Nos marmots

La mère de toutes les réformes selon Alain Juppé

Alain Juppé, maire de Bordeaux et aspirant président de la République pour les élections présidentielles de 2017, vient de sortir un ouvrage intitulé « Mes chemins pour l’école« . Premier d’une série de quatre, ce livre décrit sa vision rénovatrice d’une institution qui va mal. Pour Alain Juppé, la réforme de l’école est « la mère de toutes les réformes ».

Profs et parents mécontents sur le blog d’Alain Juppé

L’ouvrage commence par un long cahier de doléances, de la part des profs d’abord, des parents d’élèves ensuite. Les uns et les autres s’y reconnaîtront aisément. L’ancien premier ministre tenait à récolter les avis des principaux intéressés (majeurs) pour faire ses propositions. Il les a donc invités à s’exprimer sur son blog.

Bien évidemment, les causes de mécontentement des uns et des autres ne sont pas les mêmes. Ainsi peut-on lire !

« De nombreux témoignages d’enseignants s’interrogent sur les relations des professeurs avec les parents. Sans qu’il soit possible de généraliser, on comprend que ce qui est mis en cause est à la fois la défaillance des parents dans l’éducation au sens large de leurs enfants et, simultanément, pour un certain nombre d’entre eux, en maternelle et dans l’école primaire, leur présence active et de plus en plus critique. »

« La difficulté, comme toujours, est de trouver le bon équilibre, poursuit Alain Juppé. Une directrice d’école primaire observe à propos des parents que « soit ils ne sont pas impliqués dans la vie de l’école, soit ils sont trop impliqués, se permettant de menacer, de rentrer dans l’école, de régler les comptes eux-mêmes, de juger les enseignants et de les dénigrer ».

Comme pour les relations entre parents et enseignants, l’ensemble des sujets qui concernent l’école doit faire l’objet d’un équilibrage périlleux.

Alain Juppé ou la technique du buldozer

Pragmatique et attaché à une école de la République qui fasse preuve d’empathie et d’exigence, les propositions d’Alain Juppé ne manqueront pas de hérisser le poil à un certain nombre d’usagers et d’intervenants de l’institution scolaire. Car bien qu’il défende l’idée d’une progressivité dans la mise en place des diverses propositions envisagées, celles-ci ont un air assez radical.

En résumé, voici quelques points phare :

* mise en place d’une agence nationale d’évaluation des établissements :

Créer une agence nationale de l’évaluation, de l’innovation et de la performance scolaire, indépendante, chargée notamment de repérer systématiquement les bonnes pratiques en France et à l’étranger, d’en apprécier la valeur scientifique et de favoriser des méthodes efficaces d’évaluation des élèves, des établissements et de leurs équipes. Elle mènerait une évaluation indépendante de la progression des établissements et encouragerait leur propre évaluation, clé de la performance sur le long terme.

Cette agence signera-t-elle la mort des inspecteurs ? La question n’est pas abordée. De plus, il est évident que la compétition entre établissements sera faussée, les communes, départements et régions n’ayant pas toutes les mêmes moyens à offrir aux écoles, collèges, lycées. Pour le dire simplement, les établissements d’une ville comme Versailles seront forcément mieux évalués que ceux d’une ville comme Trappe, la population de départ n’étant pas la même et les moyens alloués non plus. Avec la meilleure volonté du monde, difficile de faire des miracles quand on n’a que trois bouts de ficelle pour amener au bac des élèves qui savent à peine lire… Les établissements les moins bien dotés et situés dans des zones difficiles pâtiront donc encore plus d’un système de compétition/notation davantage accentué.

* donner de nouvelles responsabilités aux équipes pédagogiques

Il s’agit de créer des « Conseils éducatifs d’établissement », « travaillant en équipe sous la direction d’un directeur principal, la direction de l’établissement et la gestion des moyens ». Des enseignants, élus par leurs pairs, siègeraient dans cette nouvelle instance. Pourquoi pas. Sauf que le plus radical est à venir : « Un contrat d’objectifs et de moyens lierait les établissements et le rectorat ».

Alain Juppé, tout le monde le sait, est franchement « de droite ». Et il n’est pas question de juger cela. Mais de là à assigner aux établissements scolaires les mêmes fonctionnements que ceux de l’entreprise !

Car contrat d’objectifs + évaluation des performances de l’établissement et de l’équipe éducative, le tout avec une équipe de management (le conseil éducatif d’établissement), ça fait tout de même drôlement penser à une logique d’entreprise ! Comme si l’Education Nationale devait être « rentable »… On comprend bien que le budget alloué – conséquent – ne puisse être dépensé en dépit du bon sens et surtout sans que les élèves progressent de manière significative, mais de là à calquer la logique d’entreprise à une institution qui travaille avec de l’humain, c’est à dire de l’impondérable et du récalcitrant… Les élèves ne sont pas des produits que l’on peut « optimiser » !

Des propositions intéressantes

Alain Juppé

Alain Juppé, © Maxppp

Il y a pourtant des propositions très intéressantes dans l’ouvrage d’Alain Juppé, comme de « mettre le paquet » sur la maternelle et le CP, où finalement l’essentiel se joue, notamment par le biais du langage. L’accent que l’ancien premier ministre souhaite mettre sur l’acquisition d’un vocabulaire riche et varié est plus que souhaitable. De même qu’un certain retour aux « fondamentaux » en primaire. Tous les profs de primaire le disent : les programmes sont bien trop lourds, c’est une course contre la montre permanente pour les boucler. De ce fait, les élèves doivent intégrer au pas de charge toutes les bases de la lecture, de l’écriture, du calcul. Pour ceux qui ont des facilités et des parents très attentifs, ça se passe bien. Mais pour les autres, c’est une histoire qui finit souvent en échec scolaire.

De même, les pays qui s’en sortent le mieux en matière de chômage ayant privilégié l’apprentissage (formation en alternance), il semble logique de revaloriser et de favoriser ce type de formation, comme souhaite le faire Alain Juppé. Or depuis quelques années, la formation en alternance a justement été peu à peu déconstruite, jusqu’à la suppression du BEP, en faveur des filières des baccalauréats professionnels et techniques. De manière concomitante, le taux de chômage des jeunes diplômés ne cesse de grimper. Trop de diplômés, pas assez d’apprentis, et des difficultés dans les métiers du bâtiment ou de la restauration pour recruter du personnel à la fois opérationnel et qualifié. La réforme de l’orientation envisagée par Alain Juppé semble donc être de bon sens.

Enfin, si le candidat à la présidence de la République siège à la tête ou au sein du gouvernement de juin 2017, les enseignants du primaire pourront se réjouir et voir leur salaire augmenté de 10 % dès la première année du mandat, jusqu’à rejoindre celui des autres membres de l’OCDE. La formation des enseignants serait également revue et corrigée, avec notamment un système de tutorat (par des profs expérimentés), tel qu’il existait il y a une vingtaine d’années. Sciences cognitives, formation continue par internet, sont envisagées : Alain Juppé est un homme de son temps.

D’autres mesures sont présentées dans cet ouvrage, prémisse d’un programme électoral qui devrait se décliner en quatre tomes, abordant d’autres thématiques. La démarche d’Alain Juppé se veut démocratique et souple : il attend les retours des profs et des parents sur ces propositions.

 

 

 

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