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Haro sur le plastique

Les sacs plastique à usage unique ont disparu définitivement des commerces depuis le 1er juillet 2016 en France. Une mesure longtemps attendue qui va bouleverser les habitudes des consommateurs mais aussi et surtout éviter une pollution majeure : chaque année, 17 milliards de sacs plastique sont encore consommés en France.

sacs plastique

La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, l’avait promis en septembre 2015, devant les militants de Surfrider et les participants réunis lors du premier festival Ocean Climax à Bordeaux : l’interdiction des sacs de caisse serait bientôt mise en œuvre. C’est un des aspects importants de la loi de Transition énergétique votée en 2015 : « la pollution par les sacs plastique est un fléau contre lequel il faut lutter, créant 5 continents de sacs plastique dont un dans le pacifique nord équivalent à 6 fois la France », avait déploré la Ministre. Il aura pourtant fallu attendre fin mars 2016 pour que le décret soit enfin publié, avec une mise en application retardée de six mois : prévue au 1er janvier 2016, l’entrée en vigueur de l’interdiction n’interviendra qu’au 1er juillet.

Un désastre écologique phénoménal

La pollution par les sacs plastiques à usage unique est un phénomène connu depuis de nombreuses années, mais les pouvoirs publics ont été longs à réagir. Durant tout leur cycle de vie, ces sacs génèrent de la pollution : leur production consomme des produits pétroliers, de l’eau, de l’énergie, et émet des gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique. La fin de vie des sacs plastiques est particulièrement nocive pour l’environnement : il apparaît que leur recyclage n’est pas rentable d’un point de vue écologique et économique. Selon l’organisme Éco-emballage, les sacs plastiques seraient trop légers pour être recyclés, et leur recyclage consommerait plus de ressources qu’il n’en restituerait.

Il faut savoir que 80 % des sacs plastiques ne sont ni triés ni recyclés et qu’il faut entre 100 et 400 ans pour qu’ils puissent se dégrader. Légers, ils ont tendance à s’envoler et de ce fait on les retrouve par centaines de millions dans la nature, où ils sont responsables de la destruction de la biodiversité : 122 millions de sacs plastiques jonchent les 5 000 kilomètres de côtes du littoral français, et tuent des milliers d’animaux marins chaque année. Ils étouffent et étranglent de nombreuses espèces marines, comme les tortues, les dauphins, les thons, qui les ingèrent car ils les confondent avec des proies.

plastique

En Méditerranée, il n’y a plus « une seule goutte d’eau qui soit épargnée ». Une expédition scientifique menée sur le voilier Tara en 2014 indique en effet que sur les 350 « traits de filet » réalisés par les scientifiques, pas un seul n’est revenu vierge de micro-déchets plastique. « C’est très alarmant, commente Maria Luiza Pedrotti, coordinatrice scientifique de l’expédition. Nous avons trouvé en Méditerranée des concentrations de plastique du même ordre de grandeur que dans le « big garbage patch » du Pacifique Nord : au large de Nice, on atteint 500.000 particules de plastique par kilomètre carré ». Les micro-particules de plastique se retrouvent dans nos assiettes lorsqu’on consomme du poisson, mais favorisent aussi la prolifération d’organismes, micro-faune, algues, virus : « La bactérie Vibrio cholerae, responsable du choléra chez l’homme, peut être disséminée par le plastique auquel elle se colle », alerte Maria Luiza Pedrotti.

Au-delà de la pollution visuelle et des dégâts sur la faune et la flore, c’est donc la santé humaine qui apparait comme l’un des enjeux majeurs de cette mesure d’interdiction des sacs plastiques.

Des consommateurs prêts à changer leurs habitudes

L’interdiction des sacs plastiques ne rencontre pas d’opposition majeure dans l’opinion publique car c’est une mesure préparée de longue date par des campagnes de sensibilisation. Dès 2003, le Festival du vent (Festiventu) en Corse mettait l’écologie au cœur de ses débats et conférences, et initiait une révolution sur l’île de Beauté : les élus insulaires ratifiaient une décision prise à la suite d’un référendum organisé dans les grandes surfaces de l’Ile de Beauté : plus aucun sac en plastique jetable non biodégradable ne serait distribué dans les commerces corses.  Treize ans après, le maquis corse n’étouffe plus sous les sacs plastique abandonnés. Depuis, la plupart des festivals mettent en place des systèmes de consignes pour éviter l’usage unique de gobelets en plastique, par exemple.

Par la suite, la Fédération des entreprises et du commerce de la distribution ont signé un accord sur le mode du volontariat, incitant les grandes et moyennes surfaces à réduire l’usage des sacs de caisse, dans le cadre d’un Plan national de prévention des déchets. C’est en ce début des années 2000 que sont apparus les sacs payants, les sacs réutilisables (plus épais) ainsi que les sacs biodégradables, auxquels les consommateurs se sont rapidement habitués. Des initiatives positives puisque nous serions passés de 10,5 milliards de sacs en 2002 à 600 millions en 2011.

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Conscients des enjeux environnementaux, les consommateurs ne rechignent pas à investir dans des cabas, caddies ou sacs réutilisables (plus de 50 micromètres) quand ils font leurs courses en grande ou moyenne surface. Mais c’est pour les petits commerces que l’onde de choc sera la plus importante. Sur le marché, les commentaires d’un maraîcher se font grinçants : « Ce n’est pas à nous d’assumer cette responsabilité, mais aux consommateurs. C’est eux qui doivent faire attention à ne pas jeter leurs sacs n’importe où ! Avec cette loi, on va perdre une bonne partie de notre clientèle, car les gens n’auront pas constamment des sacs sur eux. Tout ça va encore profiter aux hypermarchés ! ». Irène, jeune grand-mère qui choisit ses pommes avec soin, tempère : « On opte pour la facilité pour le moment, mais quand il le faudra, on aura tous une poche (sac) sur nous, pliée dans notre sac à main ou dans le sac à dos. Ne soyez pas pessimiste ! » rassure-t-elle.

Le monde se ligue contre le plastique

Grâce à cette mesure, la France rejoint de nombreux pays dans la lutte contre la pollution plastique : le Bangladesh, l’Irlande, le Danemark, Haïti, ou encore le Togo ont déjà franchi le cap. La COP 21 a sans aucun doute tenu un rôle important dans cette avancée : le 5 décembre 2015, lors de l’introduction de la journée d’action, Ségolène Royal insistait sur la nécessité d’endiguer ce fléau : « Il faut arrêter les pollutions. Un exemple, nous avons sur la planète cinq continents de plastique sous la mer. Pour un sac plastique à usage unique utilisé quelques minutes, on constate la destruction d’écosystèmes qui ont mis des millions d’années à se former. Je pense, par exemple, aux sacs plastiques qui étouffent les tortues marines. »

La COP 22, qui se tiendra au Maroc en novembre 2016, devrait permettre d’accentuer ce mouvement, notamment en Afrique : « Le Maroc est devenu l’un des acteurs majeurs de la transition énergétique dans le monde et plus particulièrement sur le continent africain », a déclaré le roi du Maroc lors de l’ouverture de la COP21. Le pays a d’ailleurs adopté une loi similaire sur les sacs plastiques en novembre 2015 (le projet de loi pour interdire la fabrication des sacs en plastique, leur importation, leur commercialisation et leur utilisation a été adopté le 25 novembre), qui entrera en vigueur également le 1er juillet 2016.

 

Crédit photo : pixabay

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