi supporter la culpabilisation : tu fumes une cigarette alors que t’es enceinte ? La fille de la cousine de la concierge a fumé une cigarette pendant sa grossesse, son enfant est né manchot unijambiste et sans oreilles. Tu te rends compte si un jour il doit porter des lunettes ! ; ou bien   Il paraît que la mère d’Hitler buvait un verre de vin par semaine, tu prends tes responsabilités ma fille… ; voire même  Ne dis pas un gros mot devant ta femme enceinte ! Le bébé entend tout dans le ventre ! Il paraît même que le liquide amniotique amplifie les sons !

Ta gueule !

 
Et enfin, il a fallu supporter les coups de fil quotidiens des mères et belles-mères pour savoir si le petit allait bien et grandissait bien, comme si on avait une ligne directe pour lui demander de ses nouvelles et de quelle couleur il voulait qu’on peigne sa chambre !

La grossesse ou comment apprendre à se maîtriser

La grossesse, c’est aussi la rencontre avec la technologie, l’échographie… N’allez pas à la première, c’est une arnaque ! Des masses de différents gris qui défilent sur l’écran, avec les indications données d’un ton de commentaire de documentaire animalier :  là, on le voit, tout est en ordre, moui il est là, regardez . Et la révélation de la puissance de l’esprit humain, qui te fait voir dans des tâches grises, dignes du test de Rorschach, ton futur enfant ! Les autres sont plus instructives, convenons-en.

Crédit Pixabay

Crédit Pixabay

 
Mais la grossesse, c’est aussi pour Madame (et Monsieur)

* les changements d’humeur hormonaux, qui donnent l’impression d’être polygame  : un coup, ma moitié est ultra susceptible, un coup complètement détachée de tout, un coup euphorique, un coup dépressive…

* la mauvaise foi :  tu veux pas sortir les poubelles ? Il fait froid, il pleut et je suis enceinte…de quatre semaines

* la fatigue et les douleurs, les peurs…

Mais en bon homme moderne, j’ai su porter ma promise à travers ces épreuves.

Crédit Pixabay

Crédit Pixabay

Finalement, la grossesse, c’est un apprentissage fondamental pour ta vie de parent, presque une répétition générale : tu vas devoir entendre tes enfants insatisfaits pendant de longues années, supporter les conseils et jugements sur l’éducation, les comparaisons avec les autres enfants, bref, t’apprends la patience ! A ce stade-là, je n’avais toujours rien contre les enfants, mais je n’avais franchement plus rien pour ! J’en étais même à militer pour la stérilisation dès la puberté !

La rencontre

Enfin, et malheureusement pourrait-on dire, toutes les bonnes choses ont une fin et le jour J est arrivé. Après avoir répété ce moment-là lors des cours d’accouchement (auquel je participai également et au cours desquels j’appris, moi aussi, à pratiquer la respiration canine et à pousser, des fois que le bébé ait changé d’utérus (et que j’en ai un), ou que ma moitié ne soit pas dispo le jour J et que je doive accoucher à sa place), il allait falloir travailler sans filet…

 
Je n’assistai pas à l’accouchement, en bon homme moderne…Ah non, pas là… !

Crédit Pixabay

Crédit Pixabay

Quand une infirmière m’en donna l’autorisation, je rentrai dans la salle et je te vis, Toi. Toi qui avais rendu si difficiles ces neuf derniers mois ; Toi qui sonnai le tocsin de notre ancienne vie, si pleine de liberté ; Toi qui m’avais fait haïr tous les miens ; Toi qui avais meurtri ta mère dans sa chair ; Toi à présent si fragile dans les bras de cette dernière, exténuée mais ravie, des fontaines de bonheur au coin des yeux ; Toi qui allait être maintenant le centre de nos existences ; Toi pour qui l’on ne cesserait de s’inquiéter ; Toi qui allais reléguer à l’accessoire toutes les misères du monde au moindre de tes chagrins. Toi si petite, si belle, si douce dans les bras de ta mère. Toi, ta mère. Je vous aime.

Partagez et likez !
Tags: , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Vous aimez notre magazine ? Abonnez-vous !