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Au secours, mon enfant est dyslexique !

dyslexieD’après la Fédération française des dys (FFDys), 6 à 8 % de la population française souffrirait d’un trouble dys. Près d’un enfant sur dix serait concerné et 4 à 5 % des élèves d’une classe d’âge seraient atteints de troubles dyslexique. Ce trouble de l’apprentissage se manifeste par une difficulté à associer les sons entendus avec les lettres et les mots correspondants. Les dyslexiques confondent les lettres qui ont des formes voisines et inversent des syllabes en lisant. La dysorthographie, souvent liée à la dyslexie, correspond à une altération de la production d’écrit et de l’orthographe. Dans les deux cas, déchiffrer un texte et écrire sans faire de faute est particulièrement éprouvant.

Les enseignants en première ligne pour dépister les troubles dyslexiques

Ce sont les enseignants qui sont les plus à mêmes de vous prévenir si votre enfant est atteint de dyslexie : les troubles apparaissent tôt, dès le CE1 ou CE2, et une difficulté dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture doit les alerter. Il arrive cependant que cette difficulté ne soit pas détectée assez tôt, entraînant alors un cercle vicieux qui va rendre la scolarité très compliquée. Les efforts de l’enfant ne sont pas suivis de résultats satisfaisants, il perd confiance en lui, puis sa motivation, et tout va de mal en pis.

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Cependant, il ne faut pas s’inquiéter trop vite. Chaque enfant a son propre rythme, et les difficultés ne peuvent être que passagères. Chez les plus jeunes, il est très difficile de distinguer un trouble dys d’un simple retard des acquisitions, le cheminement de l’apprentissage étant différent pour chaque enfant. Les uns apprennent vite, les autres ont besoin de plus de temps. Si vous avez des doutes (cahiers très mal tenus, difficulté à lacer les chaussures, à dessiner ou à reconnaître les lettres par exemple), le plus simple est de consulter un professionnel : médecin scolaire, pédiatre, éventuellement orthophoniste.

Un enfant dyslexique doit être pris en charge

La dyslexie n’est pas une fatalité. Ce trouble cognitif qui affecte les sphères du langage (oral et/ou écrit) peut se rééduquer. La loi le prévoit, depuis 2005 : « Dans les écoles et les établissements scolaires du second degré, des aménagements particuliers et des actions de soutien doivent être mis en place au profit des élèves qui éprouvent des difficultés, notamment ceux atteints de troubles spécifiques du langage oral ou écrit, telle la dyslexie. Lorsque ces difficultés sont graves et permanentes, les intéressés doivent recevoir un enseignement adapté ».

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En pratique, cela passe par divers dispositifs. Dans les cas les plus graves, votre enfant peut bénéficier d’une AVS (assistante vie scolaire) qui l’aidera à écrire correctement en classe et à rédiger ses évaluations, ainsi qu’à déchiffrer correctement les textes et consignes. Au collège, il peut éventuellement intégrer une section ULIS (Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire) durant les cours de français et d’Histoire-géo, par exemple, et assister avec sa classe aux autres cours qui exigent moins ou pas de compétences à l’écrit. Au primaire, un dispositif similaire est proposé dans le cadre des CLIS (Classe d’intégration scolaire).
Pour cela, son handicap doit être reconnu par la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées), après un bilan chez l’orthophoniste. Même si le terme « handicap » fait peur aux parents, ils ne doivent pas perdre de vue que cela ne signifie pas « inférieur » ou « incapable ». Le plus important est de permettre à l’enfant de ne pas perdre confiance en ses capacités, et de l’aider à suivre une scolarité normale. Car sans prise en charge, ce trouble conduit inévitablement à l’échec, dans la mesure où notre système scolaire se fonde essentiellement sur l’écrit. Ainsi que le rappelle l’ANAPEDYS (Association Nationale d’Associations d’Adultes et de Parents d’Enfants Dys) :

« Le problème majeur d’un enfant dyslexique réside dans la lenteur à automatiser le langage écrit, ce qui génère des difficultés très importantes pour comprendre les énoncés, rédiger les copies ou assimiler les règles de grammaire, d’orthographe ainsi que les leçons. Le jeune dyslexique, qui par définition est doté d’une intelligence normale et qui est indemne de troubles psychologiques primaires, peut aussi éprouver des difficultés d’abstraction, d’anticipation, de projection dans le temps et dans l’espace (par exemple il ne peut pas parvenir à se représenter le prolongement de deux droites jusqu’à leur intersection). Il doit utiliser des procèdes mnémotechniques car il ne peut pas automatiser certaines démarches cognitives. »

Si la dyslexie est plus légère, vous pouvez demander à ce que votre enfant bénéficie d’un ordinateur pour écrire (le trouble est souvent atténué par l’utilisation du clavier), de plus de temps pour faire ses évaluations, de photocopies de documents adaptées (police verdana ou arial 12 au minimum, interlignes de 1,5, document aéré). Il doit être autorisé à lire à haute voix (en murmurant), à suivre à la règle ou au doigt pour déchiffrer, et ne pas être pénalisé sur l’orthographe quand ce n’est pas l’objet de l’apprentissage.

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Les aménagements possibles sont nombreux, mais les enseignants ne sont pas formés à la prise en charge de la dyslexie, et se trouvent donc démunis face à ce trouble. Ne prenez pas pour de la mauvaise volonté ce qui n’est le plus souvent qu’une ignorance des mesures à mettre en place. Face à la reconnaissance en augmentation de ce trouble, les enseignants sont de plus en plus nombreux à chercher par eux-mêmes des solutions pour aider les enfants et adolescents dyslexiques, mais cela demande du temps. Une discussion constructive avec l’enseignant ou le professeur principal de votre enfant est la meilleure stratégie à suivre car quand tous les éducateurs s’allient pour aider l’enfant, celui-ci reprend confiance en sa capacité à réussir. Or c’est la clef indispensable pour une scolarité bénéfique.

Passage obligé chez l’orthophoniste

En parallèle des aménagements au sein de l’institution scolaire, l’enfant doit également suivre régulièrement des séances chez un orthophoniste, professionnel spécialisé dans la prise en charge de ces troubles. Bien que la maturité aide grandement, grâce au développement cognitif qu’elle implique, elle ne suffit pas. Mais trouver un orthophoniste compétent qui ne soit pas déjà surchargé devient de plus en plus difficile, tant la demande a augmenté ces dix dernières années. On compte en moyenne 34 orthophonistes pour 100.000 habitants (source : Fédération française des orthophonistes), avec des densités variables selon les régions. Se rapprocher d’une association régionale ou départementale concernant les DYS peut alors s’avérer d’une aide précieuse.

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Chaque orthophoniste a sa méthode, son protocole. Comme en pédagogie, il n’existe pas de consensus sur la meilleure manière d’aider un enfant dyslexique à progresser sur le langage oral et/ou écrit. Mais celle de Béatrice Sauvageot* est tout à fait particulière : elle postule que les dyslexiques ont un langage propre, qu’elle a appelé la « bilexie » :

« La bilexie constitue la 1ère langue neurologique et linguistique au monde. Elle obéit à une logique particulière, propre à chaque dyslexique et à sa perception du monde. Sa syntaxe, ses règles de lecture et ses fonctions linguistiques permettent notamment de distinguer une personne dysorthographique d’une personne qui n’est pas bonne en orthographe. »

explique-t-elle. Elle propose donc d’aider les enfants à devenir en quelque sorte bilingues, en utilisant les outils linguistiques adaptés à ceux de l’apprentissage d’une langue étrangère. Pour elle en effet, la personne dyslexique déchiffre « de la même façon qu’un musicien devant une partition : il a besoin de la contre forme, de la complémentarité et d’indications diverses de couleurs, de pleins et de vides afin d’accéder à une lecture fluide. Le déchiffrage est son ennemi ». Il s’agit donc de tenir compte de cette particularité pour aider l’enfant à s’approprier un code langagier tout à fait différent (le nôtre). Cette orthophoniste novatrice et son équipe ont également développé plusieurs applications, comme « Bilexie enfants » ou « Bilexie ados », disponibles sur Google Play et iTunes.
Dans tous les cas, il ne faut pas désespérer, même si votre enfant est en échec scolaire depuis quelques années parce que sa dyslexie n’a pas été suffisamment prise en charge. Il n’est jamais trop tard, les progrès peuvent être rapides, et dès lors que la confiance revient, tout est possible.

* http://www.puissancedys.org

 

Voir aussi : 37 signes révélateurs de la dyslexie

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2 Comments

  1. zigmund says:

    http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2016/03/08/ce-que-voit-un-dyslexique-en-lisant/

    Pour découvrir ce que voit une personne dyslexique quand elle est devant un texte… Une révélation douloureuse attend ceux qui minimisent ce trouble !

  2. Bravo pour votre article et merci
    Je suis à votre disposition pour aider les famille ou vous apporter plus d’informations
    Bien à vous

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