Nos marmots

Etre mère, que du bonheur?

On entend souvent cette phrase type : « c’est que du bonheur » étiquetée à l’idée de devenir mère. Pourtant, nous le savons, tout n’est pas tout blanc ou tout noir. Aujourd’hui, mères et experts font donc entendre leur voix afin de relativiser ce préjugé.

 

Pourquoi ne suis-je pas une mère parfaite?

Les moments de bonheur existent mais ne sont pas constants. Google images.

Les moments de bonheur existent mais ne sont pas constants. Google images.

Tout le monde autour d’elle la félicite, lui dit que c’est merveilleux, que c’est le plus bel événement de sa vie. Il semble des plus naturel qu’elle soit simplement la femme la plus heureuse du monde.  Toutes ses amies Facebook lui ont écrit « tu verras, c’est que du bonheur » alors qu’elle venait d’accoucher. Elle se dit qu’elle aurait dû se douter qu’il y avait anguille sous roche : ses mêmes amies lui avaient dit « tu es rayonnante », alors qu’elle se sentait comme un zombie ou une baleine échouée, à quelques semaines du terme.

Elle finit alors par se sentir coupable. En effet, pourquoi n’atteint-elle pas le bonheur qui lui avait été promis ?

Etre mère ne serait donc pas qu’un long fleuve tranquille. « A un moment ou à un autre, toute mère peut avoir l’impression d’être en échec, en inadéquation » nous explique la psychologue Maryse Vaillant dans son livre « Etre mère : mission impossible ? ».

Il y a les mères qui travaillent et qui culpabilisent d’abandonner leur enfant ; celles qui se consacrent complètement à leur famille et qui peuvent se sentir à bout, insatisfaites de ne pas atteindre la perfection. Il y a également celles qui s’occupent à plein temps de leurs enfants mais qui souhaiteraient plutôt s’épanouir professionnellement. La liste est longue….

Certaines mères ne comprennent pas pourquoi elles ne peuvent pas tenir le rythme et assurer dans toutes les situations.

Culpabilisation, épuisement physique et moral, sentiment de ne pas se sentir à la hauteur, solitude, troubles du sommeil ou de l’alimentation, dépression, impression de toujours devoir faire mieux ou plus….. Attention ! Le burnout maternel peut survenir à tout moment.

Les regrets sont courants dans les périodes d’avant et après accouchement. Ces sentiments sont souvent cachés car ils sont mal acceptés. Le baby blues est là. Parfois, il arrive que le baby blues se confirme en laissant la place à la dépression postpartum pour un temps plus long encore. Néanmoins, le plus souvent, ce regret s’estompe avec le temps dans la construction de la relation avec l’enfant, explique la psychanalyste Leticia Solis-Ponton (« La Parentalité, défi pour le troisième millénaire » – 2002). La femme pourra alors trouver de la gratification dans la relation à son enfant. « Une femme entourée, choyée, maternée, qui a le temps de récupérer, sera à son tour en disposition de materner… Le rôle du père, de la famille et des amis est ici essentiel. ».

Une idéalisation de la maternité  remise en cause

L’idéalisation de la maternité peut avoir des conséquences très négatives pour les femmes qui la vivent avec difficulté. Car l’ayant trop souvent mise sur un piédestal, elles se retrouvent alors confrontées à une réalité bien plus complexe qu’elles ne l’avaient imaginée. Elles ne comprennent pas pourquoi elles n’ont pas instantanément cet instinct maternel dont on leur avait si souvent parlé. La culpabilisation et la souffrance peuvent alors être très fortes.

Pour certains, l’instinct maternel est considéré comme une capacité innée de la femme.  Cependant, cette idée est de plus en plus remise en cause. En effet, l’instinct maternel dépendrait des parcours individuels, mais également de la société et de la culture dans laquelle on évolue. La maternité peut alors être vécue de manière différente selon les femmes. Pour Françoise Héritier, anthropologue, « L’amour maternel est une construction mentale, sociale, qui se construit dès l’enfance pour chaque individu. ».

Pour certaines, cet instinct n’existe pas. Et le silence qui les entoure peut les mener à la violence envers leur enfant.  Catherine Vidal, neurobiologiste l’explique : « Le vécu d’une femme face à son enfant est le produit de son histoire personnelle, et du contexte social, économique, politique dans lequel naît cet enfant. »

Pour les spécialistes du sujet, il est décisif de comprendre et surtout d’accepter l’idée que la mère parfaite n’existe pas et qu’elle n’est qu’un mythe. Il s’agit d’intégrer que la réalité est bien loin de cette idéalisation. Le savoir ne suffit pas. Il faut en être convaincue pour cesser de se mettre la pression.

Pour Maryse Vaillant, il s’agit d’un désenchantement dans lequel il va falloir « faire le deuil de la mère idéale, pour pouvoir voir que la réalité se compose tout autant de difficultés que de bonheurs ».

Par ailleurs, les spécialistes ne sont pas les seuls à participer à cette remise en cause de la mère parfaite. Nombreux sont celles et ceux qui s’expriment sur cette question et dont les blogs, les livres, et les témoignages sont le reflet.

Elles en parlent:

  • Mauvaises mères : les joies de la maternité (2011) d’Emma Defaus, Johana Sabroux et Nadia Daam
  • Mère épuisée (2011) de Stéphanie Allenou
  • Un heureux événement (2005) d’Eliette Abécasis
  • La physique émotionnelle et physique des mères. Le burnout maternel (2004) de Violaine Guéritault
  • Etre mère : mission impossible ? de Maryse Vaillant (2011)
  • Un témoignage : « Regret d’être mère vs injonction au bonheur » Coline de Senarclens

Des associations font également un travail remarquable pour accompagner les femmes en difficultés dans leur maternité, comme Maman Blues par exemple.

Face à la pression des normes sociales et à l’idéalisation de la maternité, de plus en plus de personnes (mères, experts etc…) s’affirment. La phrase de Coline de Senarclens « Ce n’est pas l’injonction au bonheur qui rend les gens heureux » résume bien la situation. En effet, affirmer qu’être mère n’est pas forcément que du bonheur et comprendre que la mère parfaite est un mythe serait un pas de géant. Cela permettrait de faire sortir certaines femmes de la culpabilisation qu’elles peuvent vivre, cela leur permettrait d’oser s’exprimer. Non ce n’est pas que du bonheur ! Elles auront alors plus de facilité à s’épanouir dans leur rôle de mère.

 

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