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Enfant HPI ou précoce, comment gérer ?

enfant HPIÊtre parent d’un enfant HPI (haut potentiel intellectuel) n’est pas une sinécure. Ces enfants ne fonctionnent pas comme les autres et apprendre à les comprendre est essentiel pour éviter que le quotidien ne se transforme en cauchemar. Voici quelques clefs pour accompagner au mieux votre petit HPI.

On les appelait autrefois les surdoués. Mais avoir un quotient intellectuel supérieur à la moyenne n’est pas gage de réussite, et c’est pour éviter les malentendus que le terme de Haut Potentiel Intellectuel (ou encore EIP : enfant intellectuellement précoce) a été substitué à celui de surdoué. En effet, ce n’est pas parce qu’on est très doué en maths et qu’on a un vocabulaire très élaboré qu’on peut s’en sortir facilement dans la vie, loin s’en faut !

Les HPI sont des handicapés émotionnels

Ce qui différencie un enfant HPI, ce n’est pas seulement son QI (quotient intellectuel) supérieur à 120 (sachant que la moyenne se situe à 100). C’est aussi tout ce qui va avec. Un cerveau qui fonctionne différemment entraîne une kyrielle de conséquences.

Parmi ces conséquences, la plus dure à supporter, pour l’enfant comme pour ses parents, est la (grande) difficulté à identifier et gérer ses émotions. Nous savons tous ce que cela fait d’être envahi d’une émotion forte, qu’on n’arrive pas à canaliser. Cela nous arrive parfois, au détour d’un événement particulièrement éprouvant. Mais chez l’enfant HPI, c’est constant. Il ne connait pas la nuance émotionnelle. La plus petite frustration, la plus anodine remarque négative, entraînent chez l’enfant HPI un torrent d’émotions impossibles à rationnaliser.

Cela s’explique par le fonctionnement différent de leur cerveau. Nous autres gens « normaux », nous n’utilisons pas nos deux hémisphères cérébraux simultanément. Le droit, siège des émotions et de la créativité, s’active lorsque nous admirons un beau paysage, écoutons une chanson qu’on aime, dessinons ou sommes indignés par la souffrance animale, par exemple. Notre hémisphère gauche s’active lorsque nous tentons de résoudre un problème, quand nous lisons ou devons choisir entre deux options. Dans l’immense majorité des cas, nos hémisphères fonctionnent séparément, ce qui fait que nous sommes capables de gérer une émotion (qui provient du cerveau droit) en l’analysant (grâce au cerveau gauche). L’hémisphère gauche fait office de tamis des émotions.

cerveau HPI

L’enfant HPI n’a pas cette capacité au départ, puisque ses deux hémisphères agissent tout le temps de concert. C’est d’ailleurs ce qui le rend si performant d’un point de vue intellectuel : sa créativité est sans cesse en alerte, lui permettant d’imaginer des solutions, de réfléchir de manière autre qu’analytique.

[sociallocker]Il faut donc lui apprendre, pas à pas, à identifier chaque émotion et lui donner des outils très concrets pour les canaliser. Il faut lui apprendre, en quelque sorte, à faire fonctionner ses deux hémisphères séparément. C’est un processus long et difficile, aussi complexe que si on vous demandait de résoudre un problème mathématique en étant très en colère !

Les enfants HPI sont hypersensibles

Tous les enfants hypersensibles ne sont pas HPI, mais tous les enfants HPI sont hypersensibles. Derrière ce mot se cache une grande souffrance. Quand on a tous les sens hyper aiguisés, le monde devient un flot ininterrompu d’informations. Pour comprendre ce que vit un enfant HPI au quotidien, imaginez que vous soyez muni d’un microscope en permanence pour voir ce qui vous entoure, tout en écoutant de la musique au volume maximum, une très forte odeur de musc vous chatouillant les narines, votre peau parcourue d’une infinité de stimuli (frissons, chatouilles, gratouillements…) et votre palais explosant des saveurs d’une orange. Cela vous plongerait dans quel état ? Vous seriez à fleur de peau, vibrant comme une corde tendue, ne supportant pas le moindre conflit ou surplus d’émotion. C’est ce que vivent au quotidien les enfants HPI.

Leur hypersensibilité leur permet de savourer le monde et de s’en émerveiller bien plus que les autres. Mais c’est un don à double tranchant : leur système nerveux est sollicité en permanence, ce qui les rend irritables, très fragiles émotionnellement, impétueux et peu sociables.

On ne peut pas atténuer ou gommer cette hypersensibilité. Les parents ne peuvent donc qu’essayer de rendre l’environnement de leur petit HPI le plus calme et serein possible. Concrètement, cela signifie éteindre la télé ou la radio quand il/elle mange, le/la croire quand elle se plaint qu’une étiquette de vêtement lui est insupportable, éviter la foule, les endroits bruyants, les plats épicés ou les fromages forts, etc.

enfant HPI

L’hypersensibilité joue aussi au niveau émotionnel, non pas cette fois en tant que stimuli mais en tant que ressenti. C’est la double peine ! Cela signifie qu’un enfant HPI, encore plus que les autres enfants, capte instantanément les émotions de son entourage. Si vous êtes énervé-e, stressé-e, soyez assuré que votre enfant le sent, malgré votre sourire et vos tentatives pour le dissimuler. Il fait sienne votre émotion. Ne vous étonnez pas alors qu’il s’énerve « pour un rien ». Les enfants HPI sont des maitres de sagesse car ils obligent leurs parents à rester calmes en toutes circonstances !!!

Les enfants HPI ne supportent pas l’autorité

Du fait de leurs émotions toujours très puissantes et de leur hypersensibilité, les enfants HPI ne sont pas aussi « maniables » ou dociles que les autres. Ils n’acceptent de faire quelque chose que s’ils sont convaincus que cela a un véritable intérêt. Leur logique implacable les empêche d’accepter un simple « c’est comme ça ». Ils ont un besoin viscéral de comprendre le fonctionnement de toute chose, de saisir le pourquoi du comment. Ainsi, l’enfant HPI n’acceptera de se laver les dents tous les jours que si vous lui expliquez dans le détail comment les bactéries attaquent l’émail et génèrent des caries. Il faudra aussi lui expliquer ce que sont les bactéries, et pourquoi elles existent. Alors, rassuré sur le bien-fondé de votre demande, il acceptera de se laver les dents.

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Tout expliquer sans cesse est épuisant. D’autant que l’enfant HPI n’est jamais à court de questions ! Mais comprenez bien que ce n’est pas pour vous ennuyer ou vous défier que cet enfant ne se plie pas à vos consignes sans rechigner. Il a besoin de ces explications pour se rassurer. Car l’enfant HPI est profondément angoissé.

Quand on a un cerveau qui fonctionne en arborescence et non par catégorisation comme chez la plupart des gens, on ne peut qu’être angoissé car on est sans cesse confronté à l’infini. Mettez-vous à sa place deux minutes : pensez à un arbre, puis à une forêt, puis à l’Amazonie, puis à la planète, puis à l’univers, et à ce qu’il y a au-delà de l’univers connu. Dans le même temps, pensez à l’océan, à un poisson, à une écaille de poisson, à une cellule, à un atome, et à tout ce qu’il y a au-delà de l’atome. Vous aurez alors une petite idée de ce qui se passe dans la tête d’un enfant HPI, minute après minute. Confronté à l’infiniment grand et à l’infiniment petit en permanence, ne seriez-vous pas angoissé ?

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Cette pensée en arborescence conduit les petits HPI à se poser très tôt des questions existentielles, sur la mort, la vie, l’univers. Nous n’avons pas toujours des réponses satisfaisantes à leur apporter. C’est pourquoi ils demeurent angoissés, car ils vivent comme de petits philosophes, sans l’expérience et la maturité nécessaire pour prendre du recul, sans pouvoir accepter que l’on ne sait pas tout.

C’est pourquoi il est si important de les rassurer le plus possible, par des explications détaillées et rationnelles, par un cadre clair et constant. Quand on navigue dans l’infini, il est indispensable d’avoir un cadre ferme pour se ressourcer.

Il ne s’agit donc pas de tout leur passer, loin de là. Au contraire, malgré leurs réticences, les enfants HPI ont besoin plus que les autres de règles claires, expliquées et inébranlables. Car la moindre exception remet tout en cause. Dans leur logique, si quelque chose est possible une fois, alors c’est toujours possible. Ils appliquent à la vie une logique mathématique, ne l’oubliez pas !

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Cette logique imparable fait que la négociation tournera toujours à votre désavantage. Ils auront toujours un argument à avancer pour démonter le vôtre. Acrobates du langage, ils sont de parfaits avocats du diable. Il faut donc éviter d’argumenter avec eux (sauf sur des questions culturelles ou métaphysiques) et rappeler sans cesse le cadre : c’est moi, l’adulte, qui décide, parce que je suis responsable de toi. Point à la ligne. Après avoir expliqué le bien-fondé de votre décision (ce qui oblige à vérifier soi-même que ce bien-fondé existe, sans mauvaise foi !), ne discutez plus. Même s’il se met en colère sur le moment (l’enfant HPI ne supporte pas la frustration, pour les raisons évoquées plus haut), il a besoin de votre cadre. Celui-ci jugule son angoisse. Votre enfant HPI saura alors qu’il peut vous faire confiance, et se reposer sur vous. Il en a tellement besoin !

L’enfant HPI ne supporte pas l’injustice

Quand on applique une logique mathématique à la vie, on est forcément manichéen, binaire. Il y a le bien d’un côté, le mal de l’autre, comme des données immuables avec lesquelles on fait un calcul. Dans cette logique, il n’y a pas de place pour les mensonges pieux ou la diplomatie. Et encore moins pour l’injustice.

Votre enfant fait une bêtise, vous le grondez. Il en déduit que tout acte similaire sera fustigé. Si un autre enfant fait la même bêtise et qu’il n’est pas grondé, ce sera pour lui incompréhensible. Les notions de circonstance atténuante, de différence d’éducation, de nuance,  n’ont pas de sens pour lui. Elles dépassent son entendement. C’est pourquoi un enfant HPI est souvent un révolté : il y a tant d’injustices en ce monde ! Il ne peut pas accepter qu’une cause ait différentes conséquences, qu’un voleur aille en prison et qu’un autre soit relâché. Ce n’est pas logique, donc c’est incompréhensible. Ce que beaucoup de gens acceptent en disant « c’est comme ça, c’est la vie », le petit HPI ne peut le tolérer, car il n’y a pas de place pour le chaos dans son cerveau exceptionnel.

De ce fait, les punitions ne fonctionnent pas avec lui/elle. Il les ressent toujours comme une injustice car, de son point de vue, il agit toujours de manière parfaitement adaptée à la situation. Par exemple, s’il ne veut pas aller dormir, c’est parce qu’il a encore beaucoup de choses à faire, à explorer. Et la plupart du temps vous trouvez parfaitement normal qu’il ait des choses à explorer. Alors pourquoi soudain n’est-ce plus possible ? Vous lui dites qu’il sera fatigué demain s’il ne va pas se coucher maintenant. Qu’en savez-vous ? Et quand bien même, est-ce interdit d’être fatigué ? Non, puisque vous dites que vous l’êtes, souvent. Pourquoi auriez-vous le droit d’être fatigué-e et pas lui ? Donc, tant qu’il ne ressent pas la fatigue, il ne voit pas pourquoi il irait dormir. Et si vous le punissez parce qu’il refuse d’obtempérer, il le vivra comme une injustice.

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Ce qui fonctionne bien mieux avec l’enfant HPI, ce sont les récompenses. « Si tu fais ceci ou cela, tu auras droit à ceci ou cela ». Les tableaux de motivation sont d’excellents outils avec ces enfants, car les règles sont claires, annoncées à l’avance, et surtout logiques. Vous souhaitez quelque chose, il vous le donne, vous lui donnez quelque chose en échange. C’est juste, c’est cohérent. Donc il accepte. L’idéal est de fabriquer avec l’enfant HPI ce tableau de motivation : choisissez ensemble les points à travailler, ainsi que les récompenses. Il ne sera que plus enclin à relever le défi.

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Il faut beaucoup d’amour, de patience et de compréhension pour accompagner un enfant HPI. La vie ne leur est pas facile, ils manquent d’estime d’eux-mêmes car ils se sentent en décalage avec le reste du monde et ne comprennent pas pourquoi. Bien que dotés de facultés exceptionnelles (mémoire visuelle notamment, rapidité de raisonnement, etc), ils souffrent de handicaps à d’autres niveaux. Ce n’est pas simple du tout de vivre avec le prisme de la logique en permanence, dans une existence où tout est fluctuant et incertain.

Pour les parents, c’est donc un défi de chaque instant. L’accompagnement d’un psy spécialisé (neuropsychologue par exemple) s’avère souvent indispensable car ces enfants ont besoin d’aide pour décrypter le fonctionnement des autres, de tous ceux qui ne sont pas comme eux.

Mais ce défi difficile est aussi une superbe opportunité pour les parents. Il nous oblige à changer notre vision du monde, à cultiver nos plus belles qualités et à les développer, à exploiter nos ressources au maximum. Un enfant HPI est un maitre de sagesse : il nous enseigne à rester zen, à penser différemment, à nous émerveiller, à nous poser des questions, à chercher des réponses, à aimer malgré la difficulté du quotidien. Il nous aide à grandir tout autant que nous l’aidons à s’adapter à ce monde de chaos. Ensemble, l’enfant et ses parents évoluent vers le meilleur d’eux-mêmes. Quelle chance ![/sociallocker]

 

 

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2 Comments

  1. Bouet says:

    Bonjour
    Votre article m’a paru très parlant.
    Mon fils Pierre agé de 10 ans presque 11 présente des similitudes. Suivi depuis 6 ans au CMPP pour des problème de sociabilisation et d’attention, j’ai après une enième crise d’angoisse emmené voir un pédopsychiatre qui au bout de deux séance me parle d’aller voire un neuropsychologue afin de procéder à des tests de QI tout d’aord et ensuite des tests d’attention. On a évoqué plusieurs piste : le TDAH mais son niveau scolaire étant plus que correct cela interpelle et le Haut potentiel qui expliquerait aussi beaucoup de chose. On acommencé le processus pour aider notre fils au mieux. Mais rien n’est simple avec un enfant soit avec un TDAH ou un Haut potentiel

    • Cécile D says:

      Bonjour,
      dans le cas où votre fils Pierre serait à haut potentiel, le suivi qui s’ensuivrait serait plus ciblé et donc plus efficace.Et de votre côté vous vous sentiriez mieux aussi, car vous pourriez mieux comprendre certains comportements. Mais comme vous le dites, rien n’est simple avec un enfant HPI ou TDAH (et encore moins quand cela se cumule !). Mais ces enfants portent aussi en eux des richesses qui, à terme, sont une très belle aventure pour les parents. Courage !

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