La question du mois

S’installer à l’étranger, une bonne idée ? 4 françaises témoignent.

 

On y a (presque) tous pensé un jour… Quitter la France, s’installer à l’étranger, aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs, trouver de meilleures opportunités professionnelles, s’offrir une autre qualité de vie… Parmi les 60.000 à 80.000 Français qui s’expatrient chaque année, quatre françaises témoignent. Du Québec à la Réunion en passant par l’Espagne, les Etats-Unis et la Nouvelle-Calédonie, elles parlent de désillusions et de manques, mais aussi de formidables découvertes.

s'installer à l'étranger

S’installer à l’étranger, une décision mûrement réfléchie… ou pas.

Nathalie vit sur l’île de la Réunion depuis 6 ans. Professeur de lettres en Dordogne, elle décide en 2011 de faire ses valises après avoir longuement réfléchi. « Lorsque j’ai commencé à élaborer ce projet de départ, c’était le manque de perspective de ma situation qui en a été le moteur – et la lassitude d’avoir froid ! Sentant guetter l’encroûtement, j’ai voulu donner du mouvement à ma vie. Bouger. J’avais passé 40 ans, j’étais célibataire sans autres attaches que mes amis et des paysages charmeurs, je comprenais que si je ne bougeais pas à ce moment-là, je ne le ferais jamais. Mon métier m’offrait cette possibilité de mutation. Et dans une mutation, si l’on sait bien ce que l’on quitte, on ne sait pas ce que l’on va trouver. Mais rebattre les cartes du métier tout en bougeant de quelques dizaines de km, ce n’était à mes yeux qu’un changement mineur. Quitte à changer, qu’au moins ce soit radicalement différent ! ».

Bien qu’en territoire français, cette femme sensible – sculptrice à ses heures perdues – se sent vraiment vivre à l’étranger. Elle précise : « La véritable expatriation à mes yeux, c’est celle qui vous prive de votre langue natale. Je ne m’en sentais pas le courage. Les TOM et les DOM m’attiraient bien plus : le français demeurait la langue officielle et conservait des enjeux importants dans le cadre de mon métier. Deux facteurs confortaient ce choix : des climats très différents, et le fait que j’ai toujours rêvé d’habiter une île ! Même si je n’en connaissais aucune hors de la Méditerranée !J’ai rapidement opté pour La Réunion à cause de son exceptionnelle capacité au « vivre ensemble ». J’avais très envie de connaître ce qui faisait l’entente de ces différentes communautés et écartait le racisme ordinaire d’un revers de main. De plus, l’île intense avec son volcan, ces cirques, ces lagons, mais aussi avec sa nature exubérante, ses cyclones, ses déluges confortaient mon rêve d’authenticité. »

Ile de la Réunion

Ile de la Réunion

Comme la plupart des expatriés, Nathalie n’a donc pas choisi sa destination au hasard. Elle a interrogé ses besoins, ses motivations, et passé les possibilités au crible de critères bien précis. Paysages, climat, langue et art de vivre ont pesé dans son choix.

Pascaline, éducatrice spécialisée, est quant à elle partie en Nouvelle-Calédonie sur un coup de tête. « Mon départ en Calédonie, c’était un peu un coup de tête. J’avais réalisé un stage de 3 mois en Guyane, où j’avais découvert « le vivre ailleurs ». En rentrant de cette expérience j’avais confirmé mon amour du voyage et de la découverte mais je me disais que je n’irais pas vivre ailleurs. J’imaginais des CDD, de l’argent de côté et des voyages de 2 à 3 mois dans les 4 coins du monde tous les 1 an et demi… Environ 2 mois après mon retour en France, je me suis réveillée un matin en me disant « en fait je veux aller vivre ailleurs ». Aucun événement majeur ne me revient en tête, qui expliquerait ce soudain désir de partir vivre ailleurs. Beaucoup d’amis ont décidé à ma place que c’était une fuite. Pourquoi pas, mais ce n’est pas ainsi que je le vis. C’était un coup de tête, mais aussi porté par un coup de cœur. Je suis restée environ 5 ans en couple avec un Calédonien. Nous n’avions pas pu, avec nos budgets d’étudiants, nous payer le luxe de ce voyage lointain. Mais il était amoureux de son pays et savait si bien en parler… Alors il y a 8 ans, j’ai pris un billet aller. Mon ex m’avait dit : Je te connais et ce pays va forcément te convenir. Il n’en fallait pas plus. ».

Là encore, le lieu n’a pas été choisi au hasard, il y avait une promesse au bout de la piste d’aéroport. Celle d’un pays qui convient davantage, dont le mode de vie différent apporte un véritable bien-être, une meilleure connexion avec soi-même.

S’installer à l’étranger demande de se réinventer et d’accepter quelques inconvénients.

Laure, jeune femme de 34 ans sans emploi, a suivi son mari dans l’aventure de l’expatriation. D’abord en Floride où son conjoint avait obtenu un poste de chercheur, puis dans le sud de l’Espagne. « Je me suis retrouvée dans un nouveau film, avec un décor différent. Et quand je dis décor, je ne parle seulement de la vue qui m’entourait dans ce nouveau pays. Il s’agit d’un ensemble complexe qui comprend la société elle-même et ma vie personnelle. L’expatriation entraine la modification de nombreux repères concrets ou symboliques inscrits en nous. Il me fallait alors me reconstruire une identité entre mes références d’origine et celles que je découvrais. Personnellement, ce challenge de changement de vie a pu être des plus difficiles comme des plus épanouissants » confie-t-elle.

Les alligators sont nombreux en Floride, on en trouve même sur sa terrasse !

Les alligators sont nombreux en Floride, on en trouve même sur sa terrasse !

Arrivée en Floride en 2013, Laure est d’abord passée par une phase difficile. « Le manque de la famille et des amis peut être très difficile. En ce qui me concerne, il y a les proches avec lesquels le contact ne s’est jamais effacé et ce quelle que soit la distance. Et ceux qui ont peu à peu disparu de ma vie car je ne les voyais pas au quotidien.

Ne pas être présente lors des événements importants (positifs ou négatifs) que pouvaient vivre mes proches pouvait également être une souffrance.

Par ailleurs, je pense que l’expatriation peut être encore plus difficile lorsque l’on a des enfants, ce qui a été mon cas, débarquée dans cette nouvelle vie à sept mois de grossesse. J’avais, par exemple, du mal à accepter que ma fille vive ses premières années loin de la famille et des amis.

En outre, la nourriture est un des manques les plus forts lors d’une expatriation. Je rêvais par exemple d’une bonne religieuse au chocolat ou d’une baguette tradition bien croustillante ! J’étais obsédée par certains aliments qui faisaient auparavant partie de mon quotidien et dont je ne mesurais pas l’importance jusqu’alors.

Autre inconvénient : la difficulté à bien communiquer lorsque l’on n’est pas totalement bilingue. J’ai pu le ressentir à certains moments comme un obstacle pour trouver un emploi ou encore dans les démarches administratives qui sont déjà assez compliquées lorsque l’on parle parfaitement la langue. Cette dernière peut également être un frein à la communication avec vos amis. Il peut être par exemple très frustrant de ne pas pouvoir entrer dans le domaine de l’ironie lors d’une discussion animée. On peut très bien parler la langue mais ne pas pouvoir accéder aux subtilités de la langue qui vont permettront d’affirmer votre identité. »

Pour Pascaline, qui n’a pas rencontré la barrière de la langue, c’est sa simple origine française (et non calédonienne) qui a parfois été difficile à vivre. Elle explique : « Ici je suis une « zoreille ». Les calédoniens estiment qu’il y a des bons comme des « xxx de zoreilles ». Au bout d’un an et demi, j’ai eu la sensation d’une recrudescence du racisme ambiant. Au sein de même de mon travail, j’ai récolté des insultes ou propos offensants, liés non pas à ce que je suis mais à ma couleur de peau et à ce que je représente. Et puis cela s’est délité. Je ne pense pas qu’il y ait moins de racisme. C’était peut-être aussi de ma part le cap des 1 an et demi loin de chez moi qui me pesait et j’en devenais plus sensible ? »

Montréal

Montréal

Même son de cloche chez Jeanne, architecte de 36 ans, résidente à Montréal (Québec) depuis une dizaine d’années. « Un sentiment négatif : ici je serai toujours une « maudite française », ma qualification numéro 1 auprès de tous les québécois, mon étiquette première. Je suis estampillée française ! Et cela ne plaît pas à tous les québécois… »

Découvrir une autre vision du monde, moins individualiste.

Toutes sont unanimes sur ce point : s’installer à l’étranger permet de développer un autre rapport à l’Autre, mais aussi au travail ou à la vie, tout simplement. Une transformation profonde s’opère alors, avec des bénéfices à long terme.

« Pour moi, le point fort de l’expatriation, c’est la découverte de nouvelles valeurs et cultures et donc d’autres manières de faire. Cette expérience peut éventuellement permettre de sortir d’une vision ethnocentriste (en arrêtant de valoriser ses propres références culturelles aboutissant parfois à des préjugés en ce qui concerne les autres cultures) et de s’ouvrir à d’autres possibilités, explique Laure, expatriée d’abord en Floride puis en Espagne. En effet, aller vivre dans un autre pays vous apprend, avec le temps, à prendre du recul quant aux différences culturelles. En arrivant aux Etats-Unis, je trouvais les gens particulièrement gentils et souriants. C’était louche. Beaucoup d’amis me disaient également lors de mes visites en France : « mais s’ils sont si souriants et gentils, c’est qu’ils sont faux, ce n’est pas possible autrement ». Au départ j’étais d’accord. Ce comportement touchait profondément mes valeurs. Je n’aimais pas ça. J’avais l’impression d’être dans le monde des Bisounours ou dans le Truman Show. Je me disais que les gens étaient payés pour être comme ça. Je devais faire partie d’une nouvelle émission de téléréalité. Cela ne pouvait pas être autre chose.  Maintenant je trouve cela beaucoup plus simple et des plus agréables au quotidien : les gens sourient, c’est agréable. Que demandez de plus ? Pourquoi toujours douter de l’autre ? Mes références et ma culture française m’amenait à me méfier, à me protéger. J’ai appris à apprécier et à comprendre que c’était simplement une manière d’être, propre à leur culture » raconte Laure, rentrée en France et désormais bien plus souriante qu’auparavant.

Nouvelle-Calédonie

Nouvelle-Calédonie

Pour Nathalie, qui ne souhaite pas revenir dans l’Hexagone, vivre à la Réunion c’est aussi participer à un véritable vivre ensemble : « L’esprit des gens est encore en grande partie « au temps longtemps ». Les familles nombreuses y sont majoritaires et l’entraide très active, on passe beaucoup de temps ensemble ; le pique-nique à plus de vingt personnes est une institution. On se croirait souvent dans les campagnes des années soixante, avec des valeurs familiales, sociales et morales très vives, en voie de disparition ailleurs aujourd’hui. L’idéal du « vivre ensemble » ne s’est pas démenti. C’est vraiment une caractéristique de l’île. Le principe est que musulmans, tamouls, catholiques, cafres, chinois, malgaches, maorais, surfeurs blancs se côtoient et se mélangent sans se poser de questions, et respectent sans juger les traditions communautaires ou religieuses que chacun pratique de son côté. Ce n’est pas tant une entente ou un partage que la simple capacité de vivre côte à côte dans le respect mutuel. A Saint Paul par exemple, ville avec une communauté musulmane importante, tous les magasins ferment à 17h30 car l’appel à la prière à la mosquée est peu avant 18h. Personne ne songe à se plaindre que c’est une ville morte le soir à cause de cela. C’est une particularité, un fait, et c’est tout, on fait avec. »

Pascaline, maman d’une petite fille de trois ans née sur le territoire calédonien, renchérit : « J’ai appris à bouleverser mes repères. Par exemple ici on fait la coutume quand on arrive chez quelqu’un. On ne néglige pas la Terre, bien on contraire elle vous définit. On parle de son Nom (patronyme), car il est aussi rattaché à la terre et porteur de son histoire. C’est une conception du monde plus communautaire qu’individualiste. C’est aussi un pays (la Nouvelle-Calédonie) qui s’essaye à la définition de son identité, entre coutumes et modernité. Je ne dis pas que le mode de vie calédonien est mieux. Je reste tout de même une « métro » (métropolitaine). Mais je sens que, depuis 8 ans des changements se sont opérés dans mes habitudes ou dans mes projets de vie. »

Elles ne veulent pas rentrer en France, malgré les difficultés.

Tout n’est pas rose sous le ciel des Tropiques ou aux USA. Les difficultés sont nombreuses, ainsi que le rappelle Nathalie, qui reste à la Réunion même pendant ses vacances : « Il y a bien sûr certaines choses qui manquent : mon compagnon ne trouve quasiment pas de travail, l’immobilier est très cher, les vrais amis sont rares et la culture telle que je la concevais reste rarissime. J’ai souvent la nostalgie des églises romanes et de l’opéra baroque, j’ai dû cesser plusieurs activités chères, mes amis me manquent ainsi que ma rare famille, et un seul salaire suffit à peine. Mais ce ne sont pas des raisons suffisantes pour rentrer. Jamais la métropole ne m’offrira ces conditions de vie et je ne veux pas les perdre. »

Nouvelle Calédonie

Nouvelle Calédonie

Pascaline, célibataire, n’envisage pas non plus un retour en métropole. « Une seule chose pourrait me faire sacrifier un temps ce petit coin de paradis, c’est si l’homme de ma vie, que je rencontrerai peut-être, devait absolument travailler quelques temps en France. Mais des fois je me dis que si je trouve vraiment le bon c’est aussi parce qu’il ne me demandera pas de rentrer en France…. (rire) Au moment où je parle , je suis dans mon salon et je vois du balcon des pins colonnaires et plus loin le Mont Dor ; et tout cela rythmé par le bruit des oiseaux . Alors je confirme : il faudrait vraiment une chose grave pour m’obliger à rentrer ».

Pour Jeanne, installée à Montréal, c’est le dynamisme des citoyens et le mode de vie moins stressant qui l’incitent à rester, bien que sa famille lui manque beaucoup. « Ici au Québec on vit sur un rythme de vacances, le mode de vie est beaucoup moins stressant. Il y a une vie culturelle hors les murs hyper active et ouverte à tous. C’est les citoyens qui donnent vie à Montréal et non les administrations publiques, ce qui procure une sensation de possibilité de tout faire ! » affirme-t-elle.

Seule Laure est rentrée vivre en France, dans le sud-ouest. C’est la seule qui n’avait aucun projet professionnel spécifique en partant, ni de poste assuré, ce qui explique peut-être son retour. Sans vie professionnelle, il est bien plus difficile de se faire un réseau, de nouveaux amis. La solitude peut s’avérer pesante.

Si elle est heureuse d’avoir retrouvé ses amis et sa famille (et la baguette tradition !), qui lui manquaient vraiment trop, elle déclare pourtant : « La France est mon pays avec mes références d’origine. Cependant, La Floride est aussi inscrite au plus profond de moi. Je crois que le propre de l’expatrié est qu’il se sent à la fois nulle part et partout chez lui. J’ai gardé de la Floride tout ce que j’avais de bon à prendre. Cette expatriation est également inscrite dans notre histoire familiale, ma fille étant née aux USA et donc de nationalité américaine. ».

Pour aller plus loin : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/services-aux-citoyens/publications/article/expatriation-15-cles-pour-partir-l-esprit-tranquille

Et plein d’infos utiles sur http://e-xpat.com/

Crédit photos : Pixabay

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