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Décès d’un grand-parent : aider votre enfant à passer le cap

La disparition des parents est toujours un drame immense, même quand on est adulte. Mais elle signifie aussi un deuil d’importance pour vos enfants, s’ils étaient proches de leurs grands-parents. Au-delà de notre propre tristesse, comment les aider à surmonter le décès des grands-parents ?

Une première confrontation avec la perte d’un être cher

grandparents-1969824__340Souvent, le décès d’un grand-père ou d’une grand-mère est le premier deuil véritable vécu par un enfant. Même si l’enfant a été confronté à la perte d’un animal qu’il aimait, cela reste sans commune mesure avec la disparition d’un grand-parent dont il était proche. Dans nos sociétés compliquées, les enfants sont souvent gardés par leurs grands-parents, pendant les vacances voire davantage. Des liens forts se tissent. Et même si on les prépare tout doucement à cette étape décisive, en leur expliquant que les vieilles personnes meurent un jour, le décès des grands-parents constitue un choc majeur.

Il ne faut donc pas minimiser ce premier deuil d’importance dans la vie de vos enfants. Ni le dramatiser de manière excessive. Selon son âge, votre enfant comprendra plus ou moins la situation. Il est bien évident que le choc ne sera pas le même pour un bébé que pour un enfant de huit ans ou un ado. Plus il est grand, plus votre enfant aura besoin de votre soutien. Ce que les études démontrent clairement, c’est que vers 7 ou 8 ans, l’enfant en saura autant que nous sur le sujet. C’est-à-dire que la mort c’est la fin de la vie physique, c’est irréversible et que tout le monde finit par mourir.

Les différentes réactions possibles de l’enfant face à la mort d’un grand-parent

Il n’est pas rare qu’un enfant fasse comme si de rien n’était, surtout s’il voit votre profond chagrin. Pour ne pas ajouter à votre peine, il taira la sienne et s’efforcera de ne pas montrer qu’il souffre lui aussi. C’est une réaction très courante chez les enfants, quelle que soit l’origine de la tristesse ou du désarroi de son parent : ils ménagent leurs parents quand ils les sentent en souffrance. Son apparente indifférence ne doit donc pas vous laisser croire qu’il s’en fiche.

Les jeux autour de la mort, surtout chez les petits, sont monnaie courante à l’occasion d’un décès. L’enfant cherche à s’approprier cette idée en jouant à tuer puis à ressusciter ses personnages ou autres amis imaginaires. Il peut aussi le faire avec d’autres enfants. Bien que cela puisse parfois être choquant dans un moment de deuil, cette réaction est très saine : elle montre le travail que fait l’enfant pour dépasser sa propre angoisse face à la mort.

Si votre enfant ne connaissait pas très bien son grand-père ou sa grand-mère, qu’il le/la voyait rarement, sa peine sera moindre. Toutefois, il sentira ou verra l’impact de la nouvelle sur vous ou ses aînés, ou encore sur une tante ou un oncle. Dans tous les cas, ce décès ne passera pas inaperçu. Ce sera alors la porte ouverte à une peur intense : celle de vous perdre, vous, son parent. C’est pourquoi on peut parfois être étonné du grand chagrin éprouvé par un enfant, alors qu’il connaissait à peine son aïeul(e). Ce chagrin est soit un écho au vôtre (mimétisme de l’enfant), soit l’expression de la peur de vous perdre. Signalons que cette peur intense peut aussi apparaître quand l’enfant était proche de son grand-parent.

[sociallocker][sociallocker id= »2352″]Votre enfant peut aussi se montrer soudainement agressif, envers vous, ses frères et soeurs ou à l’école. Cette colère, incohérente en apparence, est simplement sa manière (inappropriée, mais l’enfant par définition ne maitrise pas tout) d’exprimer son désarroi. En proie à des sentiments contradictoires, comme « se comporter comme un grand et ne pas pleurer » tout en ressentant une peine profonde, ou encore ressentir de la culpabilité (s’il avait eu parfois des pensées jugées négatives) tout en sachant que la mort est dans l’ordre des choses, l’enfant ne parvient pas à trouver « la juste émotion ». Cette difficulté se transforme en colère, qu’il peut exercer à l’encontre des autres ou bien contre lui-même.

Enfin, votre enfant peut momentanément régresser. Soudain, il fait à nouveau pipi au lit, se remet à sucer son pouce, ne veut plus s’habiller seul ou n’arrive plus à faire ses devoirs. Les cauchemars peuvent aussi l’épuiser, par des nuits entrecoupées. Ces comportements régressifs montrent que le deuil se fait mal et, s’ils perdurent, mieux vaut consulter un psychologue. Quelques séances suffisent à régler le problème en général.

Comment l’aider à faire le deuil ?

Bien que nos sociétés relèguent les rituels funéraires aux oubliettes, il a été démontré que ceux-ci sont extrêmement utiles pour parvenir à faire son deuil. Si votre enfant ne souhaite pas assister aux obsèques, le forcer serait épouvantable. Mais s’il a envie de vous accompagner, ne craignez pas de le confronter à ce moment difficile : il fait partie de l’apprentissage de la vie. Toutefois, mieux vaut éviter de lui montrer le ou la défunt(e) : ce serait trop violent pour son jeune psychisme. Si votre enfant reste en dehors des obsèques, veillez cependant à réaliser avec lui un rituel d’adieux : allumer une bougie et dire au revoir à son grand-parent à haute voix, ou l’emmener sur la tombe, ou encore lui écrire une lettre d’adieux s’il est assez grand. Accomplir un geste concret qui signe la séparation l’aidera grandement à faire son deuil. C’est également valable pour les adultes…

En outre, ne craignez pas de répondre franchement aux questions qui ne manqueront pas d’être posées. C’est quoi être mort ? Selon vos croyances, vous lui expliquerez alors ce que la mort représente pour vous. Si vous ne partagez pas les mêmes croyances que votre conjoint à ce sujet, vous pouvez présenter les différentes interprétations : papa pense que… mais maman pense que…, ou opter pour une réponse commune si l’enfant est trop jeuneC’est une question souvent difficile, mais essentielle. Votre réponse va conditionner beaucoup de choses dans la vie de votre enfant. Mieux vaut donc y réfléchir avant et être prêt le moment venu. Dans tous les cas, n’éludez pas par un « je t’expliquerai quand tu seras plus grand ». Associé à une forte émotion, ce silence ne serait que source d’angoisse. grand-parent

Une autre façon de l’aider à faire son deuil sera de feuilleter ensemble l’album de famille, d’évoquer la vie de ce grand-parent disparu, de ce que vous avez partagé avec lui, tous les souvenirs heureux de votre enfant lié à cet être cher. Cela fera couler beaucoup de larmes, mais ces larmes seront salvatrices car elles soulageront la peine, la douleur de la disparition. En effet, nous sommes éternels dans la mémoire de nos descendants… Evoquer ces souvenirs permettra à votre enfant de comprendre – au moins inconsciemment – qu’on ne meurt que physiquement et que les sourires, les tendresses, les jeux partagés restent bien vivants dans son coeur et sa tête. Comprendre qu’il porte en lui les traces de cet amour partagé avec son grand-parent l’aidera à passer le cap.

Rassurer votre enfant sur votre propre longévité, votre pérennité, est également incontournable. La mort d’un grand-parent renvoie inéluctablement à la mort des parents. Expliquer à votre enfant que vous resterez auprès de lui encore très longtemps, parce que vous n’êtes pas âgé, parce que vous n’êtes pas une grand-mère ou un grand-père, peut suffire à juguler ses craintes. Si ce n’est pas le cas et que les signes d’alerte se multiplient (énurésie, perte d’appétit, cauchemars, agressivité qui perdure…), mieux vaut se faire aider par un psychologue qui saura trouver les bons mots pour rassurer votre enfant.

Enfin, accompagner sa peine avec toute votre tendresse, sans exiger de l’enfant qu’il passe vite à autre chose, semble évident. Nous sommes tous différents dans nos attachements et dans nos émotions, adultes et enfants. Certains tournent vite la page, d’autres mettent du temps à surmonter le deuil. Respecter les émotions douloureuses d’un enfant, en l’aidant à les formuler et en acceptant qu’il les exprime, fait partie d’une éducation réussie. Car c’est en acceptant nos émotions que nous devenons aptes à les gérer du mieux possible, pas en les refoulant. Si l’adulte doit éviter de s’effondrer devant son enfant (ce qui ne veut pas dire faire semblant de rien), il ne peut pas exiger la même chose d’un être en construction. Même un ado peut très mal réagir à la perte d’un grand-parent adoré. Accepter sa colère, son sentiment d’injustice, son chagrin, c’est lui donner la possibilité de les intégrer au mieux et donc de les dépasser.[/sociallocker]

 

 

 

Crédit photo : pixabay

 

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