ça déméninge !

Qu’est ce qui nous pousse à vouloir accueillir (ou non) les « migrants »?

La guerre reste la première cause de migration

La guerre reste la première cause de migration

Les syriens fuyant la guerre sont dernièrement devenus l’emblème des réfugiés dans le monde. Un maximum de 30 000 réfugiés seront accueillis en France a annoncé Manuel Valls à la fin du mois de septembre. On parle souvent de ce qui amène les migrants à quitter leur pays natal. Mais qu’en est-il des raisons qui poussent les habitants d’un pays à vouloir ou non les accueillir ?

 

Migrants ou réfugiés ?

Les idées reçues sont nombreuses sur les termes suivants : migrants,  demandeurs d’asile, réfugiés etc…. Avant d’aller plus loin, une petite mise au point est alors nécessaire.

Le terme migrant englobe des situations diverses. Il correspond à un individu qui se déplace d’un pays à un autre quelle qu’en soit la raison. Il peut être à la fois un travailleur migrant, un réfugié, un migrant environnemental etc…

Le demandeur d’asile est une personne qui fuit son pays car elle y a subi des persécutions ou craint d’en subir. Le pays d’origine ne pouvant pas lui offrir de protection, il demande l’asile c’est-à-dire la protection d’un pays d’accueil. Son dossier sera examiné puis accepté ou rejeté en fonction des preuves apportées.

Dans le droit international, le réfugié est un demandeur d’asile qui aura vu sa demande d’asile acceptée. Il sera alors protégé par le pays d’accueil en raison des risques de persécution encourus dans le pays d’origine. Son statut est défini par la Convention de Genève de 1951 contrairement au terme de migrant qui n’est défini par aucune convention.

Tout réfugié est donc un migrant mais tous les migrants ne sont pas réfugiés.

Juridiquement parlant, le nom de réfugié ne correspondrait donc pas aux personnes fuyant la Syrie, ceux-ci n’ayant pas encore obtenu le statut de réfugié. Il est également difficile d’utiliser le terme de migrant qui ne correspond à aucune réalité, ce dernier décrivant toutes les possibilités de migration.

Mais alors comment nommer ces personnes qui fuient la guerre en Syrie ? Le terme de réfugié est aujourd’hui le plus approprié car il contient l’idée de fuite suite à des persécutions subies ou risquées. De plus, dans le cas de migrations massives de personnes qui fuient les conflits armés, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés explique que ces groupes n’ont pas besoin d’apporter la preuve des persécutions car la raison de leur fuite est plus qu’établie.  

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Qu’est ce qui amène les français à  être pour ou contre l’accueil des réfugiés ?

Face à l’étranger, « nous éprouvons de la sympathie, de l’indifférence, de l’hostilité. Nous approuvons ou désapprouvons les rapports d’amitié, de neutralité, d’hostilité que nos Etats entretiennent sur la scène internationale ». (Paul Ricoeur – La condition d’étranger – Esprit – La pensée Ricoeur – 2006)

Qu’en est-il dans le contexte actuel ?

Une majorité de français opposés à l’arrivée des réfugiés ?

Deux enquêtes ont été réalisés par Elabe pour BFM TV. Dans le premier sondage de début septembre, on apprend qu’une majorité de français (56%) est défavorable à l’accueil des réfugiés. L’opposition est très forte chez les 35-49 ans (63 %) et les 50-64 ans (61 %). Seuls les 65 ans et plus y sont favorables (à 62%).

Les retraités ainsi que les cadres et professions intellectuelles supérieures sont en majorité favorables (57%). Toutes les autres catégories socio-professionnelles sont contre (71% chez les ouvriers, 65% chez les employés et 62% chez les autres inactifs).

Si les personnes âgées et les catégories socio-professionnelles plus aisées sont donc favorables à l’accueil des migrants, les ouvriers et les employés sont majoritairement contre. Pourquoi ?

La volonté de protection financière dans un contexte économique vu comme difficile joue un rôle central. «Les Français perçoivent la France comme un pays affaibli économiquement, au chômage élevé, aux ressources publiques rares, et à la population immigrée déjà relativement importante», explique au Figaro Jérôme Fourquet, directeur du Département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l’IFOP.

La difficulté économique des catégories sociales les moins aisées les amènent à être plus réticents quant à la venue de réfugiés. Lorsque l’on ne sent pas en sécurité professionnellement et financièrement, la peur de l’immigration est plus forte. On veut protéger sa situation qui a déjà du mal à se stabiliser.

La distance culturelle peut également expliquer ce phénomène. L’appartenance de certains réfugiés à la communauté musulmane créé des craintes chez ceux qui mélangent immigration et islamisation. Nous avons pu observer ces dernières années une dégradation de l’image des musulmans en France parallèlement aux images de violence religieuse véhiculées par les médias ou encore l’instrumentalisation politique de ce phénomène. Et aujourd’hui, même si l’image négative des musulmans s’est affaiblie avec l’affaire de Charlie hebdo, la peur de certains est toujours palpable.

La volonté de protection de son identité culturelle serait alors bien présente. En effet, un sondage réalisé par l’IFOP montre que les résidents d’un pays se sentent d’autant plus prêts à accueillir  des migrants que ces derniers sont proches culturellement et géographiquement du pays de destination.

Les français aujourd’hui favorables à l’accueil des réfugiés

Les Français sont désormais favorables à l'accueil des migrants

Les Français sont désormais favorables à l’accueil des migrants

 

44% étaient favorables début septembre. Lors du sondage suivant, tout a changé. Ce taux est passé à 53%. Que s’est-il passé en une semaine pour que le pourcentage de personnes en faveur de l’accueil des réfugiés augmente de 10% et atteigne par la même occasion la majorité?

Selon le sondage, la photo du petit Aylan Kurdi retrouvé mort sur la plage aurait provoqué une prise de conscience de la population. Les vidéos de réfugiés accueillis chaleureusement en Allemagne y auraient aussi participé.

Pour certains, les craintes semblent alors se réduire. La visualisation de la souffrance de l’autre et l’émotion qu’elle entraine semblent participer à la création d’un sentiment d’identification et d’empathie. Le réfugié qui était jusqu’alors simplement identifié à une catégorie générale de « migrants » devient une personne à part entière.

Enfin, pour ceux qui ont toujours été favorables à l’accueil des réfugiés, la responsabilité est ce qui explique ce choix de solidarité. « Il est de notre responsabilité d’aider ces personnes » peut-on entendre régulièrement. L’idée est que la priorité est de protéger des personnes qui vivent une situation d’urgence quel que soit le contexte économique.

 

Tout semble simplement être une question de protection qu’elle soit voulue pour les autres ou pour soi-même. Pour le dire simplement, il y a ceux qui veulent protéger les populations des persécutions dont ils sont ou peuvent être victimes. Et il y a les autres qui sont dans une volonté de se protéger soi-même de peur de voir advenir une déstabilisation de leur sécurité financière voire identitaire (distance culturelle).

Comme le disait déjà il y a 20 ans l’expert en droit des réfugiés, François Crepeau, serait-il aujourd’hui plus question « de protéger les Etats des flux des réfugiés que de protéger ces derniers des causes de leur exil ? »  (Droit d’Asile. De l’hospitalité aux contrôles migratoires – 1995)

 

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