La question du mois

Êtes-vous freegan ?

Un concept tout nouveau tout beau, le freegan, a fait son apparition et rallie de plus en plus d’enthousiastes supporters. Derrière ce mot un peu barbare se cache une véritable révolution de société.

freegan
« Le freeganisme (en anglais freeganism), ou gratuivorisme, est un mode de vie alternatif qui consiste à consommer principalement ce qui est gratuit et végan, à créer des réseaux d’entraide qui facilitent ce choix afin de dénoncer le gaspillage alimentaire et la pollution générées par les déchets, mais aussi les problèmes de transports (transport écologique), du travail (réduction du temps de travail) et du logement (réquisition citoyenne) dans la société occidentale. » nous dit Wikipédia.

L’idéologie Freegan

Véritable idéologie, le freeganisme pose comme postulat que le système dans son ensemble est pourri jusqu’à la moelle, et que le boycott ne suffit pas.
« Freegan est la contraction des mots ‘free’ et ‘vegan’. Les vegans sont ceux qui refusent la maltraitance des animaux et qui évitent donc la consommation de produits d’origine animale ou bien testé sur les animaux. Les freegans vont encore plus loin en réalisant que dans une économie de production de masse dirigée par le profit, les abus sur les hommes, les animaux et la planète ont lieu à tous les niveaux de productions (de l’acquisition des matières premières en passant par la production et le transport) et ceci est valable pour chaque produit que nous achetons. Les ateliers clandestins (sweatshop), la destruction de forêt tropicale, le réchauffement de la planète, le déplacement des communautés indigènes, la pollution de l’air et de l’eau, l’extermination de la faune considérée “parasite”, le renversement des gouvernements populairement élus pour maintenir des dictateurs hommes de paille qui soutiennent les grands intérêts commerciaux, les open-pit strip mining, le forage du pétrole dans des régions à environnement sensible, le démantèlement des syndicats, l’esclavage des enfants, et les dessous de table aux régimes répressifs ; sont quelque unes des conséquences des produits apparemment inoffensifs que nous consommons chaque jour. » peut-on lire sur la page d’accueil du site freegan.info.
Les adeptes freegan ont donc à cœur de lutter contre tous les abus, perversions, inégalités et injustices du système, via une absence de … consommation. Le maillage des entreprises et multinationales étant – à leur yeux – inextricable, ils estiment que consommer revient forcément à cautionner, quelque part et sans qu’on le sache, un abus, une injustice, une pollution, un effet délétère. Ils vivent donc sans acheter.

Comment font les freegan pour vivre sans rien acheter ?

D’abord ils écument toutes les déchetteries et poubelles. Ils y trouvent une bonne partie de leur alimentation, mais aussi des meubles, des appareils électro-ménagers, des vêtements, tout ce qui est encore en état correct et qui peut servir à assurer un certain confort. Ils traquent aussi les « spots », c’est à dire les commerces qui consentent à leur donner les invendus. On les appelle aussi parfois les « déchétariens », ou les « glaneurs », selon une tradition qui remonte au Moyen-Âge.
Selon le gouvernement, en 2012, chaque citoyen français jetait 20 kg d’aliments par an à la poubelle : 7 kg d’aliments encore emballés et 13 kg de restes de repas, de fruits et légumes abîmés et non consommés ! On comprend donc la logique des freegans qui chassent cet immense gaspillage pour subvenir à leurs propres besoins. Une petite visite sur un groupe facebook dédié se montre d’ailleurs très convaincante : les « récoltes » auprès des invendus de supermarché (après date de péremption ?) sont impressionnantes. Et comme les freegans pratiquent activement le troc entre eux, chacun trouve son bonheur. Mais SDF, Roms et autres personnes dans le besoin n’apprécient pas toujours ces nouveaux venus qui leur « ôtent le pain de la bouche », et parfois être freegan signifie aussi vivre certaines tensions…
Dans cette logique anti-gaspi, les freegans militent pour les énergies renouvelables et la permaculture, économisent l’eau, utilisent les transports en commun et le vélo… Tout est bon pour réduire son impact carbone et réutiliser ce qui est « gâché ». Le recyclage est leur mantra, la décroissance est leur prophète. Les grèves d’éboueurs sont pour eux jours de fête !

Le contre-modèle freegan

Au-delà de cette récupération tous azimuts, les freegans prônent également une vie libérée de l’aliénation du salariat et même de l’emploi. De ce fait ils essayent de vivre en dehors du système classique : squatter ou vivre dans un camion/une yourte plutôt que de payer un loyer ou un crédit, faire fonctionner au maximum la solidarité et l’entraide, et éviter autant que possible de travailler, au sens rémunéré du terme.
Venu des Etats-Unis, le mouvement freegan se développe peu à peu en France. Un restaurant a même ouvert à Paris sur ce principe en 2015 : le Freegan Pony. La cuisine du Freegan Pony recueille les légumes invendus de Rungis, d’une Bio Coop et d’un Bio C Bon parisiens. Pour 6 €, on y dîne végétarien et inventif : rôti de blettes, crème de banane ou velouté de tomates, les menus varient selon les humeurs des (vrais) chefs qui se succèdent. Les meubles ont – évidemment ! – été récupérés chez Emmaüs, et la cuisine est faite par des bénévoles. Le lieu est un squat, ce qui génère quelques problèmes d’expulsion… Bref, ici c’est freegan style jusqu’au bout des casseroles.

Pour mieux comprendre comment vivent les freegans et quelles sont leurs valeurs, un documentaire leur a été dédié. On peut s’étonner d’y voir des freegans consommer de la viande, alors que freegan est normalement associé à « vegan », c’est à dire « végétarien ». Une contradiction américaine qui ne reflète pas forcément la population des freegans français.

 

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