ça déméninge !

Pourquoi les Français sont-ils râleurs ?

Je me plains tout le temps ! De la météo, des retards de train, de mon travail, de ma belle-mère, de mon manque d’argent etc…. Ma culture représentée par la révolution française, symbole de contestation, aurait-elle influencé ma volonté de tout remettre en question ? Ou sommes-nous dans le stéréotype ?

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Toujours râleurs : Stéréotype ou réalité ?

Les Français vus de l’étranger

Les clichés sur les français sont nombreux et ils ont la vie dure. Dans la liste de ces clichés, on retrouve toujours la catégorie « râleurs ». Oui, bien sûr je sors toujours des phrases telles que « regardez ces américains qui n’ont aucune culture » (moi hautaine ?), « en France, au moins, on n’est pas hypocrite! » (moi chauvine ?) , « non je ne souris pas aux inconnus» (moi froide ?), « de toute façon on ne peut plus faire confiance à personne » (moi méfiante et fermée ?).

Pour les étrangers, en France, on critique et l’on a une vision négative des autres et du système. Travelzoo a réalisé une étude « clin d’œil » en 2014 auprès de ses abonnés sur leur vision des touristes européens. L’élégance et le chic restent présents dans les esprits. Or, on serait tout de même considérés comme malpolis, arrogants, râleurs et prétentieux. Ayant vécu plusieurs années à l’étranger, je ne peux que vous le confirmer.

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Les stéréotypes, en façonnant notre manière de penser, nous amènent à simplifier notre perception de notre environnement. Il faut donc prendre du recul vis-à-vis d’eux. Cependant, nous allons voir que, de tous les stéréotypes qui nous sont associés, le « râlage » a fait l’objet d’études les plus sérieuses. Ce qui nous amène à nous demander si cette plainte n’est pas un fait culturel.

 

Un râlage lié au pessimisme?

Chaque année, dans les sondages, les français sont dans le top du pessimisme. Déjà en 2011, selon une étude du réseau Gallup International, ils étaient plus pessimistes que les Irakiens ou Nigérians. En 2014, selon BVA-WIN, ils n’étaient que 43 % à se déclarer « heureux », alors qu’ils l’étaient en moyenne à 70% dans l’ensemble des pays étudiés. Et en 2015, la situation ne s’arrange pas.

Olivier Galland, sociologue, a étudié le pessimisme des jeunes. En Europe du nord et aux États-Unis, ils voient l’avenir avec optimisme. Les jeunes français sont, eux, pessimistes. Pour le sociologue, le chômage et la précarité jouent un rôle mais l’aspect culturel est déterminant.  Dans un monde « du tout est possible », l’American dream fait avancer des Américains qui ont confiance en eux. Alors que les Français sont amenés à tout remettre en cause : eux-mêmes et le système. Les méthodes sont bien différentes et créent une atmosphère générale, optimiste ou pessimiste.

Des causes culturelles ?

Claudia Senik, professeure et chercheuse à l’école d’économie de Paris (« Economie du bonheur » – 2014) explique que la mauvaise humeur des Français est moins liée à des facteurs économiques que culturels. Ils sont moins heureux que ne le prédit leur Indice de Développement Humain. (L’IDH est calculé notamment en fonction du revenu, du système éducatif ou de l’espérance de vie à la naissance). Etre française réduirait alors ma possibilité d’être très heureuse de 20%. Et seul le facteur culturel peut expliquer que je sois plus malheureuse que les Irakiens et les Nigérians alors que ma situation est bien meilleure.

« Les immigrés se placent invariablement plus haut sur l’échelle du bonheur que les Français nés dans l’Hexagone. Or, d’après l’enquête, ces mêmes immigrés vont avoir tendance à se considérer plus malheureux au fil de leur intégration dans la société. Moralité : le bonheur a donc une dimension culturelle, ce qui confirme l’existence d’un « malheur français ». »

Vous allez alors me demander pourquoi je continue à rouspéter si c’est pour être malheureuse. Car être râleur a aussi ses avantages…

 

Fonctions psychologiques du râlage

Rôle positif de la plainte

Se plaindre a, effectivement, des fonctions psychologiques positives.

Une étude de chercheurs en psychologie de l’université d’Iéna montre que garder ses émotions en soi et donc ne pas râler, serait mauvais pour la santé. Les individus qui contiennent leurs émotions négatives ont notamment plus d’accélérations cardiaques. Puis, en situation de conflit, si j’extériorise ma frustration, cela m’évite de ne pas craquer en dépassant les limites du raisonnable. Exemple : balancer toute ma colère à mon conjoint plutôt que je finisse par lui balancer des assiettes au visage.

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Etre râleur m’aide également à me définir une identité de groupe. Lorsque je me plains avec d’autres personnes contre une situation, cela me calme et me rapproche de ces personnes avec qui je partage des valeurs communes. Je peux, par exemple, me faire une amie qui lutte également pour ne pas se servir de ses assiettes autrement que pour manger…

Cependant, si mon râlage n’est plus bénéfique ni pour moi ni pour mon entourage, il semble alors nécessaire d’acquérir des clefs pour mieux exprimer mon mécontentement.

Les clefs pour bien râler

Selon Guy WINCH – (« L’art de se plaindre et de se faire entendre » – 2011), si nous n’avons pas tort de nous plaindre, nous n’avons juste pas la bonne méthode.  Voici ses conseils :

– S’adresser à la bonne personne.

Exemple : Lorsque je me plains à mon conjoint de mon patron des heures durant.

Conseil : Je dois alors apprendre à savoir me plaindre en m’adressant à la personne adéquate, qui sait écouter et qui pourra, si possible, agir sur le problème originel.

– Contrôler ses émotions.

Exemple : Je suis en colère contre un ami qui a encore oublié un rendez-vous. Je lui crie dessus.

Conseil : Réprimer ma colère en ralentissant le débit de ma voix ou encore me forcer à faire un sourire avec humour. Ne pas m’énerver permettra de réduire le stress pour moi et mon entourage.

– Le recadrage : changer sa manière de voir le problème.

Exemple : Je me plains que mes assiettes soient cassées car il va falloir que j’en rachète (oui, j’ai craqué, je les ai balancées…)

Conseil : Il s’agit de sortir le positif des problèmes rencontrés : « du coup je peux m’en acheter de nouvelles ! »

– Toujours enrober ses plaintes de compliments

Exemple : Je n’aime pas le plat que ma belle-sœur a préparé et je lui dis clairement.

Conseil : Lui dire : « Il est pas mal ce plat ! Par contre, il manque un tout petit peu d’épices ! »

– Au-delà de la plainte : trouver une solution à son problème

Exemple : Pester en permanence contre mon collègue crée une ambiance stressante pour mon entourage.

Conseil : Mon râlage peut être constructif s’il est transformé en propositions ou actions pertinentes pour face aux problèmes (non non, je n’essaierai pas de faire virer mon collègue…).Guy Winch a, par exemple, observé que 95% des personnes qui ne sont pas satisfaites de leur achat ne font aucune réclamation. Ils considèrent que c’est long ou inutile. Or, ils vont passer leur temps à se plaindre auprès de 12 à 16 personnes de leur entourage. Cependant, la minorité qui a fait une réclamation au magasin se sentira mieux, avec une sensation de pouvoir agir.

–          Eviter de se plaindre de trop de choses à la fois.

Exemple : Je vais voir mon patron et me plains que la machine à café soit cassée, qu’il n’y ait jamais de papiers toilettes aux WC et que mon salaire soit trop bas.

Conseil : Mon patron ne m’écoute plus car je me plains de tout. Je dois me concentrer sur ce que je veux vraiment changer et laisser de côté les problèmes mineurs.

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Au-delà du stéréotype, être râleur en France semble être une caractéristique culturelle. Souvent corrélé au pessimisme, il peut, s’il est utilisé à bon escient, être synonyme de bien-être, d’action et de changement.

Et vous, quelles sont vos techniques de râlage ?

 

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