ça déméninge !

Trump, le climat et l’empire romain

Saviez-vous que ce sont les migrations climatiques qui ont présidé à la chute de l’empire romain ? Non ? Trump non plus semble-t-il. En se retirant de l’accord de Paris sur le climat, le président américain renie l’histoire de son propre peuple et signe l’arrêt mort de l’emprise des USA sur le monde.

Le climat est à l’origine de la chute de l’empire romainclimat

Bien que les cours d’Histoire soient parfois soporifiques (si on n’a pas la chance d’avoir un prof bon orateur), ils sont essentiels pour ne pas répéter les mêmes erreurs. C’est bien pour cette raison qu’ils ont une place capitale dans l’enseignement français depuis des siècles. Mais aux USA, les programmes scolaires ne font que peu de place à l’Histoire internationale, et encore moins à l’Antiquité européenne. Cette dernière est pourtant riche d’enseignements qui devraient guider les décisions des hommes politiques actuels.

En effet, vous avez peut-être retenu que l’empire romain, plus grande puissance mondiale de l’Antiquité, a été précipité vers sa fin à cause des invasions barbares. Ces « barbares » étaient principalement les Germains, une coalition de diverses peuplades de l’est et du nord de l’Europe, qui vivaient jusqu’au 4e siècle de notre ère entre le Rhin et le Danube. Parmi eux, des gens aussi différents que les Angles, les Saxons, les Celtes, les Goths, les Bataves, les Francs, les Alamans, les Vandales… Sans unité politique au départ, ils s’unissent pour résister aux Huns des plaines asiatiques qui viennent conquérir leurs territoires, après avoir repoussé les Romains trois siècles plus tôt.

Mais ce qui nous intéresse, c’est la raison pour laquelle tout à coup, au 4e siècle de notre ère, ces peuples décident de quitter leur terre natale et de se rendre en masse dans l’empire romain.

Vers 1300, une vague de froid envahit l’Europe et s’assortit d’étés humides. De ce fait, les récoltes sont moindres et la famine s’installe, surtout dans les régions les plus touchées : nord et est du continent. C’est la faim (et ses conséquences en termes de maladies) qui pousse les Germains en dehors de leurs frontières, vers le sud.

Les Romains ne les voient pas arriver d’un bon œil et s’ensuivent alors des guerres. Celles-ci seront fatales à la plus grande armée du monde. Cent ans plus tard, l’empire romain n’existe plus.

Les Américains sont issus des Germains

Les peuples d’Europe actuels sont issus de ces Germains en grande majorité. Les Américains, rappelons-le, sont des Européens ayant quitté leur continent entre le 18e et le 20e siècle. Ils sont donc aussi d’origine germanique, avec une prédominance des Saxons et des Angles (d’où le terme anglo-saxons).

Trump a d’ailleurs typiquement le physique d’un Germain, tel que décrit par Tacite dans son traité Germanie : « Du reste je me range à l’avis de ceux qui pensent que le sang des Germains ne fut jamais altéré par des mariages étrangers, que c’est une race pure, sans mélange, et qui ne ressemble qu’à elle-même. De là cet air de famille qu’on remarque dans cette immense multitude d’hommes : des yeux bleus et farouches ; des cheveux roux ; des corps d’une haute stature et vigoureux pour un premier effort ».

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Il est donc particulièrement amer de constater qu’un descendant de migrant (à double titre) poussé hors de ses terres natales par la faim et le changement climatique, puisse mépriser un accord international sur le climat.

Au-delà de cette cruelle ironie (fondée sur une ignorance ou une arrogance, probablement les deux), il est intéressant de savoir que, de tous temps, les grandes migrations ont été liées au climat.

La stabilité du climat garantit la paix

S’il ne fallait prendre qu’un exemple, ce serait celui de la Syrie. Le régime de Bachar El Assad est évidemment en cause dans le conflit et les migrations qu’il a engendré, mais pas que : le conflit syrien intervient à la suite d’un phénomène de désertification qui a provoqué, vers la fin des années 2000, un déplacement de la population du Nord-Est au Sud-Est.

« Entre 2006 et 2011, la Syrie a connu la plus longue sécheresse et la plus importante perte de récoltes jamais enregistrée depuis les premières civilisations du Croissant fertile . Au total, sur les vingt-deux millions d’habitants que comptait alors le pays, près d’un million et demi ont été touchés par la désertification, ce qui a provoqué des migrations massives de fermiers, d’éleveurs et de leurs familles vers les villes. Cet exode a attisé les tensions provoquées par l’afflux de réfugiés irakiens qui avait suivi l’invasion américaine de 2003. » nous apprend Agnès Sinaï dans un article du Monde diplomatique.

Actuellement, on dénombre  dans le monde  environ 27 millions de déplacés environnementaux par an, ce qui est plus important encore que les réfugiés qui fuient des pays en conflit.

Ces migrations provoquent comme on le sait des tensions, dans un monde encore plus complexe que celui de l’Antiquité.

C’est pourquoi la décision du président des Etats-Unis de se retirer de l’accord de Paris est réellement catastrophique. Et même si l’administration américaine et Trump qualifient de « canular » l’impact prévu du réchauffement climatique, ils seront durement touchés. « D’ici la fin du siècle, le rendement du maïs américain pourrait chuter de 49%, celui du soja de 40% et celui du blé de 22%, en cas d’exposition prolongée à des températures comprises entre 30° et 36° Celsius, assure un rapport publié récemment par un groupe de chercheurs issus de différents laboratoires dans le monde travaillant sur le climat, l’agronomie ou les sciences de l’environnement, dont le Potsdam Institute for Climat Impact Research en Allemagne, et l’Institut Pierre Simon Laplace en France.

Un article des Echos nous révèle que « Les enjeux sont potentiellement colossaux. Les Etats-Unis sont aujourd’hui le premier exportateur mondial de maïs et de soja, et le deuxième de blé. Leur poids sur les marchés mondiaux sont considérables. Si les auteurs du rapport ont étudié le blé, le maïs et le soja – trois cultures présentes en masse aux Etats-Unis (elles occupaient 62 % des surfaces récoltées en 2010) -, ils affirment que « les effets vont bien au-delà des Etats-Unis […] : les prix des cultures sur les marchés mondiaux pourraient augmenter, ce qui est un problème pour la sécurité alimentaire dans les pays pauvres. A plusieurs reprises au cours des dix dernières années, les prix alimentaires mondiaux se sont envolés, provoquant des pénuries, et jusqu’à des émeutes, comme en 2008, de la faim dans certains pays en Afrique, en Asie et en Amérique du sud. »

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Outre les problèmes de famine, le dérèglement climatique engendrera également des pénuries d’eau.  Dans son rapport sur les tendances mondiales à l’horizon 2030, la communauté du renseignement des États-Unis lance un avertissement : « Le fait que de nombreux bassins hydrographiques soient partagés dans les régions les plus durement frappées par le stress hydrique signifie que l’on ne peut pas exclure l’éventualité de conflits interétatiques – en particulier à la lumière des autres tensions durables existant entre bon nombre de ces pays ».

Ces régions caractérisées par un stress hydrique particulièrement aigu – l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, l’Asie centrale et du Sud et le nord de la Chine – sont également celles qui affichent la plus forte croissance démographique, ce qui ne fait qu’accentuer la pression sur les ressources.

Les enjeux du réchauffement climatique

L’UNU (Université des Nations Unies) a mené un vaste projet de recherche sur le thème du changement climatique, des hydro-conflits et de la sécurité humaine (CLICO), dont l’objet était d’étudier les interrelations entre changement climatique, hydrologie, conflit et sécurité par l’observation de 11 cas en Méditerranée, au Moyen-Orient et dans le Sahel. Ses travaux n’ont pas permis d’affirmer que le changement climatique était « une source importante de violence et d’insécurité », que ce soit entre pays ou à l’intérieur de ces derniers. En revanche, l’étude a révélé que la manière dont les États réagissent au changement climatique pouvait créer ou exacerber le conflit d’une part ; et que la violence accentuait la vulnérabilité des populations vis-à-vis des aléas climatiques d’autre part. (source : Irinnews.org)

En se retirant de l’accord de Paris, Donald Trump ne fait donc pas preuve que d’arrogance : avec un nombre croissant de réfugiés climatiques (200 millions prévus à l’horizon 2030), il est évident que l’équilibre géopolitique mondial sera bouleversé. Et le pays dont il défend les intérêts sera l’un des premiers à en pâtir. Les ressources qui lui permettent d’établir sa suprématie depuis 70 ans lui manqueront et il en sera très affaibli. La politique du court terme (ici, la croissance des USA), une fois de plus, aura des effets néfastes à long terme.

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Si les USA ne sont pas les plus gros pollueurs du monde en termes généraux, il faut savoir que 90 entreprises sont responsables de deux tiers des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Et dans le TOP 20 de ces entreprises, on en retrouve cinq américaines.

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De tout cela, on peut conclure que si monsieur Trump avait mieux connu l’histoire de ses origines et s’en était montré respectueux, nous pourrions être plus optimistes sur l’avenir de notre monde. Cela nous enseigne l’importance de connaitre notre histoire, tant personnelle que nationale, afin d’en tirer les leçons.

 

Crédit photos Pixabay

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2 Comments

  1. Bonjour Cécile.
    Trump n’est qu’une”grande gueule”,imprévisible,irréfléchi,dangereux dans sa politique extérieure….Mais il a été élu!!!!
    Espérons qu’il s’amendera devant l’opinion publique…

    • Bonjour René,
      en effet, la voix des urnes ne tient pas toujours compte des compétences… Je ne suis pas sûre que l’opinion publique le tracasse beaucoup, mais espérons que ses conseillers et surtout les contre-pouvoirs permettront de limiter les dégâts…

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