Développement personnel

L’art du lâcher prise

Le lâcher prise est à la mode depuis une bonne dizaine d’années. Venu des sagesses orientales, ce mode de pensée nous invite à nous défaire de nos exigences et de nos blocages. Mais comment parvenir à ce fameux lâcher prise ?

lâcher prise

Dans la vie de tous les jours, les problèmes apparaissent sans cesse. Une dispute avec un collègue, un compte en banque vide, une entorse à la cheville, un enfant qui tourne mal, une inondation… Il y a toujours moyen de se faire du souci pour quelque chose. Et notre société est malade de stress, un stress qui à son tour provoque bien des problèmes, notamment de santé.

En occident, nous sommes dans une société du contrôle. Nous sommes constamment invités à tout contrôler : notre poids, notre carrière, notre forme physique, nos relations, nos aspirations… Il y a une norme, véhiculée par les médias, à laquelle nous sommes censés nous conformer. Les injonctions pleuvent de toutes parts : réussis ta vie ! Fais du sport ! Mange sain ! Sois ferme mais pas autoritaire avec tes enfants ! Epanouis-toi ! Grimpe les échelons ! Achète le dernier smartphone ! etc.

Pour tenter de répondre à ces injonctions sociales, nous devons faire preuve de contrôle : faire attention à ce que nous disons, à ce que nous montrons de nous-même, à nos goûts, à nos envies. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène : une page facebook est une mise en scène. Nous n’y montrons que les aspects qui – nous semble-t-il – vont nous attirer sympathie, admiration, respect.

Mais au final, dans ce contrôle constant de nos vies, de notre apparence, de notre évolution, nous oublions d’être nous-même. Et c’est là que se niche notre stress.

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Le lâcher prise ou l’art d’être libre

Que signifie « être soi-même » ? C’est se libérer de toutes les injonctions. Le lâcher prise est l’exact contraire du contrôle. Il ne s’apparente pourtant pas à la négligence, au je-m’en-foutisme, à l’indifférence. Il implique une vraie philosophie, qui n’a rien de nihiliste.

Lâcher prise, c’est accepter les situations, les êtres, les événements, sans se poser de questions.

Le lâcher prise implique de sortir du jugement. Envers soi-même, d’abord, puis envers les autres. Pas facile… Dans une société où les médias passent leur temps à vous dire que penser de ceci ou de cela, d’untel et d’unetelle, il faut faire un effort.

Réfléchissons une minute : pourquoi n’aimez vous pas votre corps ? Parce que vous le comparez à d’autres corps, exhibés comme des modèles. Mais si le modèle était différent ? Si tout à coup dans les magazines et à la télé on ne voyait que des gens obèses et flasques, adulés comme des stars ? Alors vous porteriez un autre regard sur votre corps. Vous l’aimeriez, ou auriez honte de votre sveltesse et de vos muscles !

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Il en va de même dans tous les domaines. Si les gens démunis étaient montrés comme dignes d’envie, dans les médias, vous souhaiteriez les imiter. Si les gens colériques étaient montés au pinacle, vous seriez fier de vos emportements. Si n’avoir que trois mots de vocabulaire était un must, alors vous auriez honte de votre culture.

Chacun se compare aux « modèles » sociétaux et se voit comme incomplet, inférieur, minable. Et c’est cela qui entretient la violence de nos sociétés. Si tout le monde s’acceptait et s’aimait tel qu’il est, nous vivrions dans un monde merveilleux.

Lâcher prise, c’est accueillir ce que vous êtes, avec vos défauts, votre part d’ombre, vos faiblesses et vos incomplétudes. Et en faire de même à l’égard d’autrui.

Parvenir au lâcher prise

Pour parvenir au lâcher prise, il faut faire appel à la bienveillance. Soyez votre propre meilleur ami. Encouragez-vous, apaisez-vous, soulignez en votre for intérieur vos qualités. Et quand vous dérapez, sermonnez-vous comme le ferait votre meilleur ami. Car qui dit bienveillance ne dit pas enfreindre les lois ni les règles élémentaires de morale. Mais se libérer de la pression du « il faut que ».

Il faut que je sois une mère parfaite. Non. Malgré tous vos efforts, vous ne serez pas une mère ( ou un père) parfait-e. C’est impossible. Vos enfants auront toujours quelque chose à vous reprocher : vous avez été trop présente ou trop absente, trop fusionnelle ou trop distante, trop attentive ou pas assez, etc. Parce qu’un enfant se construit comme ça, et vous n’y pouvez rien. Il a besoin de voir que vous n’êtes pas parfaite, pour s’autoriser lui-même à ne pas l’être. Et s’épanouir dans son individualité, et non dans une fausse image qu’il donnerait de lui.

Il faut que je réussisse ma carrière. Non. Rien ne vous y oblige. Vous pouvez être très heureux-se en plantant des choux au fin fond de la Bretagne ou en rafistolant de vieux meubles, ou en vous occupant juste des vôtres. Demandez-vous à qui vous voulez plaire en réussissant votre carrière. A vous ou à vos parents ou à vos collègues ? Et qu’est ce que cela vous apportera au final ? Plus d’estime de vous-même ? Il y a des moyens moins fatigants et moins pénibles de s’aimer soi-même.

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Il faut que je sois mince. Pourquoi ? Pour continuer à séduire ? Mais séduire qui ? Des gens qui seront sensibles à votre apparence plus qu’à votre âme, votre esprit, votre personnalité ? Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Il faut que je gère mieux mon argent. Pourquoi ? Pour avoir un compte-épargne, voir sourire votre banquier ? Si vous aimez dépenser et que vous vous faites plaisir, où est le problème ? Un découvert qui vous colle des angoisses ? Dans quelle mesure ces angoisses-là ne servent-elles pas à apaiser d’autres soucis, moins aisément identifiables ?

Il faut que je sois plus patient-e. Non. Pas forcément. Votre impatience est le signe d’un appétit de vivre très encourageant. C’est le revers de la médaille : chaque défaut est le versant d’une qualité. Essayez plutôt de réguler votre impatience, de manière à la rendre tolérable pour les autres.

On pourrait continuer indéfiniment la liste des « il faut que » infondés. Le lâcher prise consiste à réaliser que vous êtes victime du regard des autres, à vous en libérer. Il y aura toujours des gens qui ne vous apprécieront pas, et d’autres qui vous aimeront. Quoi que vous fassiez. Cette vérité une fois admise, on se sent beaucoup plus libre.

Lâcher prise, c’est commencer à vivre vraiment

Prenons l’exemple de l’argent, après lequel nous courons tous. C’est un miroir aux alouettes, tout le monde prétend en manquer, le smicard comme le millionnaire. C’est le tonneau des danaïdes : il n’y en a jamais assez. Si vous cessez de courir après l’argent, si vous acceptez votre situation comme correcte, voire enviable (il y a toujours un plus pauvre), vous ouvrez grand les portes du bonheur. Certes, certaines choses vous sont inaccessibles, mais il y en a plein d’autres dont vous profitez tous les jours. Et c’est cela qu’il vaut mieux regarder : jouir de ce que l’on a et de ce que l’on est, c’est le secret du bonheur.

Vos enfants ne répondent pas à vos désirs ? Et alors ? Qui vous dit qu’ils ne seront pas heureux ? N’est ce pas ce que vous leur souhaitez, au plus profond ?

Votre métier ne vous plaît pas mais vous ne pouvez pas faire autre chose ? Balivernes ! Les exemples ne manquent pas de virages professionnels qui ont su épanouir ceux qui les ont osés. Le seul obstacle, c’est vous-même.

Votre conjoint ne répond pas à vos attentes ? Mais qui a dit que le couple était un espace où l’on devait se conformer aux désirs de l’autre ? Pourquoi ne pourrait-on pas être soi-même au sein d’un couple ? Et c’est valable pour vous aussi !

Quand on commence à lâcher prise, on se rend compte qu’on avait érigé des barrières qui n’avaient pas lieu d’être. On gagne en légèreté, en confiance, en joie. On se sent mieux.

Lâcher la corde

J’ai vu autrefois une thérapeute qui avait su matérialiser le lâcher prise. Elle tenait le bout d’une corde, et moi l’autre bout. Elle agitait la corde, et j’étais obligée de me tendre et d’exercer un effort pénible pour continuer à la tenir. Elle m’invita à simplement lâcher la corde, et aussitôt le désagrément ressenti disparut. C’est cela, le lâcher prise : lâcher ce qui nous tend et nous demande un effort pénible, pour aller vers notre mieux-être.

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Cela ne nous empêche pas de faire des projets, d’éduquer nos enfants, de faire des efforts pour accomplir nos rêves. Mais on le fait sans cette sensation désagréable de « tenir », de s’arque-bouter. On le fait dans la joie et la sensation d’être à notre place. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’on est dans le contrôle et non dans la fluidité de la vie.

Le lâcher prise est à la fois quelque chose de très simple – il suffit de ne pas résister à nos besoins réels et de s’affranchir de ce qu’on attend de nous, en restant respectueux – et très compliqué parce que nous vivons dans une société du contrôle.

Mais il n’est pas inaccessible. Il suffit de se demander, pour chaque situation qui nous fait des noeuds dans la tête ou le ventre, si vraiment c’est important. Si cela risque ou non de modifier le cours de notre vie, de nuire à notre intégrité ou à notre sécurité. Si la réponse est oui, alors le moment n’est pas venu de lâcher prise. Mais avec du recul, on se rend compte que rares sont les situations réellement cruciales.

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