Vie citoyenne et initiatives solidaires

Les femmes attaquées sur tous les fronts

L’époque n’est pas glorieuse pour les droits de l’homme, on le sait. Mais c’est pire pour ceux de la femme. Ces derniers jours, une avalanche de décisions et événements tendent à montrer que la condition féminine n’est guère enviable. Plus que jamais, la vigilance et la détermination s’imposent si l’ont tient à conserver ne serait-ce qu’un semblant d’égalité avec nos homologues masculins.

Jacqueline Sauvage ou l’épopée de la violence ordinaire

François Hollande a octroyé une grâce partielle, qui permet à la très médiatisée Jacqueline Sauvage de demander sa libération conditionnelle. Bien. Pourtant, en première instance puis en appel, cette femme a été condamnée à 10 ans de prison ferme, pour avoir tué son mari. Lequel la battait, la violait, et en faisait autant sur leurs trois filles, depuis des décennies. Mais elle n’a jamais porté plainte. Elle n’a pas demandé le divorce. Pour les jurés et la Présidente de la Cour, cet attentisme est impardonnable. De plus, la meurtrière ne peut plaider la légitime défense puisqu’elle a tiré « à froid » et non pendant l’exercice de la violence. Un coup porté au visage le matin même, avec signe patent de violence, ne suffit pas pour plaider la légitime défense. Voilà où on en est en 2016. Si ton mari te frappe et te viole et en fait autant sur tes enfants, tu n’as le droit de le tuer que pendant qu’il te massacre. Pas une heure après. Et parce que ton calvaire n’avait pas lieu 24h/24 et 7 jours sur 7, il se trouve des témoins pour dire qu’ils n’ont jamais vu d’actes de violence commis par le mari. Voilà qui sème le doute, n’est-ce pas ? Même si tout le monde s’accorde pour reconnaitre que l’homme en question était colérique, injurieux, incapable de nouer des relations cordiales avec sa clientèle et son voisinage, il reste présumé innocent.

Pourquoi Jacqueline Sauvage n’a-t-elle jamais porté plainte ? Ni ses filles ? Par peur des représailles. Comme 86 % des femmes victimes de violences conjugales, sur les 223.000 concernées. Car concrètement que se passe-t-il quand on va porter plainte après avoir été battue ou violée ? On dépose, dans le meilleur des cas sans être à nouveau humiliée, et on retourne chez soi. Et quand le mari apprend qu’on a osé s’élever contre sa toute puissance destructrice, il ne remercie pas : il tape plus fort, plus longtemps.

Pourquoi ne pas partir alors ? Parce que ce n’est pas aussi simple. Le phénomène d’emprise bloque l’autonomie, la capacité d’initiative. Morgane Selimane, dans son ouvrage « Il m’a volé ma vie » (XO éditions, 2015) explique pourquoi elle ne s’est pas enfuie malgré l’enfer qu’elle a vécu pendant 4 ans : « la peur rend bête et la douleur bloque la pensée ».

La honte, l’inertie des pouvoirs publics, l’impunité accordée aux agresseurs, sont autant d’obstacles à des révoltes pourtant plus que légitimes. En théorie, la loi du 9 juillet 2010 relative aux violences faites aux femmes introduit le délit des violences psychologiques au sein du couple. En se fondant sur la définition du harcèlement moral, elle condamne l’auteur de ces intimidations à trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende. Pourtant, alors qu’un homme qui a enflammé et défenestré son chat vient d’écoper de deux ans de prison ferme, l’agresseur de Morgane Seliman n’a été incarcéré que 12 mois après qu’elle ait porté plainte. Cherchez l’erreur (malgré le respect que l’on doit aux animaux)…

Le Sénat tourne le dos aux femmes

Les pouvoirs publics s’intéressent pourtant à ce drame. Le Ministère des Affaires sociales, de la santé et des droits des femmes se penche sérieusement sur le sujet. Une campagne de prévention contre le harcèlement dans les transports publics a ainsi vu le jour en 2015.

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violence femmes

Mais le Sénat vient de supprimer l’article 14 du projet de loi sur la sécurité dans les transports en commun, celui-là même qui instituait la formation des personnels de sécurité à la prévention et l’interpellation des agresseurs, à l’accueil et à la prise en charge des victimes. L’article prévoyait en outre le recensement des agressions, afin que l’on dispose de chiffres précis, même si d’après l’étude du Haut Conseil à l’Égalité entre les Hommes et les Femmes, « 100% des femmes ont déjà été victimes de harcèlement dans l’espace public ».

Comme la majorité des instances de décision françaises, le Sénat est majoritairement masculin (8 sénatrices pour 17 sénateurs). Et il y a fort à parier que, parmi les sénatrices, bien peu voire aucune n’a subi de harcèlement de rue ces dernières années : l’avantage de se déplacer en voiture avec chauffeur, en taxi ou en première classe ?

Une carte prépayée leur ouvre l’accès à tout le réseau SNCF en première classe, 40 allers-retours en avion leur sont remboursés entre Paris et leur département, ainsi que les frais de taxis et de péages. Au total, l’enveloppe « transport des sénateurs » représente quelque 4,7 millions d’euros par an, soit une moyenne de 13.505 euros par sénateur.

révélait Challenges en 2014.

Un appel public aux viols collectifs le 6 février

Un américain suivi par 20.000 followers et dont le site « The return of kings » propose tranquillement la légalisation du viol (entre autres aberrations sexistes), a appelé les « néomasculins » de 43 pays à se rassembler le 6 février en certains endroits (dont Paris et Nantes) pour mettre en commun leurs monstrueuses idées pro-viols. L’organisateur déclare sans sourciller sur son site « qu’il n’est plus temps de se cacher derrière un ordinateur » ni de craindre l’opprobre publique, et que la souveraineté masculine doit être restaurée (entendez par là, les femmes doivent consentir à se faire violer, a minima).

La journaliste Eloïse Bouton, ex Femen repentie et féministe progressiste, est la seule à avoir alerté les autorités françaises sur ces rassemblements en « tribus » comme les nomme l’organisateur. Après vérification, il semble que l’événement ait été annulé, au moins officiellement. Mais cela révèle tout de même le climat délétère dans lequel évoluent les démocraties occidentales depuis quelques temps.

Alors on peut bien s’insurger contre les atrocités subies par les femmes lapidées, excisées, violées sans relâche dans des contrées considérées comme moins « modernes », cela ne nous prémunit pas pour autant d’une violence omniprésente, latente ou avérée. La députée Huguette Bello l’a bien souligné lors de son intervention à l’assemblée, le 3 février 2016. Et Marisol Touraine n’a pas cherché à minimiser le « fléau » des crimes machistes et autres exactions que s’autorisent ceux dont on dit encore qu’ils représentent « le sexe fort ».

Tant que le législatif est encore du côté du droit des femmes, il est urgent de se mobiliser pour que la société change enfin de visage et accepte que nulle violence n’est tolérable, ni envers les animaux, ni envers les enfants, ni envers les femmes. Plus aucun acte de violence (verbale, psychologique ou physique), aussi minime apparaisse-t-il parce qu’il est banalisé, reproduit de génération en génération, ne doit rester impuni.

L’éducation a montré ses limites, on ne convainc que peu par les discours. Ceux qui sont sensibles à la raison ne sont pas ceux qui agressent. Pour les autres, l’arsenal législatif est suffisamment étayé pour que leur passe l’envie de se défouler sur celles que la nature a pourvu de moins de muscles. En clair : si maintenant toutes les femmes victimes de violences portent plainte et utilisent les moyens mis à leur disposition, alors peut-être nos filles pourront-elles vivre dans un monde où l’égalité des sexes ne sera pas un vain mot. C’est notre responsabilité à toutes.

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