Cinéma et DVD

Quand le chômage fait rire

Certains sujets sensibles prêtent peu à sourire, comme le chômage. Pourtant le dernier film de Benoît Graffin parvient à nous dérider grâce à un couple détonnant qui revisite la débrouille façon classe moyenne. Sorti en janvier 2016, Encore heureux nous régale d’un Edouard Baer plus attendrissant que jamais, et d’une Sandrine Kiberlain piquante et sexy en diable. Une comédie amorale étonnante !

comédie
Sam a perdu son travail et n’arrive pas à remonter la pente. Sa femme Marie ne gagne pas assez pour faire vivre la petite famille, qui se retrouve bientôt acculée, menacée d’expulsion. Rapines et système D ne suffisent plus. Leur fille ne rêve que de réussir un concours de piano et doit pour cela subir la méchanceté d’une voisine chez laquelle elle fait ses gammes. C’est de cette passion musicale que viendra une solution pour le moins inattendue, jetant toute la famille dans une aventure aussi amorale que savoureuse.
On ne s’ennuie pas une seconde dans ce film au rythme aussi endiablé que celui de la sonate préparée par l’ado de la famille, Alexia. Pourtant, Edouard Baer campe un cadre sup dépressif complètement irresponsable : le sujet suggère de mornes longueurs. Mais il n’en est rien, car le scénario rebondit sans cesse grâce à un maillage de personnages bien campés. Bulle Ogier, en grand-mère indigne, semble tout droit sortie d’un roman de San Antonio, tandis que Sandrine Kiberlain incarne à la perfection la classe moyenne, caustique, débrouillarde et opportuniste.


Le film aborde légèrement le thème de la crise économique, en montre les effets dramatiques sans jamais sombrer dans le pathos. Une prouesse qui tient pour beaucoup aux répliques incisives, telles que : « L’honnêteté, c’est un truc inventé par les riches pour que les pauvres ferment leur gueule ». Le talent de Benoît Graffin, scénariste de Pierre Salvadori et Jean-Paul Rouve, fait mouche dans les dialogues plus que dans la mise en scène, qui n’a rien de révolutionnaire. La dernière séquence cependant, toute en suggestion silencieuse, clôt cet opus de manière délicieusement grinçante.
Un bémol toutefois concernant le personnage de l’amant, incarné par un Benjamin Biolay bien peu convaincant, sans relief. Ce ressort de l’intrigue (Marie quittera-t-elle son pauvre Sam pour le riche prétendant ?), aussi convenu que superflu, gâche un peu la grâce de l’ensemble. Non seulement le procédé n’apporte rien d’essentiel, mais en plus Benjamin Biolay, atone, fait tache entre une Sandrine Kiberlain extravagante de charme et un Edouard Baer irrésistible de tendresse.
Même si tout n’est pas crédible dans cette joyeuse fable, on se laisse aisément séduire par l’entrain fantaisiste du scénario tout autant que par le jeu impeccable des acteurs. Encore heureux n’est certes pas un chef d’œuvre, mais se savoure comme une coupe de champagne après une journée morose.

Interview de Sandrine Kiberlain dans le Petit Journal de Canal +

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