Nos marmots

Aider son enfant à se faire des copains

On idéalise souvent le monde de l’enfance comme une sorte de paradis, où tout est simple et coule de source. C’est pourtant loin d’être le cas et les problèmes rencontrés par nos chérubins peuvent être nombreux. Parmi ceux-ci, les relations sociales figurent en tête de liste. Au primaire et au collège, les interactions entre enfants ou adolescents sont d’une complexité que l’on peine à imaginer. Si votre enfant n’arrive pas à se faire des copains, vous pouvez l’aider.

L’enfant qui a du mal à se faire des copains parce qu’il est réservé ou timide

Bien souvent, quand un enfant a du mal à se faire des copains, c’est parce qu’il est réservé ou timide. Ce trait de caractère, lié au manque d’estime de soi et de confiance en soi, peut s’avérer un véritable handicap dans la vie sociale. C’est vrai pour les adultes mais encore plus pour les enfants, car ils n’ont pas encore beaucoup d’interactions à leur actif, et les relations sociales sont pour eux comme une jungle inconnue.

Il faut distinguer l’enfant réservé de l’enfant timide. Ce dernier a peur des réactions que ses actes ou ses paroles peuvent susciter. Il craint toujours de mal faire, de se tromper, de n’être pas à la hauteur. Son attitude en retrait, sa susceptibilité, son émotivité à fleur de peau, font de lui une proie facile pour les petits caïds en herbe. Il est donc impératif de lui donner, le plus tôt possible, les codes des relations sociales, afin qu’il ait moins d’appréhension et ne soit pas identifié comme « celui qu’on peut embêter facilement ». Pour cela, inviter régulièrement un autre enfant à la maison est une bonne tactique : peu à peu, il comprend que ses actes et ses paroles n’ont pas de conséquences dramatiques. On peut aussi lui faire pratiquer un sport (individuel au départ) qui lui permettra de prendre confiance en ses capacités. La méthode forte, qui consiste à l’envoyer en colonie dès 5 ans ou à l’inscrire à un sport collectif, se solde souvent par un échec. L’enfant timide aimerait être différent, mais il n’en est pas capable. Sa timidité se renforce en milieu collectif, et un cercle vicieux peut s’installer (je n’arrive pas à m’intégrer au groupe, donc je suis nul, donc j’ai raison d’être timide). C’est en multipliant les interactions en binôme (avec un autre enfant, un(e) cousin(e), un(e) voisin(e), un élève de sa classe qui pratique la même activité, etc) que peu à peu se construit une relation à l’autre moins empreinte de terreur. Au bout de quelques années, si l’on a fait en sorte de multiplier ce type d’occurrences, l’enfant se détend et devient de moins en moins timide. Ses relations sociales s’étendent alors peu à peu, et arrivé au lycée il n’a plus de problème pour se faire des amis.

african-child-1381553__340

L’enfant réservé, lui, ne souffre pas du regard des autres. Il a confiance en lui et ne craint pas les réactions de ses pairs. Mais il se sent plus à l’aise dans l’observation, dans les activités solitaires, n’aime pas les groupes, parce que sa personnalité s’épanouit davantage quand elle est circonscrite à des personnes de confiance. Il n’a pas peur des autres, mais il s’en méfie toujours un peu ou ne les comprend pas vraiment. Dans les collectivités (la classe, l’école, le club de vacances), cet enfant-là est en retrait, ne prend la parole que si on l’y invite, et ne se lie pas facilement. Il est un premier copain tout indiqué pour le timide ! Pour l’aider à se faire des copains, il faut là aussi le mettre en confiance. L’inscription à un sport collectif, la pratique du théâtre, les sorties avec des amis ayant des enfants, la participation à des ateliers créatifs, lui montreront que l’effet de groupe (qui peut être très impressionnant quand on est d’une nature réservée) n’est pas forcément inconfortable. Il y trouvera des satisfactions qui lui permettront de dépasser sa méfiance initiale. Il ne deviendra pas extraverti pour autant, mais il parviendra à nouer peu à peu des amitiés au sein de ces groupes. Cela prend du temps, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il se fasse des tas de copains au bout de quelques mois. L’apprentissage des relations sociales se fait tout au long de la vie ! Mais si vous répétez régulièrement les occasions de ces échanges entre pairs en dehors de l’école (qui est un espace très normé), votre enfant apprendra à mettre sa réserve de côté quand c’est nécessaire, pour avoir le plaisir de partager de bons moments. Il sera alors en mesure de nouer des amitiés.

L’enfant qui a du mal à se faire des copains parce qu’il est trop centré sur lui-même

Jusqu’à l’âge adulte, où l’on commence à se décentrer de son propre nombril (et encore…), il est tout à fait normal d’être préoccupé avant tout par soi. Tout est découverte, tout est extra-ordinaire, et il est donc logique que l’on soit très concerné par nos propres réactions et ressentis face à cet immense terrain inconnu qu’est la Vie. Mais ceci dans une certaine mesure : lorsque l’on n’est pas capable de tolérer le désir ou le besoin de l’autre, lorsque le narcissisme devient tyrannique et/ou agressif, lorsque l’on ne respecte pas l’intégrité psychique ou physique d’autrui, alors les relations sociales sont forcément très tendues, et l’on a bien du mal à se faire des copains.

Tout enfant apprend petit à petit les limites de l’Autre. C’est en étant invité à partager ses jouets, à ne pas taper pour s’amuser, à attendre son tour pour parler, à différer son envie de se lever, toutes ces choses qu’on apprend en maternelle et à la maison, que l’enfant construit peu à peu son rapport à l’Autre. Cela prend du temps, mais c’est essentiel : sans l’apprentissage de ces limites, qui s’opposent de manière structurante à la toute-puissance individuelle, nulle vie en société n’est possible.

team-2444978__340Chez certains enfants, cet apprentissage est plus long et/ou plus difficile. Si les parents ne sont pas en cause (laxisme, abandon de l’autorité parentale, etc), la cause peut en être multiple. Le syndrome de l’enfant roi s’explique de bien des manières différentes (travail trop prenant des parents par exemple) mais reste toujours réversible. Et si l’enfant a du mal à se faire des copains, ce n’est pas dans son caractère qu’il faut en chercher la cause (dans ce cas), mais bien dans sa méconnaissance des limites. Un enfant qui ne comprend pas ou n’accepte pas de respecter les autres enfants ne pourra jamais nouer de véritables amitiés ; tout au plus pourra-t-il exercer son pouvoir.

C’est donc ici aux parents de revoir leur mode éducatif, et d’accepter que leur enfant a réellement besoin d’apprendre les règles de la vie en société, afin de se faire des copains. Ces règles s’apprennent à l’école, mais aussi et surtout dans le cadre familial. En effet, si le modèle éducatif donné à l’école (celui qui permet de se faire des copains parce qu’il implique la coopération et le respect d’autrui) est opposé à celui de la maison, alors c’est celui de la maison qui l’emportera, car il est fondateur.

Il ne s’agit évidemment pas de mener son enfant à la baguette, mais d’avoir des exigences envers lui (respect de certaines règles fixes impliquant la politesse, la patience, la contention des débordements physiques, etc) et de ne pas capituler devant ses colères. L’éducation positive peut s’avérer une aide précieuse pour savoir comment fixer des limites à son enfant sans tomber dans l’autoritarisme. On peut aussi aider un enfant particulièrement rétif aux règles et aux limites par l’homéopathie (sérotonine), les fleurs de Bach, les tableaux de motivation et autre.

L’enfant qui a du mal à se faire des copains parce qu’il est exclusif ou trop autoritaire

Avant toute chose, n’oublions pas que les défauts sont juste l’autre versant des qualités, mais exprimées de manière excessive. Un enfant très autoritaire a aussi la qualité correspondante : un caractère de leader, beaucoup de force vitale, certainement des capacités d’organisation… Toutefois, reconnaissons-le, le « petit chef » n’est pas très apprécié dans les cours d’école ou les couloirs du lycée. S’il tente de régenter les autres, ceux-ci prennent la fuite : ils ont assez avec les parents et les enseignants !

se faire des copainsL’enfant exclusif, lui, n’est pas forcément autoritaire mais étouffe l’Autre par son besoin d’être constamment avec lui. Ses exigences souvent très fortes. Une récré durant laquelle la « meilleure copine » s’amuse avec d’autres, et c’est la catastrophe. A plus ou moins long terme, la rupture amicale est assurée. On pourrait croire que deux enfants exclusifs s’entendent très bien : c’est vrai à court terme. Ils y trouvent au départ une intense satisfaction. Mais au bout de quelques mois, l’un ou l’autre éprouve le besoin de s’aérer, de découvrir d’autres personnes, d’agrandir ses centres d’intérêt. Cela répond à une exigence tout à fait normale de l’évolution. Il y a donc rupture, pour le plus grand désarroi de celui qui est soudain délaissé.

Dans les deux cas, on a encore à faire à une mauvaise appréciation de la distance symbolique nécessaire pour qu’une relation soit saine, équilibrée. On ne peut pas en vouloir à ces petits de ne pas savoir, si jeunes, appréhender la bonne distance : bien des adultes n’y parviennent pas !

Les parents peuvent aider leurs enfants autoritaires ou exclusifs à apprendre la bonne distance, c’est à dire à ne pas trop fusionner avec l’objet de leur amitié. Respecter la volonté d’autrui, être capable de trouver un compromis entre ses besoins et ceux de l’Autre, découvrir l’alternance dans les décisions de jeu, développer la coopération, sont des atouts majeurs pour une vie sociale riche et constructive. De même, laisser l’Autre avoir un espace intime, varier ses relations, apprendre à nourrir ses besoins affectifs par d’autres biais qu’une seule personne, constituent un socle solide sur lequel on peut s’appuyer toute la vie.

Pour aider votre enfant à développer ces compétences si complexes, vous pouvez :

* jouer régulièrement avec lui/elle à des jeux de société (qui ont de multiples vertus, dont celle d’accepter la défaite, de savoir attendre son tour, etc)

* sécuriser votre enfant exclusif en lui faisant confiance, en lui donnant de petites responsabilités, en le laissant marcher sur le parapet en hauteur, etc. L’exclusivité vient souvent d’une reproduction de la relation duelle entre l’enfant et sa mère, si parfaite qu’on n’en envisage pas d’autre. Développer la confiance en soi permet de sortir de cette illusion que sans l’Elu(e) on n’est rien, ou en danger.

* l’inscrire à un sport collectif, qui apprend la coopération et diversifie les relations, sur un mode souvent moins investi qu’à l’école.

* laisser à l’enfant autoritaire un espace où il est seul décisionnaire, afin de combler son besoin de contrôle et de circonscrire celui-ci. Ce peut être dans les vêtements qu’il choisit, dans l’élaboration du menu familial une fois par semaine, ou encore dans la liberté de décider à quel moment il fait les devoirs. Tout est possible à condition qu’il/elle soit content de cet espace de décision privilégié, et que cela ne nuise pas à son équilibre physique et psychique.

* offrir un animal de compagnie (chien, chat) dont l’enfant aura la responsabilité : la relation très forte qui se noue avec l’animal peut fonctionner comme un transfert (d’autorité, d’exclusivité).

L’enfant qui a du mal à se faire des copains parce qu’il est différent (handicapé, HPI, hyperactif…)

Au primaire, il est rare que les enfants différents soient rejetés, car les normes sociales ne sont pas encore acquises. Les enfants se montrent globalement tolérants envers la différence parce qu’ils ne la perçoivent pas vraiment. C’est en général au collège puis au lycée que les choses se gâtent. A cet âge, l’appartenance et la conformité au groupe devient primordiale. Tous ceux qui ne présentent pas le même profil que le groupe majoritaire deviennent des parias. Il est donc très difficile pour un enfant différent de se faire des copains dans le secondaire.

Que votre enfant soit handicapé, HPI (à haut potentiel, précoce), agoraphobe ou hyperactif, il est impératif de l’écouter quand il se plaint de sa solitude. Il n’est pas en cause, il n’est pas « handicapé des relations sociales ». Il est simplement victime de « l’effet adolescence », qui ne montre aucune tolérance envers la différence. Bien sûr, dans les établissements, tout est fait pour sensibiliser les jeunes à la tolérance, à l’acceptation de la différence. Mais cela ne suffit pas forcément. Un enfant hyperactif sera rejeté par ses camarades de classe, de même qu’un enfant précoce, parce que leur mode de fonctionnement est tout bonnement incompréhensible pour leurs congénères. Un enfant ayant des difficultés motrices ou sensorielles sera mieux accepté, mais il devra se conformer aux autres normes du groupe pour y être intégré.

Dans ce type de cas de figure très particulier, mieux vaut miser sur la similitude. Il est courant de constater que les enfants précoces se lient facilement avec d’autres enfants précoces, ou qu’un enfant mal-voyant devienne copain avec un élève ayant une maladie chronique. Autrement dit, c’est dans la différence de l’Autre, dans le partage de ce statut particulier, que se trouve souvent la solution. N’hésitez donc pas à adhérer à une association de parents liée à la difficulté de votre enfant, ni à demander à la CPE (conseillère d’éducation) de vous indiquer d’autres enfants qui se trouvent dans une situation similaire au vôtre. Vous pourrez alors inciter votre progéniture à aller vers ces enfants, voire même contacter leurs parents.

Par ailleurs, pour ces enfants qui ont des choses si dures à gérer au quotidien, l’inscription dans un atelier artistique (quel qu’il soit) est une façon d’aborder autrui sous un autre angle. Une chorale, un groupe de musique, un atelier de peinture ou de sculpture, une troupe de théâtre ou la participation à un cours de danse, sont autant de moyens de transcender la différence, de l’utiliser pour exceller, et de gagner ainsi en confiance. Les relations avec les pairs rencontrés dans ces ateliers en sont profondément modifiées, et de grandes amitiés peuvent voir le jour.

 

L’apprentissage des relations sociales ne se fait pas en un jour, c’est un processus long et compliqué. Pour aider votre enfant à se faire des copains, de multiples stratégies sont possibles. Quelles sont les vôtres ?

Partagez et likez !
Tags: , , , ,

2 Comments

  1. Bonjour Cécile.
    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt cet article.Vous avez analysé en détail les divers cas et donné des conseils judicieux, tout en nuances aux parents pour aider leur enfant à s’intégrer dans la vie en société.Ce n’est pas facile surtout pour les timides et pourtant indispensable:Il faut trouver sa place dans cette petite jungle et avoir des copains…
    C’est le laborieux apprentissage de la vie.
    Bien cordialement à vous.
    R.Lavernhe

    • Cécile D says:

      Merci René, votre attention est précieuse et vos commentaires toujours appréciables. Excellente semaine à vous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Vous aimez notre magazine ? Abonnez-vous !