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Le harcèlement scolaire vu de l’intérieur

Dans les cours d’école, de collège, de lycée, le spectre du harcèlement scolaire hante les parents. Pouvant conduire à la dépression et même au suicide, il évolue de manière pernicieuse et n’est souvent détecté qu’après des mois voire des années de détresse intense. Dans un récit sensible, « Et il me dit : Pourquoi tu rigoles jamais Blanche ? » (Ed.Fabert), une jeune fille témoigne de son calvaire. Une plongée au coeur de la tourmente adolescente et du rejet.

Quand la différence conduit au harcèlement

Blanche est une jeune fille presque comme les autres : très bonne élève, elle n’est ni difforme, ni handicapée, ni asociale. Mais elle manque de confiance en elle et a plus de mal que les autres à trouver sa place dans un groupe. Sensible et rêveuse, elle s’intéresse à la beauté du monde plus qu’au shopping. Dénuée d’agressivité, elle ne sait pas répondre aux moqueries. Sa différence est infime (intérieure) mais suffisante pour l’exclure progressivement du cercle de ses pairs.

Selon eux, je ne dis aucun gros mot. Je suis tout le temps sage. Je n’ai pas de portable. Je ne suis pas sur Facebook. Je n’ai jamais eu mes règles. Je suis sérieuse. Je ne sors pas de chez moi toute seule. Je ne pense qu’à travailler. Je ne suis pas un être humain. Je suis une extra-terrestre.

Le monde de l’adolescence est rude. Il faut respecter les codes et les centres d’intérêt désignés comme « stylés » pour s’intégrer. Pas de droit à l’erreur, en matière de vêtements, de coupe de cheveux, de langage, d’équipements technologiques, de goûts. Il faut coller au modèle imposé par le groupe, souvent issu des médias. Et quand on a une personnalité à la fois trop forte pour s’astreindre à ce modèle, et trop fragile pour l’affirmer sans crainte, alors la descente aux enfers commence.

Petit prince, j’en ai marre d’avoir ce sentiment là… : trouver les autres bêtes et vouloir qu’ils grandissent.

Le harcèlement commence par l’isolement. Blanche n’a pas d’amies, ni même de copines. En 4e, elle s’efforce de se concentrer sur ses apprentissages scolaires, mais le rejet au quotidien finit pas la faire sombrer. Elle ne dort plus la nuit, s’habille de plus en plus mal, se noie dans un mal-être grandissant.

Le harcèlement se poursuit avec les moqueries, les bousculades volontaires, les insultes, les crachats, les humiliations. Personne ne veut d’elle dans son équipe, pendant le cours d’EPS. Personne ne veut s’asseoir à côté d’elle.

Le collège renferme un secret. Sa ressemblance au totalitarisme. Chef, conformisme, manipulation, ignorance, rejet de ceux ayant telles pensées, tels résultats, tels habits, telle timidité ou faiblesse… Jusqu’à les insulter, jusqu’à les frapper, jusqu’à les amener droit au suicide.

Pourtant, dans cette violente obscurité, quelques rayons de soleil surgissent parfois. Blanche est secrètement amoureuse de Julien, qui le lui rend bien. Mais, enfermée dans sa détresse, elle ne parvient pas à s’ouvrir à lui, à aller vers lui, malgré la main tendue. De temps en temps, la cruauté fait place à l’aménité : « Blanche, plutôt que meurtrière, tu pourrais être ingénieur » disent Loana et Claudia », ses habituels bourreaux.

Cela ne suffit pas et la jeune fille endure une dépression qui l’amènera à se déscolariser.

Le roman est autobiographique. L’auteure, aujourd’hui âgée de 19 ans, a trouvé dans l’écriture et le réconfort d’une professeure la force de surmonter cette épreuve de la différence. Elle intervient désormais dans les établissements  pour sensibiliser à la violence scolaire. Son récit est poignant car il ne se contente pas de décrire les faits, mais retrace avec poésie et lucidité la ronde morbide des pensées de la victime.

Stop au harcèlement !

En complément de cette lecture qui peut amener un enfant ou un ado à révéler sa souffrance (ce qu’ils ne font pas, en général), un autre ouvrage utile : « Stop au harcèlement ! Le guide pour combattre les violences à l’école et sur les réseaux sociaux« . L’auteur, Nora Fraisse, est la mère de Marion, une jeune fille qui s’est suicidée en 2013 parce qu’elle était harcelée à l’école.

En 14 chapitres, elle passe en revue tout ce qui concerne le harcèlement scolaire : qui sont les victimes ? qui sont les harceleurs ? Comment aider une victime ? Comment lutter contre le cyber harcèlement ? etc.

« Les enfants croient souvent devoir se débrouiller seuls. Leur parents sont généralement les derniers informés. Tout changement de comportement brusque ou inédit doit les alerter (…). Un élève qui soudain n’a plus envie d’aller en classe, ou qui traîne les pieds, n’est pas un tire-au-flanc. Son mal-être peut prendre plusieurs formes : il se lève péniblement le matin, demande à rester à la maison, rechigne à prendre l’autobus scolaire, arrive en retard à l’école, réclame de l’argent. Ses notes dégringolent, il « décroche », sèche les cours quand il est en âge de le faire. A la maison, l’air absent, soucieux, il dort mal, ne tient pas à voir ses copains. La nourriture le dégoûte ou il se gave. Il fuit les cours de sport et tous les lieux où il risque de rencontrer d’autres élèves. Personne ne veut l’intégrer aux fêtes ni au travail de groupe. Migraines, maux de ventre, il somatise. Quand on lui pose des questions sur la classe, il élude. »

L’ouvrage donne des pistes utiles pour aider l’enfant ou l’ado à sortir du cercle du harcèlement (y compris quand il en est l’auteur) et insiste sur le fait que ce sont les harceleurs qui doivent être punis et recadrés, pas la victime. Trop souvent, un changement d’établissement est proposé, qui constitue une double peine pour la victime de harcèlement.

 

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One Comment

  1. Très vrai.
    C’est le dur apprentissage de la vie en société;et les ados ,souvent mal dans leur peau ne sont pas tendres envers les timides ,les faibles, les « différents ».Jalousie,agressivité,colère…Et on se défoule méchamment sur celui qui ne sait pas se défendre.
    Il faut lui apprendre à réagir verbalement et même physiquement pour se « faire respecter ».

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