ça déméninge ! / Cinéma et DVD

Selma. Les droits civiques 50 ans après.

Martin_Luther_King_Jr_St_Paul_Campus_U_MNSi ce n’est déjà fait, nous vous invitons à voir l’excellent film d’Ava DuVernay avec David Oyelowo et Tom Wilkinson : SELMA (sorti en mars 2015, disponible en DVD et VOD). Martin Luther King organisait, voici 50 ans, une marche pacifique pour obtenir le droit de vote des citoyens Noirs Américains, sans restriction aucune.

En Alabama et dans les Etats du sud, voter quand on n’était pas Blanc ressemblait plus à une mission impossible qu’à un droit. Le film retrace ce combat et le « Bloody Sunday« , ce dimanche durant lequel 600 manifestants furent attaqués par la police locale, à coup de matraque et de gaz lacrymo. Juste parce qu’ils étaient Noirs. 50 ans plus tard, cet hommage cinématographique soulève bien des questions en suspens.

Un Martin King flamboyant

Ne serait-ce que pour David Oyelowo, ce film vaut le détour. Camper un personnage aussi charismatique et complexe que Martin Luther King himself, c’est pour le moins risqué. Mais l’acteur de Lincoln ou d’Interstellar a su relever le défi. Beaucoup de retenue, d’intensité silencieuse, doublées d’une éloquence viscérale lors des discours. On oublie qu’il s’agit d’un film : la lutte du pasteur devient la nôtre. David Oyelowo a été nominé pour le Golden Globe du meilleur acteur cette année, grâce à cette incarnation dantesque.

La force du film ne vient pourtant pas seulement du sujet, polémique, ni de son acteur principal. Elle surgit au détour de plusieurs personnages secondaires : Oprah Winfrey figure une Annie Lee Cooper fragile et courageuse à la fois, en proie au racisme le plus primitif qui soit. Tim Roth, en gouverneur cynique accroché à ses traditions, joue à la perfection et nous glace d’effroi. Mais on retiendra sans doute davantage Carmen Ejogo, dans le rôle de l’épouse du pasteur : son abnégation pour la Cause, au péril de sa vie et de celle de ses enfants, suscite l’admiration, tandis que son statut de femme délaissée et trompée attriste. Chaque personnage se fait l’orfèvre d’un cocktail d’émotions, laissant le spectateur à la fois révolté, plein de compassion, de soupirs et de questions.Martin

Une marche sanglante

L’art des acteurs ne permet cependant pas d’oublier que ce film est tiré de faits réels. En 1965, les citoyens américains de toute couleur avaient, en principe, le droit de vote. En réalité, ce droit était dénié aux Noirs dans les Etats du sud, dont l’Alabama. Or comment sortir du « délit de faciès » quand tous les jurés d’un procès sont Blancs et qu’on ne peut accéder à ce statut que si l’on a une carte électorale ? Comment se sentir un citoyen à part entière et ne plus courber l’échine quand on n’a aucun pouvoir de représentation ? A l’heure où, en France, les électeurs désertent les urnes par dépit et désillusion, Selma rappelle l’importance des droits civiques. Si importants qu’ils furent réprimés dans la violence la plus abjecte, en ce dimanche sanglant de mars 1965, lors de la marche pacifique organisée par Martin Luther King, de la petite ville de Selma jusqu’à Montgomery. index

La non violence avant tout

Malgré la violence du racisme ordinaire et celle des coups, voire des meurtres, le film rappelle la ligne directrice du mouvement initié par Martin Luther King : la non violence. Opposé en cela à Malcom X (qui fait d’ailleurs une courte apparition dans le film), le pasteur tenait à ce que ses sympathisants ne répondent jamais de la même manière que leurs oppresseurs. Son combat était fervent, parfois virulent, mais jamais il ne céda à la tentation de la révolution sanglante. L’Histoire lui a donné raison. Il a obtenu ce qu’il souhaitait pour les Afro-Américains sans user d’autres armes que les mots. Et pourtant, il ne partait pas gagnant… Sa ténacité, son intégrité, ont eu raison de tous les obstacles. Martin Luther King a changé le cours des choses, dans le monde entier, sans jamais recourir à la moindre violence. A l’instar de Gandhi, il a su démontrer que l’oppression pouvait reculer devant les bonnes volontés réunies.

Le film nous rappelle que les combats les plus difficiles ne se gagnent pas forcément par la force ou le nombre. Ils étaient 600 lors de la première marche, 2000 lors de la seconde. Mais cette poignée de convaincus avait su, par son exemple, entraîner les quelques 25.000 personnes qui arrivèrent finalement à Montgomery, lors de la troisième tentative. Et c’est là que tout bascula. Il aura suffi de 600 personnes au départ, marchant en silence,  et d’une équipe militante aussi soudée que fervente, pour changer le cours de l’Histoire. Une poignée d’hommes et de femmes, de vieillards et d’enfants, pleins d’espoir et de courage. La présence des médias. Rien de plus. images1

50 ans après…

Si, en 2015, les Afro-Américains sont bien représentés puisque le Président Obama est à la tête de leur pays, le racisme n’a pas disparu de la surface de la Terre pour autant. Chaque jour, hommes, femmes, enfants, vieillards de tous continents sont en proie à la haine de l’Autre. Partout la ségrégation sévit, d’une manière ou d’une autre. Blancs qui se sentent supérieurs, Noirs qui crachent leur violence, Asiatiques méprisants et Arabes dérivant vers le fanatisme le plus odieux… Aucun peuple n’est épargné par le racisme le plus ordinaire. Même les métisses ne semblent pas devoir échapper à cette peur collective. L’Autre, le différent, cet inconnu qui m’effraie parce que je ne le connais pas, sur lequel je plaque des stéréotypes et que j’attaque pour mieux m’en protéger.

La mondialisation n’y change rien. Autrefois, c’était l’Auvergnat contre le Breton, l’Anglais contre le Français. Aujourd’hui, l’Autre est partout, dans mon pays, dans ma région, dans ma ville, dans mon quartier, mon immeuble. Je ne peux plus lui échapper. Il me terrifie d’autant plus.index1

Il est trop différent, l’Autre. Il a des moeurs, des coutumes, des vêtements, une langue, que je ne connais pas. Je ne peux pas anticiper ses réactions, tabler sur un code commun. Je ne peux pas adapter mon comportement selon une culture commune. Je ne contrôle rien. Et c’est insupportable.

Pourtant, comme en 1965, partout dans le monde des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, se sentent unis par ce simple mot : humanité. Ils sont prêts à marcher en silence sur 90 kms, comme de Selma à Montgomery, ou plus, pour dire NON. Non à cette illusion qui voudrait que nos différences deviennent défiances. Non à l’idolâtrie du contrôle permanent sur tout, tout le temps. NON à l’acceptation d’une violence polyvalente pouvant vous toucher demain. NON à la croyance que tel peuple, telle religion, tel système de valeur est supérieur à un autre. Pour ces gens, Blancs, Noirs, Arabes, Asiatiques, Indiens, Métisses, chacun a le droit de vivre en paix et sans préjudice aucun, partout. Avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Ils ne veulent pas prendre les armes. Ils ne veulent pas faire la révolution. Mais ils sont prêts à soutenir quiconque lèvera le poing pour dire NON à trop d’oppression. Dans le calme. Avec gravité. Avec pour seul bagage leur bien le plus précieux : leur humanité.

 

 

 

 

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