ça déméninge !

Demain, tous avec des implants neuronaux ?

On le sait, la technologie se développe à une vitesse vertigineuse. Ce qui était inconcevable hier devient banal. La médecine, en particulier, est en train de vivre une véritable révolution avec les nanotechnologies. C’est ainsi que sont apparus ces dernières années les implants neuronaux. Une prouesse technique qui permet par exemple à des personnes handicapées (moteur) de piloter toutes sortes de machines (ordinateurs, équipement domestiques, appareillage médical) par la pensée. Mais le développement exponentiel des implants neuronaux pose de nombreuses questions. Certains y voient l’instrument d’un contrôle des populations, d’autres la possibilité de communiquer par télépathie, évitant ainsi les tourments des malentendus. Entre émerveillement et sonnettes d’alarme, les implants neuronaux n’ont pas fini de faire parler d’eux.

implants neuronaux

L’évolution des implants neuronaux

C’est en 1962 que Jose Delgado réalise le premier implant neuronal sur un être vivant (sur un taureau). Quelques années plus tard, les premiers implants sur humains sont testés, dans le cadre de la maladie de Parkinson et la schizophrénie. En 1998 apparait le  projet Cyborg 1.0. Kevin Warwick s’implante une puce sous cutanée permettant de contrôler des machines. Un an plus tard, Yan Dang parvient à reconstituer la vue d’un chat à travers des implants neuronaux. En 2002, des implants permettant de contrôler le déplacement d’un rat sont utilisés par l’équipe de John Chapin de l’université de New-York. En 2003, les hôpitaux de l’université de Coimbra ont effectué pour la première fois un implant cérébral bilatéral. L’opération fut effectuée sur un patient atteint de la maladie de Parkinson à un stade déjà élevé. L’opération dura 19 heures, avec de bons résultats.

En 2005, les chercheurs de l’Université de Yale parviennent à contrôler les mouvements d’insectes grâce à un implant neuronal. 2013: Miguel Nicolelis implante des électrodes dans le cortex moteur de rats afin de lire leurs pensées entre eux. C’est de là qu’est né le projet Cyborg 3.0  : KevinWarwick, l’un des précurseurs, projette de réaliser des implants permettant de communiquer par télépathie. Intel lui a emboîté le pas et travaille sur le même projet, avec une sortie prévue en 2020.

Les implants neuronaux sont largement utilisés en médecine

En 2006, un Américain de 26 ans, Matthew Naggle, devenu tétraplégique à la suite d’une agression, a bénéficié d’une greffe d’implant neuronal qui lui a permis de retrouver partiellement son autonomie. La puce fut implantée dans le cortex moteur (zone du cerveau responsable des mouvements volontaires du corps). Le patient devait imaginer un mouvement. L’activité neuronale induite était captée par la puce puis transmise à un ordinateur via le plot câblé sur la tête du patient. Une méthode très simple, qui n’a que peu évolué depuis 2006. En 2016, un autre Américain également tétraplégique, Nathan Copeland, a pu retrouver le sens du toucher grâce à un implant neuronal amélioré. En stimulant directement les zones cérébrales, les informations électriques n’ont plus besoin de passer par la colonne vertébrale pour susciter le toucher. Les stimulations électriques réveillent les capacités perdues des patients. « J’arrive à ressentir des choses avec tous mes doigts, c’est une sensation vraiment bizarre, confie Nathan un mois après l’intervention. Parfois c’est une sensation électrique et parfois c’est une pression. Mais la plupart du temps j’arrive à définir avec précision ce que je ressens » explique-t-il.

Les implants neuronaux – aussi appelés implants cérébraux ou pacemakers cérébraux – peuvent également être utilisés pour traiter l’épilepsie, atténuer les symptômes de la maladie de Parkinson, ou lutter contre la dépression. De la même manière, les implants oculaires peuvent rendre la vue aux aveugles et les implants auditifs permettre aux sourds de goûter enfin aux joies de la musique. Plus impressionnant encore, l’Agence de recherche de l’armée américaine (connue pour être à l’origine notamment d’internet et du GPS) travaille depuis 2014 sur un projet de restauration de la mémoire via les implants neuronaux, avec succès puisque les premiers tests réussis ont eu lieu en 2015.

Les implants neuronaux promettent de rendre l’homme « surhumain »

Mais l’Agence américaine n’a pas qu’une vocation philanthropique : ce projet vise aussi (surtout ?) à stimuler certaines régions du cerveau pendant les entraînements des soldats afin de leur permettre d’acquérir rapidement de nouvelles compétences et de mieux gérer leurs réactions (réflexes, peur…). Les avancées récentes en neurosciences ont permis d’élucider les mécanismes neurobiologiques sous-jacents à l’apprentissage et l’utilisation des connaissances et des compétences. « Des compétences complexes peuvent prendre des années à être maîtrisées, et ce n’est pas juste une question de répétition d’un mouvement physique », affirme l’agence.

Vous pensiez avoir atteint la limite des possibilités offertes par les implants neuronaux ? Détrompez-vous. Le champ d’applications possibles donne le vertige.

Google, par exemple, travaille activement sur le projet suivant : améliorer l’homme grâce aux technologies. Il serait question, à l’aide d’implants, de freiner voire d’éviter le vieillissement de l’être humain que ce soit au niveau du cerveau ou au niveau des autres organes qui pourraient être malades. Google travaillerait même sur la sauvegarde du cerveau et la possibilité de répondre à toutes les questions grâce à une connexion directe à Google. On reconnait là le mouvement transhumaniste, qui alimente la controverse depuis quelques années.

Les implants neuronaux risquent-ils de nous conduire à un contrôle total de nos pensées ?

Les détracteurs du courant transhumaniste ne cesse de tirer la sonnette d’alarme, notamment concernant les implants neuronaux. Ils y voient en effet la porte ouverte à un contrôle de nos pensées, et leur crainte semble fondée. En effet, l’un des précurseurs de cette technologie de pointe, Jose Delgado, avait dès le départ mis en garde contre les dérives totalitaires possibles de cette découverte.

En 1963, dans un ranch à Cordoue, en Espagne, José Delgado fit une démonstration médiatisée, y compris à la télévision, durant laquelle il parvint à stopper l’élan d’un taureau équipé d’un stimoceiveur et contrôlé à distance grâce à un transmetteur radio qu’il tenait dans sa main. D’après le Scientific American, il contrôlait chaque action de l’animal. En 1966, Delgado affirma que ses travaux « amènent à la conclusion déplaisante que les mouvements, les émotions, et l’humeur, peuvent être contrôlés par des signaux électriques et que les humains peuvent être contrôlés comme des robots en appuyant sur des boutons ». En 1969, il parle de dérive orwellienne de ses travaux qui pourraient servir à réduire en esclavage des êtres humains. Parmi ses expériences sur des êtres humains, on peut citer une jeune femme épileptique de 21 ans qui jouait calmement de la guitare et qu’il fit violemment enrager grâce au stimoceiver qu’il lui avait implanté, au point qu’elle casse la guitare contre le mur, manquant de peu la tête d’un chercheur scientifique. On peut également citer le cas d’une patiente de 30 ans qui, lorsqu’elle était stimulée à un point particulier du lobe temporal, avouait au thérapeute son intérêt pour lui et lui embrassait les mains, lorsque la stimulation était terminée, elle redevenait aussi distante que d’habitude.

Kevin Warwick (voir plus haut), même s’il considère qu’arriver à une symbiose avec les machines est non seulement inévitable mais aussi le meilleur choix à venir, est conscient des risques que pourraient apporter les implants : il pense que le réseau formé par nos ordinateurs et nos implants finirait très probablement par faire des choix à notre place. Bill Joy (un célèbre informaticien américain) le rejoint sur cet avis, et prédit que l’informatique et les implants neuronaux dépasseront un jour leurs concepteurs, à tel point qu’ils finiraient par substituer l’humanité. Il critique également une possibilité que permettent les implants neuronaux, qui est la quasi immortalité grâce à au transfert de la conscience. Ainsi selon lui nous n’aurions plus d’existence physique et ni de pouvoir décisionnel, et l’extinction de notre espèce serait arrivée. Mais à ce sujet tous ne sont pas d’accord, Ray Kurzweil prend l’exemple de l’homme actuel, bardé d’électronique et branché sur Internet et qui n’a plus grand chose à voir avec celui de l’Ancien Régime. Il n’a pas cependant l’impression d’avoir perdu ce qu’il estime être le propre de l’humain, pour défendre les implants neuronaux.

Pourtant, rien n’est joué. Selon Stephen Roberts, un ingénieur de l’université d’Oxford en Angleterre qui a travaillé sur les interfaces homme-ordinateur, ce domaine de recherche attend encore la découverte majeure qui le fera progresser. « Nous avons à réaliser quelque chose qui fonctionne efficacement et sans nécessiter un long entraînement du patient. Il y a un long chemin avant de rendre ces appareils utilisables par l’ensemble de la population ». Les machines de «télépathie», par exemple, nécessitent des équipements très onéreux, uniquement accessibles à des hôpitaux ou des laboratoires de recherche, et pour des résultats des plus sommaires. Pour autant, l’enthousiasme des chercheurs et de leurs financiers, et leur engagement très fort en faveur des neurosciences, laissent entendre que les futurs dispositifs ne feront que gagner en sophistication, performance et accessibilité à mesure que les années passeront.

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