La question du mois / Non classé

Attentats du 13 novembre

La terreur frappe à nouveau ce soir, plus terrible qu’en janvier dernier, plus monstrueuse que jamais.images

 

En ce 13 novembre, journée internationale de la gentillesse, plusieurs attaques ont frappé des civils à Paris, en trois lieux : au Bataclan, au Stade de France, et dans des restaurants/cafés du 11e arrondissement. Le président Hollande a déclaré l’état d’urgence, du jamais vu. On parle de 35 à 60 morts. A l’heure où j’écris ces lignes, au moins trois attaques, peut-être sept. Une prise d’otages au Bataclan où, à 1 h du matin, les explosions continuent et la prise d’otages se poursuit, malgré l’intervention du GIGN et de toutes les forces disponibles. Deux kamikazes se seraient fait sauter au stade de France.
Les consignes sont claires : tout le monde doit rester chez soi, plusieurs lignes de métro sont coupées, les établissements publics doivent accueillir les gens restés dehors, les hôpitaux ont déclenché « l’opération blanche », les frontières sont fermées.
Le président Obama s’est exprimé et présente ses condoléances, en honorant les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité. Il est le premier à être intervenu. Les similitudes avec le 11 septembre sont évidentes, même si, pour le moment, on est loin des 5000 morts.

C’est officiel : il s’agit d’actes terroristes.

Certains témoins ont entendu des slogans islamistes, djihadistes.
La question n’était pas de savoir SI il y allait avoir un attentat, la question était QUAND, insiste la cellule anti-terroriste.
Rendez-vous compte : l’état d’urgence.
Les écoles, collèges, lycées, universités, fermés au moins demain.
Samedi matin, la France se réveille, une fois encore, avec une putain de gueule de bois. C’est la guerre.
Du sang froid, il en faut. Ne pas céder à la panique. Ne pas incriminer qui que ce soit, sans preuves. Se recentrer.
D’abord, retrouver ce sentiment d’amour pour les proches, ceux qui ont pu être sur les lieux, ceux qui en ont réchappé, ceux qui sont dans la douleur, ceux qu’on croisait encore hier. D’abord se souvenir qu’être vivant, d’avoir des gens que l’on aime, vivants autour de soi, est un bonheur.

Ensuite, encore, ne pas céder à la panique. C’est l’état d’urgence, oui. Mais se souvenir qu’on ne connait pas les mobiles des terroristes, qu’on ne fonde pas des haines sur des rumeurs.

C’est la REPUBLIQUE qui a été attaquée ce soir. Les cafés visés et le Bataclan sont situés aux alentours de la place de la République, la même qui avait solennellement accueillis les rassemblements au lendemain des attentats contre Charlie hebdo. Ce sont les valeurs de la République qui sont attaquées en ce 13 novembre, que les superstitieux continueront à penser funeste.
C’est quoi la République ? C’est laisser chaque citoyen exprimer librement ce qu’il est. Il peut aimer le foot, le death metal, l’alcool, ou au contraire les haïr. Il a le droit d’avoir ses particularités, comme ne pas croire en dieu, aimer les personnes du même sexe, adorer l’accordéon ou encore suivre toutes les émissions de télé-réalité. Le citoyen d’une République a le droit de penser ce qu’il veut, de ne pas adhérer à un système de valeurs ou de croyances, ou d’y adhérer. Il est libre.
Et c’est cette liberté qui a été visée ce soir, avec des lieux hautement symboliques : une salle de concert, un stade de foot, des cafés. Des lieux de loisirs, que d’aucuns qualifient de « décadents » parce qu’ils détournent d’une vision centrée sur autre chose. Quelle autre chose ? Cela reste à définir.
2 h du matin. Bilan de 120 morts a minima. « Des attaques d’une ampleur sans précédent ».
Qui sont ces forcenés qui ont décidé de tuer de sang-froid des inconnus, des civils, des gens comme vous et moi ? Trois d’entre eux ont été tués par les forces de l’ordre.
La question que je me pose, c’est comment la haine peut-elle atteindre de tels paroxysmes ?
Toutes les religions du monde prônent la tolérance, l’acceptation de l’autre, le pardon et la connaissance. Toutes. Même l’Islam, oui. Alors s’il s’avère que ces attaques sont le fait de djihadistes, comment ont-ils pu en arriver à ce point de méconnaissance de leur religion ?
Qu’est-ce qui anime ceux qui les ont endoctrinés ? Pourquoi vouloir semer la terreur à ce point ? Qu’espèrent-ils en retour ? Le monde est bien trop vaste et bien trop internationalisé pour qu’une seule doctrine puisse prévaloir. Si la France basculait dans la guerre civile, les peurs des uns contre le fanatisme des autres, qu’en ressortirait-il ? Un chaos, juste un chaos, qui ne servirait à personne. Contrairement à ce que Houellebecq a pu imaginer, la France n’est pas prête à suivre les lois islamiques. Et contrairement à ce que Marine peut croire, elle n’est pas prête non plus à sombrer dans un repli identitaire et obsolète.
La France, je la connais d’autant mieux que je l’ai mesurée à l’aune de bien d’autres pays. Elle est vive, elle est mobile, elle est étonnante. Elle est comme les Galeries Lafayette : on ne sait jamais ce qui peut s’y passer. En certains endroits elle est sclérosée, pleine d’arthrite. En d’autres, elle est vif argent et se renouvelle sans cesse. Elle est surtout réfractaire. Personne ne peut lui dicter son destin, ses besoins, ses envies, ses rêves. Ni la mondialisation, ni les djihadistes, ni la droite ou la gauche. La France c’est le gay qui se marie, le vigneron qui travaille dur, la femme de ménage qui paie des études à ses enfants, le génie de l’informatique qui révolutionne le monde, la top model, le smicard, le militant écologiste et la bourgeoise qui passe sa vie à organiser des dîners. Elle a mille visages, mille visions, mille envies. Elle est tout sauf monolithique. En son cœur bat son histoire, faite de révoltes contre l’oppression. Elle ne se laisse jamais abattre, même si parfois, comme le roseau, elle ploie. En Europe, presque tous les pays se sont laissés séduire par les charmes de la dictature : l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, la Yougoslavie, et tant d’autres. La France n’a jamais cédé aux sirènes du « tu verras, nous avons la vérité ». Elle est, par essence, libre. Et contestataire.

 

En attaquant Paris, la capitale, les terroristes ont visé la France.

Leurs actes symboliques ont été bien entendus. Ok, vous haïssez ce que nous sommes, notre liberté, nos caricatures impertinentes et nos loisirs. Hé bien sachez, messieurs, que nous peuple français, nous en avons vu d’autres. Que nous nous n’avons ni dieu, ni maître, qui sacrifie nos enfants sur l’autel de leur gloire. Que nous sommes un peuple coloré, de rouge, de blanc, de bleu et de mille autres couleurs, et que quiconque voudra nous imposer la sienne aura affaire à nous. Nous ne laisserons pas la gangrène de la peur nous dévorer, nous ne lèverons pas nos boucliers envers nos frères. Nous sommes dans un état de droit, et de justice. Chez nous, on ne tue pas sans sommation. On étudie les faits, on réfléchit, on tient compte de tous les paramètres, puis on donne un avis. Nous sommes cartésiens, oui. Et humanistes aussi. Ce qui ne nous empêche pas de nous intéresser aux mystères de la vie et de croire en des forces occultes. Nous savons conjuguer la réalité et le divin. Nous sommes un peuple qui n’a peur de rien, ni du CAC 40, ni des tempêtes, ni des fanatiques. Parce que notre pays aux mille climats, aux mille traditions, aux mille tendances, est celui de la DIVERSITE. Et vous n’y pouvez rien, vous qui souhaitez nous réduire à une seule pensée.
Personne ne détient la vérité. Ni ici, ni ailleurs. Il n’y a pas une façon d’être au monde, mais des multitudes. Et la seule chose que nous puissions faire, c’est d’accepter, tous autant que nous sommes, ces différentes façons d’être au monde, dans le respect total, en profitant de nos échanges.

 

Il n’y a qu’une chose qui ne mérite aucun respect : c’est la violence.

Car la violence engendre la violence, qui elle-même engendre le chaos et le malheur. Vous souhaitez sans doute, vous qui ce soir avez tué sans vergogne, engendrer la violence. Vous espérez sans doute exacerber ainsi les tensions latentes, provoquer des heurts au sein de la société française. Ne vous y trompez pas : il y aura toujours, même chez le plus raciste d’entre nous, un ami arabe, africain, asiatique. Qui sèmera le doute. Le doute cartésien, celui qui vous fait défaut et vous empêche de voir qu’on ne tue pas pour des idées.
Nous sommes un peuple pacifique, mais qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Nous avons commis des erreurs, comme tous les peuples, mais nous apprenons de celles-ci. Nous sommes fiers parce que nous avons une longue histoire derrière nous, qui dit des luttes âpres, des apprentissages, des humiliations et des victoires. Nous savons ô combien que l’idéal est toujours inaccessible mais aussi combien il nous est vital. Nous avançons, à notre rythme, le plus souvent avec un petit quart d’heure de retard, mais nous avançons. Et ça, c’est la différence entre vous, terroristes, et nous : nous n’obéissons à personne d’autre qu’à notre expérience.
Ce soir, la France est en deuil. Nous avons perdu des proches ou des anonymes qui ne souhaitaient que se divertir d’une semaine de labeur, de contraintes, de peurs et de peines. Car oui en France on a de la chance, mais elle n’est pas tous les jours jouissive. Nos responsabilités sont grandes, et lourdes. Nous ne sommes pas des enfants qui baguenaudons dans les prés de l’abondance et de l’insouciance.

 

Nous pleurons nos morts, mais nous ne laisserons pas la colère nous envahir.

 

Car nous avons appris qu’elle est mauvaise conseillère. A la place, nous ferons tout pour porter haut et fort nos mille couleurs, pour clamer à quel point nous sommes unis contre la terreur, pour vous dire, messieurs les terroristes, que nous ne sommes pas faibles ni naïfs. Vous ne nous manipulerez pas à coups de kalachnikov, car l’âme du monde est en nous bien plus que dans vos croyances.
Janvier ou novembre 2015, même combat : no pasaran.

Partagez et likez !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Vous aimez notre magazine ? Abonnez-vous !