ça déméninge !

TREPALIUM ou notre futur sur Arte

Trepalium est une série d’anticipation produite et diffusée par Arte. Six épisodes pour comprendre ce qui nous attend dans peu de temps si nous ne réagissons pas.

Peut-être avez-vous raté les trois premiers épisodes de Trepalium, jeudi dernier sur Arte ? Pas de panique, ils sont en replay. Et ce 18 février, les trois derniers épisodes de la série vous attendent pour aller plus loin dans la démonstration.

Le pitch :

Dans un futur proche, les sociétés démocratiques ont été balayées par des décennies de crise.
Un mur gigantesque sépare deux catégories de personnes : ceux qui ont un emploi et ceux qui n’en ont pas…
Plongez dans le monde ultralibéral de cette ambitieuse et haletante série d’anticipation.

Trepalium, un nom qui sonne de manière lugubre. Qui fait songer à un instrument de torture. Et c’est bien de cela dont il s’agit, puisque le latin tripalium désigne un instrument de torture à trois poutres, qui a fini par donner le mot « travail ». Lequel ne mène pas forcément à la trépanation, même en cas de burnout sévère…

Un monde où les gens crèvent de ne pas travailler

Si je vous dis que d’un côté il y a ceux qui ont un boulot et vivent dans un relatif confort, et de l’autre des chômeurs qui crèvent à petit feu, cela vous évoque-t-il la réalité ou une série d’anticipation ? Les deux, me répondront ceux qui ont vu les trois premiers épisodes de Trepalium.

Poussé à l’extrême, le problème du chômage et ses corolaires (manque de ressources élémentaires comme la nourriture ou l’eau, du chauffage et des vêtements) est au coeur de la série, dans un futur que l’on n’imagine pas si lointain.

Les « actifs » de Trepalium jouissent d’un certain confort : maison connectée, voiture, nourriture… Mais leur vie ne fait pas rêver : ils n’ont que 17 minutes pour déjeuner, angoissent à longueur de temps de perdre leur sacro-saint job, ne s’occupent pas de leurs enfants (l’école a disparu au profit des tablettes que les parents programment), et accomplissent des taches absurdes.

Les « inactifs », retranchés au delà du mur qui protège les « actifs » de leur voracité et de leur manque de discipline, ignorent tout de la vie de ceux qui leur apparaissent comme des privilégiés. Et réciproquement. De là, une haine solide s’instaure entre les deux parties de la population. En deux coups de cuiller à pot, la série résume le principe du racisme, de la xénophobie, du rejet de l’Autre. Rien que pour ça, chapeau bas.

Trepalium met en évidence un problème majeur : l’eau

Mais la série développe en filigrane bien d’autres thématiques, et notamment le problème de l’eau, qui ne tardera pas à devenir central – si l’on considère qu’il ne l’est pas déjà (tant pour les populations subsahariennes que pour expliquer une partie de ce qui se joue actuellement au Moyen Orient).

Les inactifs n’ont pas d’eau potable, toutes les ressources naturelles étant polluées. L’entreprise « Aqualand » exerce un monopole de traitement de l’eau, seule façon pour cette population d’éviter la mort. Et bien évidemment, cette ressource vitale est réservée aux « actifs ». Une belle façon de mettre en garde non seulement contre les pollutions qui mettent en péril cette source de vie, mais aussi de rappeler que les multinationales s’approprient des biens qui devraient être partagés par tous, comme la terre, l’eau, l’air, dont elles mettent la qualité en danger.

Dans la série, les inactifs sont incités à se droguer pour oublier leur soif. Une métaphore qui en dit long sur le cynisme des gouvernants quant aux besoins essentiels des populations… Quand on sait qu’en Afrique il n’est pas rare de rémunérer les travailleurs en alcool et que les populations autochtones ont été soumises par ce truchement (indiens d’Amérique mais aussi aborigènes en Australie ou Inuits en Alaska) à l’impérialisme britannique, on se dit d’ailleurs qu’il ne s’agit pas que d’une métaphore…

Mais la Résistance s’organise

Comme dans tout système inégalitaire et injuste, une petite partie des protagonistes s’insurge et tente d’organiser la résistance et le renversement du système. Et comme dans toute révolution qui se prépare, il y a des partisans des deux côtés du Mur, qui s’entraident et oeuvrent de concert.

A un niveau plus individuel, le prof – qui bien entendu a conservé des vestiges de la civilisation passée, comme des livres – tente d’inculquer aux mioches qui fréquentent son école délabrée des notions de liberté, de justice… Ce personnage emblématique (je ne dis pas pourquoi afin de ne pas trop spoiler) semble le seul rempart contre l’inertie de la masse des « inactifs » qui se contente d’essayer de survivre. L’école et la révolution comme seul espoir de sortir d’un système inique, ça vous dit quelque chose ? Parle-t-on du futur, vraiment ?

Un univers glaçant

Trepalium aborde également les rapports entre hommes et femmes – le viol y est monnaie courante, admis -, les règles parfois violentes inhérentes à toute forme de contre-pouvoir, le cynisme de la classe dirigeante, la naïveté des bons sentiments… Un véritable condensé d’analyse, dans un univers glaçant, propre à nous mettre à l’aise et à nous effrayer.

Il me semble bien que tel est le but de la série : nous effrayer pour que nous réagissions, pour que nous réalisions à quel point il est urgent de sortir de l’inertie, sous peine de nous retrouver bientôt, comme ces gueux parqués derrière un haut mur, à mourir de soif et à n’avoir pour seul rêve que de travailler – de manière absurde et angoissante qui plus est. Dès lors, on peut parler d’oeuvre pédagogique, et on comprend d’autant mieux le rôle central du fameux prof.

Bien sûr, certains seront déçus : le jeu des acteurs manque parfois d’authenticité, le rythme connait quelques lenteurs, les effets spéciaux ne sont pas sidérants… S’il s’agit seulement de se divertir, ou de comparer avec les séries américaines à succès, il est évident que Trepalium ne tient pas la route. Mais si l’on veut bien cesser deux minutes de noyer notre désarroi dans le pur divertissement, alors regarder cette série est une bonne façon d’intégrer sans effort les enjeux de notre société.

 

 

 

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2 Comments

  1. Bernard says:

    L’avantage de la science-fiction, c’est qu’elle permet aussi d’envisager des alternatives plus inspirantes : http://www.nonfiction.fr/article-8108-serie__imaginer_la_fin_du_travail_au_dela_de__trepalium_.htm

    Voir aussi cette vidéo du dernier emploi sur Terre : http://www.theguardian.com/sustainable-business/video/2016/feb/17/last-job-on-earth-automation-robots-unemployment-animation-video

    • Cécile D says:

      C’est extrêmement intéressant ! Le livre a l’air passionnant… Je me le procure de suite. Merci aussi d’avoir proposé ces pistes, plus inspirantes en effet. D’ailleurs, les trois derniers épisodes de Trepalium se sont avérés un peu décevants. Quel est votre sentiment ?

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