Au boulot / ça déméninge !

Vieux ? Moi ?

Crédit pixabay

Crédit pixabay

« C’était mieux avant. J’étais jeune, beau, dynamique et intéressant. Aujourd’hui je suis vieux, fatigué et je n’intéresse personne. » Il est temps de sortir de ce cliché ! En 2050, un français sur trois aura plus de 60 ans. Qu’adviendra-t-il alors si tout le monde pense ainsi ?

Vieux, une insulte ?

Nous connaissons tous le racisme et le sexisme.  Mais avez-vous entendu parler de l’âgisme ? Il s’agit d’une discrimination à l’égard de personnes en raison de leur âge.

Ce sont les vieux qui sont le plus souvent concernés.  Selon le rapport Revera établi en 2012 au Canada : 68% des femmes et 57% des hommes de plus de 65 ans disent être traités différemment ou injustement en raison de leur âge.

Passant souvent inaperçue, cette forme de discrimination est peu dénoncée.  Elle fait partie de notre vie quotidienne sans que l’on s’en rende compte. N’avez-vous jamais pensé ou dit : « encore une vieille au volant !» en argumentant sur le fait qu’ils créent plus d’accident. Pourtant, vous serez surpris d’apprendre que les statistiques nous disent le contraire. Ce sont les 18-24 ans qui ont le plus d’accident de la route (28%) alors que les personnes de 65 à 75 ans ne représentent que 7%.

« Tout le monde désire vivre longtemps mais personne ne voudrait être vieux » ( Jonathan Swift)

Ce qui semble le plus flagrant est que le mot « vieux » soit considéré comme une insulte. Le mot « jeune » ne semble, lui, ne poser de problème à personne.  Par contre,  on se fait « traiter » de vieux. Et l’on ne veut surtout pas être considéré comme tel. Je lisais récemment sur un forum un retraité dire à un plus jeune : « s’il vous plait, un peu de respect, parlez de personnes âgées et non de « vieux ». »  Pour être respectueux aujourd’hui, il faudrait uniquement parler de senior, d’ainé, de personnes âgée ou encore de troisième âge.

Crédit pixabay

Crédit pixabay

« Tu ne fais pas ton âge, quel est ton secret ?» – « Génial, je fais 10 ans de moins !»

Aujourd’hui, tout ce qui tient à la jeunesse est valorisé. Regardez tout autour de vous et spécialement dans le domaine de la beauté. Vous voulez une crème hydratante ? Les crèmes anti rides nous font passer un message plus que clair. Mettez votre crème « BB » pour faire le plus jeune possible. Prendre de l’âge est normal et nous y passons tous. Pourtant, nous ne faisons même plus attention aux slogans des crèmes qui s’affirment haut et fort ANTI-AGE !

« Désolé, vous avez 40 ans, je ne peux pas vous embaucher »

«  L’âge constitue le facteur de discrimination le plus important, loin devant le sexe, l’origine ethnique ou la religion. » dans le domaine de l’emploi. On reproche aux jeunes d’être sans expérience mais les vieux sont également de misérables victimes de cette discrimination. « Au-delà de 35 ans, les chances de trouver un poste s’amenuisent. Et ne parlons pas des quinquagénaires. » Est valorisé aujourd’hui le fait d’être actif,  dynamique, innovant et productif. Et les plus âgés se voient appliqués des stéréotypes qui s’opposent à ces images de jeunesse.

Arrêtons les préjugés au niveau de l’emploi ! Un jeune pourra être mou et improductif et un « vieux » actif et dynamique. Il s’agira plus d’une question de personnalité que d’âge.  D’autant plus que ce sont les plus âgés qui ont le plus d’expérience dans l’entreprise et donc qui en connaissent parfaitement le fonctionnement. La loi de 2009 qui oblige les entreprises à mettre en place un plan d’action pour favoriser le maintien ou le recrutement de seniors semble n’avoir rien changé. Car les représentations ont la vie dure. Nous sommes finalement dans un cercle vicieux: on leur demande de travailler plus longtemps mais on les rejette du marché de l’emploi.

Sages ou séniles ?

Selon les époques et les cultures, deux visions opposées de la vieillesse ont toujours coexisté. La sagesse, l’expérience, la connaissance et la transmission d’un côté. De l’autre : la maladie, la sénilité, le déclin.

Crédit Flickr

Crédit Flickr

Ailleurs, chez les Mérus du Kenya, l’individu est situé en fonction de son âge. L’homme accompli est celui qui a franchi différents stades, par des rites de passage.  Dans nos sociétés, au 18ème siècle, les vieux étaient des conseillers, des sages.  Aujourd’hui, nous sommes significativement dans la seconde version. Pour beaucoup, vieux signifie : perte d’autonomie et charge pour les familles et la société.

Les médias entretiennent fortement les tensions entre générations en insistant sur les sujets négatifs. Martine Lagacé, chercheuse québéquoise a enquêté. Sur 120 articles de presse concernant les plus âgés, 12 seulement abordent les relations entre générations en termes positifs. «Soit on répète que c’est une mauvaise affaire de vieillir, un poids lourd pour la société, soit les médias en parlent avec des exemples exceptionnels, en louangeant tel Monsieur de 85 ans capable de nager sept kilomètres. Ce qui renforce au fond le cliché du vieux habituellement incapable.»

Le sujet le plus abordé par les médias semble être le problème économique que représente le paiement des retraites.  Les jeunes d’aujourd’hui peuvent se sentir telle une génération sacrifiée. Certains ont l’impression de payer une retraite (qu’ils n’auront potentiellement pas eux-mêmes) aux plus âgés qui peuvent aujourd’hui profiter de leur temps libre. Considérés comme des privilégiés, les vieux deviennent les coupables de la crise économique.

Vers un échange entre générations ?

Ne serait-il pas temps de valoriser l’image de la vieillesse positive que nous avons trop longtemps laissée de côté ? Arrêtons de penser seulement à la transmission négative (retraite ou charge sanitaire). Cela est d’autant plus important que cette situation a des conséquences néfastes. En effet, les personnes qui ont une image négative de la vieillesse sont et se déclarent en moins bonne santé physique que les autres. Cette situation les rend plus dépendants des autres car ils intègrent l’idée qu’ils ne sont pas capables. Enfin, des chercheurs ont pu remarquer que ceux qui avaient une perception positive du vieillissement « vivaient en moyenne 7.5 années plus longtemps que les participants qui avaient des perceptions négatives ».

Pensons aujourd’hui à ce que les plus âgés nous transmettent de positif en tant que personne. Ce qui semble bénéfique pour tous se situe non pas dans le conflit mais dans la rencontre intergénérationnelle. Heureusement, nous voyons émerger de nombreuses initiatives dans ce domaine. On peut citer le logement intergénérationnel entre étudiant et retraités. Le loyer peut être réduit, voire gratuit, pour l’étudiant. Ce dernier peut également s’engager à être régulièrement présent ou à aider la personne âgée dans certaines tâches (comme les courses par exemple).  Une autre initiative passionnante : la colonie de vacances intergénérationnelle où les enfants sont accompagnés de leurs grands-parents (Vitacolo).

Et beaucoup d’autres encore : les ateliers radio, la chorale, les jardins intergénérationnels … Ces activités diverses qui favorisent la rencontre et l’échange de savoirs pour tous les âges renforcent le lien social dans nos sociétés. Elles permettent de sensibiliser sur la nécessité d’une solidarité entre générations.

 

L’échange nous permettra-t-il d’aller au-delà des préjugés ? En tout cas, il ouvre des perspectives positives où les générations partagent plutôt qu’elles ne s’opposent….

Tags: , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>