Entre copines / Nos marmots

Elever seul(e) son bébé puis son enfant

« Elle a fait un bébé toute seule »

Goldman nous a fait rêver.
Pour celles qui doutent un peu de mon propos, je dirais qu’il m’a fait rêver. Il a fait de celle qui se retrouvait à élever seule un enfant, une femme glamour, pleine de vie et de force annonciatrice d’une libération supplémentaire de la femme.

Crédit Pixabay

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J’avais 17 ans quand je me suis sérieusement mise à écouter cette chanson en boucle. Honnêtement, j’aurais pu faire pire quand mes congénères se battaient pour un bout de serviette imbibé de sueur de Philippe, des 2be3.

J’ai 17 ans, Goldman me vend une femme seule, par choix, et dont le vie a l’air si bien remplie. Elle s’autorise même à choisir les qualités du père comme sur un catalogue de la Redoute. Les hommes et le fric sont faciles . Elle passe son temps au téléphone avec ses copines, qui elles ont l’air malheureuses alors qu’elle semble jouir de sa vie de célibataire.
« Elle fume même au petit déjeuner » : j’étais loin de fumer des clopes au petits déjeuner avec ma mère, alors je pouvais encore croire à quelques chose de sexy . Il m’aura fallu quelques années pour réaliser que l’odeur de cendrier froid dès le matin c’est beaucoup moins sexy qu’on ne le croit.
Mais mon envie de croire à tout cela a résisté un sacré bout de temps, car il ne faut tout de même pas oublier que c’est un homme qui nous parle, les yeux pleins d’amour et d’admiration, d’une femme forte et indépendante : le tout se traduisant par le fait de faire un bébé toute seule.

J’aurais dû me méfier : faire un bébé toute seule c’est peut être fun et sympa, mais l’élever c’est un peu plus long.

Et après la chanson ?

Alors si je devais revenir à un peu plus de réalité et de pragmatisme, je dirais que si à l’ époque de Jean-Jacques les Papas n’étaient plus à la mode, aujourd’hui c’est plutôt le couple qui a pris une claque.
Hélas, si certaines mères célibataires peuvent revendiquer une forme de choix dans cette parentalité en solitaire, le reste des parents qui élèvent seuls un enfant se sont retrouvés ainsi, le plus souvent, après quelques déconvenues. Ils ont fait ce bébé à deux mais les plans ont changés . Et la chute n’en est que plus rude .

Alors on oublie Goldman et on se tourne plus vers Foresti .
Et là on se met en tête que ça va être long et qu’il n’y aura pas toujours quelqu’un pour en rire avec nous.
Oui, vos amis seront présents ponctuellement, mais ils ont aussi leur vie. Après il vous reste peut être la chance ou pas d’avoir une maman qui squatte de longues journées chez vous pour vous soutenir, mais toute médaille a son revers et cela reste à l’appréciation de chacun.

Crédit Pixabay

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Pour de vrai

Parlons de choses sérieuses : élever seule un enfant cela concerne sans ségrégation les mères célibataires et tous les parents séparés quel que soit leur temps de garde.
Je ferai aussi une spéciale dédicace à toutes les mères qui sont en couple, mais qui ont eu l’honnêteté de me dire que seule ou à deux de toute façon, on est seule la grande majorité du temps…
Alors qu’est ce qu’élever seul sa progéniture ?
C’est réorganiser totalement son système psychosomatique. C’est aussi bouleverser ses repères spatio-temporels. Et piétiner toute notion d’intimité pour quelques années . Et peut être un peu aussi sa dignité !
Cela donne en vrac :
Ne plus jamais pouvoir faire pipi sans qu’on vous demande « Caca ? », ni pouvoir s’essuyer tranquillement devant le personnage étrange qui se mouche pour la 50 eme fois avec le rouleau de PQ (fallait pas utiliser le PQ pour se moucher devant lui)
Le jour et la nuit n’existent plus. Vous avez inventé un nouveau système d’heure et d’ailleurs dans votre journée il y a 27 heures…
La case désir et envie de votre cerveau est lourdement écrasée sous le poids des obligations et désirs de l’autre, le bambino (ou la bambina, c’est pareil).
La frontière qui délimitait jusque là votre notion d’hygiène est sans cesse repoussée.
Ranger n’est plus une corvée : c’est un fantasme.
Vous devenez envieuse, sentiment jusque là presque inexistant, quand tout le monde quitte votre apéro le vendredi soir à 21h30 pour aller boire un coup…
etc et au delà ….

Avantages, parce qu’il y en a !

Moi ce que j’aime dans le fait de l’élever seule ma fille c’est que je décide de tout.
Je bataille pas avec l’autre et ainsi je m’épargne des commentaires désobligeants. Surtout les soirs où on se nourrit de crackers et de fromage ( alors qu’elle n’a pas 2 ans).
J’aime avoir l’impression d’enfreindre la Loi quand j’ai une flemme monumentale de lui faire prendre la douche et que je me dit qu’elle connerie d’avoir établi une sorte d’obligation à minima d’une douche par jour. A part mon collègue de boulot (Michel) qui lui devrait s’astreindre à 2 douches par jour, personne ne devrait subir ce diktat.

Crédit Pixabay

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Quand la petite me saoule parce que pour la 200 millionième fois je lui dis de boire doucement son « put.. » de verre d’eau :
– qu’il est 18h30
– que la journée a commencé vers 5h du mat
– qu’elle en a encore foutu partout
– qu’en plus elle me regarde en tentant de prononcer un « Patout patout »
J’ai monstrueusement envie de lui casser le bras au bout duquel il y a son verre en plastique. Je ne passerai jamais à l’acte mais je crois qu’elle peut lire cette envie dans mon regard.
Lorsque vous êtes à deux, c’est l’occasion de prendre une petite remarque en mode « C’est pas si grave » ou  « Tu t’énerves pour rien » , ce qui entraîne spontanément un transfert de haine vers une autre cible qui, hélas, répond.
Et c’est parti pour une belle soirée !

Avantages devenus inconvénients et vice et versa

Parce que tout ne peut être parfait et souvent les plus petits incidents deviennent les plus insupportables, j’ai développé la technique du Kamé Hamé Ha (oui celui de dragon ball Z ) : j’évacue le trop plein et j’imagine le moment merveilleux où je vais la coucher.
J’avoue, si vraiment ça ne suffit pas, je lui colle une petite fessé symbolique. Ça me fait du bien et à elle aussi  (je me passerai avec grand bonheur de tout commentaire concernant les nouvelles théories éducatives qui viendraient m’expliquer en quoi il faut que je lui parle et que je lui explique blablabla..je sais déjà.)

Élever un enfant seul(e) , on a l’impression que ça rend fou , c’est l’ascenseur émotionnel : on le trouve magnifique, il sait enfin manger seul. On a les yeux qui brillent, le regard fièr de ce qu on a fait avec lui . Et là il jette sans aucune raison sa crème au chocolat sur le mur, et l’on passe de pulsion de vie à celle de mort.
Alors oui ça nous rend un peu fou. Il n’y auras pas de relève du lever du au coucher du soleil. Il va falloir patiemment trouver des ressources en nous. Et c’est cela finalement la force de nos enfants : c’est de nous apprendre la patience.
Et pour ceux et celles qui hésiteraient certains soirs entre le parvis d’une église ou les services de la DASS, sachez qu’il reste les apéros entre amis pour évacuer tout ça

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