Psycho

Le désir

Nous éprouvons sans cesse des désirs : que le désir vise un objet déterminé − une belle et rapide voiture ou une belle et grande maison − ou autre : courir après la beauté, la jeunesse, la perfection…  Désirer semble faire corps avec l’élan même de la vie, qui sans cesse nous entraîne au-delà de nous-mêmes : vers les objets extérieurs pour nous les approprier, ou vers ce que nous voudrions être mais que nous ne sommes pas.

140H

Le désir mimétique

Je veux parler de ce désir si commun de nos jours. Qui ne veut pas d’une maison comme celle des amis, d’une belle voiture comme celle du frère ou de la sœur, le dernier iphone ou ipad à la mode, que tout le monde cherche à se procurer.

A la recherche de l’origine du désir, René Girard (La Violence et le Sacré) élabore sa théorie du désir : le désir est triangulaire, il naît et se nourrit de l’imitation : « je veux cette pomme parce que mon petit frère la veut, et elle devient d’autant plus goûteuse qu’il me la refuse ».

Une fois que ses besoins primordiaux sont satisfaits, et parfois même avant, l’homme désire intensément ; mais ce qu’il ne sait pas, c’est que le désir est essentiellement mimétique. Le mimétisme du désir enfantin est universellement reconnu. Le désir adulte n’est en rien différent, à ceci près que l’adulte, en particulier dans notre contexte culturel, nie, le plus souvent, se modeler sur autrui ; il a peur de révéler son manque d’être. Il se déclare hautement satisfait de lui-même ; il se présente en modèle aux autres ; chacun va répétant : « Imitez-moi » afin de dissimuler sa propre imitation.

Les désirs qui convergent sur le même objet se font mutuellement obstacle. Toute mimesis portant sur le désir débouche automatiquement sur le conflit.

« Prenez un couple. Depuis quelque temps, cet homme ne regarde plus son épouse qu’avec ennui. Survient un étranger, dont les yeux brillent quand il voit cette femme. En peu de temps, l’ardeur du mari renaît. Hier indifférent, il serait prêt à se battre pour réaffirmer son « amour éternel ». Nous ne désirons rien tant que ce que désire l’autre… Les mêmes zones de mon cerveau sont activées si je fais une action ou si je la regarde faire par un autre. Cette altérité nous constitue. Elle peut être vécue comme un apprentissage par imitation du modèle, ou comme une rivalité, ou comme un obstacle à la réalisation du désir que l’autre m’a suggéré. Modèle, rival ou obstacle sont les trois visages de l’autre…»- «  Notre troisième cerveau » de Jean-michel Oughourlian.

La théorie du bouc-émissaire

Revisitant les travaux des ethnologues, René Girard tire les conséquences collectives de cette thèse : dès l’origine, les groupes humains ont dû se protéger contre l’emballement des désirs. Ce protecteur, c’est le pauvre type un peu bizarre qui passait par là (le bossu, le borgne, l’idiot du village, etc.) et qui va concentrer sur lui toutes les haines. Son meurtre collectif permet de tenir les conflits en respect. Est sacrée la victime réconciliatrice, le « bouc émissaire ». Si on accepte l’hypothèse girardienne, les attentats perpétrés actuellement en sont un exemple. Autre bouc-émissaire, « victime expiatoire », d’un système bancaire en crise : Jérôme Kerviel.

« Le désir est l’essence même de l’homme », en astrologie karmique.

Le désir est illimité, insatiable et sans cesse guetté par la démesure, comme le montre Platon dans le Gorgias quand il compare l’homme qui désire à un tonneau percé qui ne peut jamais être rempli.

En astrologie karmique, le désir est représenté par la planète Mars.

L’action de Mars, maître du Scorpion, est exprimée en sanskrit par le terme : Kâma. Kâma veut dire désir, intention, plaisir, souhait, satisfaction charnelle, volupté, amour. Je vous propose des termes dérivant de l’action de Mars : attentes, rêves, déception, regrets, culpabilité, construction de l’avenir, désir de renaître. En observant comment le désir nous porte toujours en avant, dans l’espoir que le monde et les autres finiront un jour par se soumettre à notre volonté, vous comprendrez mieux comment chacun de nos désirs nous porte à vouloir nous prolonger encore et encore dans l’espoir de réaliser des rêves que nous estimons impossibles aujourd’hui.

Et c’est ainsi que s’engendre le Karma, résultat de ce moteur vital qu’est le désir. Mais subir le Karma, sans conscience, c’est ignorer la formidable puissance de l’expression de l’envie dans notre vie quotidienne, et de tout ce qu’il nous porte à construire dans le domaine du rêve et de l’illusion.

La puissance du désir nous pousse à nous intéresser aux personnes et à attirer les situations qui vont justifier nos rêves ou nos peurs ; nous sommes prêts à repousser ceux qui ne correspondent pas à nos objectifs, à combattre ceux qui s’opposeraient à ces objectifs.

Il y a en chacun de nous ces démons de l’envie, qui accompagnent le besoin de pouvoir. Ce besoin de pouvoir, à se prendre pour le monde entier, à confondre nos pensées, nos besoins, nos désirs avec ceux des autres, survit aussi longtemps que nous restons incapables de reconnaître que notre ego se veut immortel. Tout est impermanent. Le désir (envie) nie cette réalité et se projette à l’infini, sans jamais y laisser émerger le réel. Le nombre de désirs semble illimité et peut même parfois paraître d’aucun sens.

Dans l’exemple du couple proposé par Jean-Michel Oughourlian, l’affirmation: « Nous ne désirons rien tant que ce que désire l’autre… », ne serait-il pas plutôt dans ce cas de l’orgueil et de la possessivité ? « Je ne la regarde plus (ma femme), mais je ne tolère pas qu’un autre ose poser le regard sur elle….car elle m’appartient…c’est une question de toute-puissance… ».

Quant à la recherche de l’origine du désir, nous pouvons concevoir qu’il puisse naître et se nourrir de l’imitation, mais bien plus encore de la frustration (c’est justement parce que je ne peux pas l’avoir, que je le désire autant…).
Mais doit-on pour autant tuer le désir (l’envie) ? Alors, dans ce cas, il n’y a pas d’évolution….

Quand l’homme peut voir et comprendre ses propres désirs autant que les circonstances de sa vie, comme les éléments du fil qu’il est entrain de tisser, il peut se tenir un peu plus droit en sachant que tout ce vers quoi il aspirait était déjà là en lui-et plus encore…

Partagez et likez !
Tags: , , , , ,

2 Comments

  1. Votre article sur le désir m’a intéressé et je me permets quelques ajouts personnels:
    L’envie de ce que les autres ont est une tension naturelle mimétique de l’être humain:L’autre possède ça et il est heureux de l’avoir;je le veux aussi pour être content.C’est un réflexe naturel et spontané des animaux qui vivent en groupe.N’oublions pas que « l’homme est un singe culotté »(Diderot)
    Nous sommes animés par nos besoins ,nos envies, nos désirs,c’est à dire nos tensions physiques, affectives ,intellectuelles qui nous motivent à agir en vue de leurs satisfactions.L’état de tension est parfois difficile à supporter mais nous pousse à l’action et »vivre c’est agir ».
    Inversement,celui qui a tout ce qu’il désire n’est pas plus heureux pour celà:
    Ecoutons le seigneur POCOCURANTE noble vénitien …..D’abord deux filles jolies et proprement mises servirent du chocolat…Candide ne put s’empêcher de les louer sur leur beauté,sur leur bonne grâce,et sur leur adresse. »Ce sont d’assez bonnes créatures,dit le sénateur Pococurante;je les fais quelquefois coucher dans mon lit;car je suis bien las des dames de la ville,de leur coquetteries,de leurs jalousies, de leurs querelles, de leurs humeurs….Mais après tout ces deux filles commencent fort à m’ennuyer. »Et tout à l’avenant…Dégoûté de tout rien ne l’intéresse.
    L’absence de tensions ne procure pas le bonheur mais l’ennui,l’indifférence .
    La solution pour vivre heureux? Relisons VOLTAIRE: »Il faut cultiver notre jardin »

    • Cécile D says:

      Merci pour ces citations intéressantes René ! L’absence de désir, prônée par le bouddhisme, semble de toutes façons inatteignable puisque nous ne sommes que des humains, bien plus proches d’un Voltaire que d’un Bouddah !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Vous aimez notre magazine ? Abonnez-vous !