La question du mois

Quelles alternatives à l’EHPAD pour les seniors ?

Avec la baisse constante des contributions de l’Etat dans les domaines de la santé et de la dépendance, le manque cruel de personnel et le coût souvent prohibitif des établissements pour seniors, ces derniers ont de plus en plus de mal à finir leur vie dignement. Dernièrement, un nouveau scandale nous a rappelé combien être vieux en France pouvait être synonyme de souffrance. Alors la question se pose, urgente, de savoir si finir sa vie dans EHPAD est vraiment la seule issue. Et la réponse est non !

Nos seniors trop souvent maltraités

seniorQuitter son appartement, sa maison, son quartier, ses meubles et toute une vie de souvenirs accumulés est déjà très douloureux quand on y est acculé par la dépendance. Quand le corps trop fatigué ne répond plus correctement, que la moindre chute entraîne des fractures, qu’on ne peut plus s’habiller seul, on se sent très humilié. Mais quand, faute de place chez eux ou de possibilité d’être toujours présent, les enfants n’ont d’autre choix que de placer leurs seniors en EHPAD, alors le pire commence.

Les témoignages sont désormais nombreux, qui révèlent la face cachée de ces établissements si onéreux, pourtant. Nourriture infecte, hygiène négligée, traitements infantilisants, manque de respect, violences psychologiques et parfois physiques, vols, la sinistre liste des mauvais traitements infligés à nos vieux fait froid dans le dos. Bien sûr, il existe des personnels dévoués et toujours aimables, des établissements haut de gamme où l’on ne manque de rien, d’autres qui sont soucieux de bien-être de leurs pensionnaires, mais globalement, pour 2500 € par mois (prix moyen constaté en dehors de l’Ile-de-France), on s’attend à mieux. Une enquête du Figaro (datant de 2011), précise :

Notre enquête montre des tarifs d’hébergements (hors soins de santé, supplément dépendance et dépenses diverses de coiffure, téléphone, blanchissage, produits de soin…) variant de 813 euros pour la résidence Bellevue à Gap, dans les Hautes-Alpes (05) à 6022 euros par mois pour La Résidence de Chaillot, à Paris. Des différences de prix davantage liées à la situation géographique de l’établissement et au coût de l’immobilier qu’à la qualité des prestations. Sans surprise, les plus onéreuses sont situées à Paris et dans les grandes villes (…).

Mais le manque de personnel, souvent dicté par la priorité donnée à la rentabilité (il faut rembourser les crédits immobiliers…), entraîne des situations impossibles à gérer. Quand il n’y a que deux aide-soignantes pour 30 résidents, elles sont forcément débordées, n’ont pas les moyens physiques, pratiques, de faire correctement leur travail. Les EHPAD économisent sur tout, et les pensionnaires en font les frais.

En 2040, les seniors (60 ans et plus) constitueront 35 % de la population française, selon une enquête prospective de l’INED (Institut national des études démographiques). En 2060, une personne sur trois aura plus de 65 ans. Des chiffres qui montrent bien l’importance capitale des enjeux liés à la vieillesse, et à son accompagnement, dans les décennies qui viennent.

Les enfants doivent-ils accueillir leurs parents âgés et dépendants ?

Pourtant, il existe d’autres solutions que la maison de retraite médicalisée, même en cas de maladie grave comme Alzheimer.

Parmi celles-ci, en premier lieu, on pense d’abord à la famille, aux enfants des seniors. Quand les enfants sont partis, les chambres restent vides. Pour peu qu’elles ne soient pas trop difficilement accessibles (escaliers étroits ou très raides par exemple), elles peuvent abriter un senior dépendant. Oui, mais on n’est pas là la journée, on travaille ! rétorquent les intéressés. Le risque d’une chute qui ne serait pas immédiatement prise en charge plane alors. Sauf que c’est une fausse bonne raison : il est tout à fait possible d’engager une auxiliaire ou assistante de vie durant la journée. Avec l’abattement d’impôts à hauteur de 50 %, on paye moins que pour financer un séjour longue durée en EHPAD. Il existe également des bracelets d’alerte : la personne peut contacter une plateforme téléphonique joignable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 en appuyant sur un médaillon ou une montre portée en permanence. Selon le degré d’urgence de la situation, un proche est contacté ou une intervention est déclenchée pour porter assistance à la personne.

seniorsUne autre raison mise en avant est la fatigue induite par les soins à apporter à une personne âgée dépendante. Quand on a soi-même dépassé la cinquantaine, qu’on est encore fatigué des vingt années passées à s’occuper de nos propres enfants, qu’on tire sur la corde pour venir à bout de nos longues journées de travail, on peut être effrayé à l’idée de devoir encore s’occuper de ses parents âgés au jour le jour. C’est bien compréhensible. Mais il existe un congé de proche aidant, non rémunéré (il faut alors calculer si le prix à payer pour le placement en maison de retraite ne reviendrait pas plus cher), ou fractionnable en temps partiel, qui permet pendant un an de se consacrer à son parent dépendant. Si celui-ci a plusieurs enfants, il est possible d’envisager une sorte de roulement, qui permette à la personne âgée de passer un, deux, trois voire quatre années entourée de ses proches, plutôt que dans un « mouroir ». C’est toujours ça de gagné.

Le seul vrai hic – et qui demeure tabou, osons le dire – est le manque d’envie de part et d’autre de partager à nouveau une vie commune. Ce peut être la personne âgée qui se drape dans sa fierté et refuse d’être à la charge de ses enfants, sauf financièrement éventuellement (la retraite moyenne se situe aux alentours de 1100 €, ce qui est très insuffisant pour financer un séjour longue durée en maison de retraite). Ce peut-être aussi le descendant qui ne supporte pas bien le vieillissement de son parent, avec son lot de petites misères et de traits de caractère de plus en plus saillants. Quand on est enfant, on supporte tous les travers de ses parents parce qu’on les aime plus que tout au monde, et qu’on n’a pas le choix. Une fois l’autonomie gagnée et le nid quitté, on n’a plus forcément envie de se plier à leurs exigences, qui ne manquent pas de se manifester à chaque fois qu’on les voit. Ce n’est simple ni pour les seniors, ni pour leurs enfants. Les liens peuvent être très forts, mais partager une vie commune nécessite des compromis difficiles à admettre dans cette relation si particulière qu’est la relation parent-enfant. Ce n’est que lorsque la relation est parfaitement équilibrée et fluide que cette solution est envisagée sereinement. Car, ne l’oublions pas, il n’y a pas que dans les maisons de retraite que les violences psychologiques voire physiques peuvent s’inviter : la famille constitue un espace dangereux dans certains cas.

L’OMS explique, dans un rapport de 2016 :

La cohabitation constitue un facteur de risque de maltraitance pour la personne âgée. Il est encore difficile de déterminer si les épouses ou les enfants adultes de personnes violentes sont davantage susceptibles d’être eux-mêmes responsables d’actes de violence. La dépendance (souvent financière) de l’auteur des actes de violence à l’égard de la personne âgée accroît aussi le risque de violence. Dans certains cas, des relations tendues à l’intérieur de la famille depuis longtemps peuvent s’aggraver par suite du stress à mesure que la personne âgée perd son autonomie. En dernier lieu, étant donné que davantage de femmes accèdent au monde du travail et ne disposent plus d’autant de temps libre, les soins aux parents âgés peuvent deviennent un fardeau plus lourd, ce qui accroît le risque de violence.

Pour les seniors, l’habitat groupé est-il la solution ?

Pour éviter le séjour en EHPAD, une seconde voie réside dans l’habitat coopératif. Kézako ?

Pour le dire simplement, il s’agit de plusieurs formules qui permettent aux personnes âgées dépendantes de vivre dans de bonnes conditions, avec une vie sociale riche, une dimension solidaire et un vrai confort de vie. Certaines communes proposent cette alternative. Le site pour les personnes âgées du gouvernement explique :

On appelle « habitat regroupé » de petits ensembles de logements indépendants destinés aux personnes âgées. Ils sont conçus pour répondre aux besoins du vieillissement :

  • situation centrale en centre-ville,
  • logements conçus pour des personnes avec des difficultés de mobilité,
  • loyers abordables,
  • services complémentaires facilités (livraison de repas, coiffure à domicile, kinésithérapeute …).

Des espaces communs utilisables par tous (lingerie, salle commune que l’on peut réserver pour des fêtes familiales …) permettent aux habitants de l’immeuble de se rencontrer.

Les habitants âgés y trouvent un environnement plus sécurisant et vivant.senior

Bien plus convivial et moins onéreux qu’une maison de retraite, l’habitat groupé offre la sécurité et le confort d’une vie en toute autonomie, avec l’intervention régulière d’auxiliaires de vie et d’aide-soignantes, engagées par les résidents eux-mêmes. Celles-ci bénéficient d’un meilleur confort professionnel puisque leurs patients sont tous au même endroit, ce qui leur évite les fréquents déplacements.

Les résidents n’ayant pas tous le même degré de perte d’autonomie, l’entraide se situe au premier plan. La solitude est écartée, de même que la condescendance voire le mépris que l’on constate souvent en maison de retraite, de la part du personnel surmené.

Ce type de formule est assez proche des résidences services seniors, immeubles spécialement conçus ou aménagés pour les seniors. On y trouve une gamme de services appréciables.

Les résidences services sont conçues pour des personnes âgées autonomes seules ou en couple qui ne peuvent plus ou ne veulent plus vivre à leur domicile classique.

La vie dans une résidence services permet de :

  • continuer à vivre de manière indépendante ;

  • bénéficier d’un environnement plus sécurisé (conciergerie, gardiennage, domotique) ;

  • utiliser des services collectifs (restauration, ménage, animations…).

Mais les résidences service ne sont pas forcément adaptées aux personnes âgées dépendantes, contrairement aux habitats groupés, dans lesquels les communes peuvent nommer un coordonnateur (sorte de « gouvernante ») qui gère et organise les prestations para-médicales. De plus, elles reviennent très cher car chaque résident (qu’il soit locataire ou propriétaire) doit payer mensuellement une somme importante (800 € par mois environ) pour l’accès aux services, qu’il les utilise ou non. Bien que le coût de ces services soit individualisé en termes de prestations, il ne l’est pas en termes de charges de copropriété. C’est là que se situe le problème. L’habitat groupé des seniors ne présente pas cet inconvénient, mais on en trouve moins facilement.

ball-2585603__340Les logements en habitat groupé pour seniors sont, dans une grande majorité des cas, sous la responsabilité des collectivités territoriales (contrairement aux résidences services qui sont privées). Mais il est également possible d’en impulser soi-même l’instauration, avec un groupe d’amis retraités par exemple. Dans le magazine « We Demain », Patrick Chrétien, un instituteur à la retraite, témoigne : » Plutôt que de payer 2 000 euros par mois pour se faire animer », lui et une vingtaine d’amis jeunes retraités ont opté en 2009 pour une solution originale : construire un habitat collectif, adapté au grand âge, convivial et écologique. Ils y ont emménagé en 2017, à Vaulx-en-Velin, près de Lyon. « En plus des appartements, l’immeuble contient de nombreux espaces collectifs : trois chambres d’amis pour recevoir les enfants et petits-enfants, une salle commune avec cuisine, un atelier bricolage, une buanderie, un bureau pour l’association Chamarel, un local à vélo, un parking, des jardins… Et même des ruches sur le toit !  »

Un tel projet demande du temps, des investissements conséquents et pas mal d’énergie. Mais il est tout à fait possible de l’envisager de manière moins colossale, en achetant avec plusieurs amis un immeuble en ville et en copiant le concept. Une simple coopérative d’habitat (SCI par exemple) permet de le mettre en place.

L’habitat intergénérationnel, une solution d’avenir pour les seniors ?

Les seniors et les jeunes étudiants ont en commun la problématique de l’habitat et de l’accès aux services. Les premiers parce que leur mobilité est réduite, les seconds par manque de moyens financiers. C’est pourquoi les pouvoirs publics ont imaginé une solution originale pour pallier à ces écueils : les résidences intergénérationnelles.

Il existe plusieurs types de résidences intergénérationnelle, du simple immeuble jusqu’au village entier.

« Ces projets sont basés sur l’entraide et la solidarité suscitées par la mixité intergénérationnelle au sein des immeubles. Les logements sont conçus et aménagés pour répondre aux besoins de personnes d’âge et de situations différentes, notamment des familles, des jeunes et des seniors. Ces projets peuvent être portés par des professionnels privés ou par des bailleurs sociaux. Dans ce dernier cas, le coût des loyers et des services correspondra à des personnes aux revenus modestes. Ce type d’habitat se base fréquemment sur une charte signée par les locataires, impliquant un engagement de solidarité avec le voisinage. » nous apprend le site des aidants.

La Croix-Rouge française vient par exemple d’inaugurer le village du Bois Bouchaud à Nantes, un tout nouvel ensemble médico-social intergénérationnel, créateur de synergie et de mixité sociale, regroupant des enfants, des familles et des personnes âgées. Ce nouvel ensemble médico-social intergénérationnel rassemble un centre maternel de 96 places (48 places mères et 48 places enfants), un centre parental hébergeant jusqu’à 15 couples en difficultés, une crèche collective de 80 places et une résidence pour personnes âgées autonomes de 36 logements de 36 à 48 mètres carrés avec services pour personnes âgées autonomes.

De manière moins élargie, des associations mettent en relation des seniors en perte d’autonomie avec une personne jeune qui, en échange du logis et du couvert, leur apporte son soutien logistique et une présence bienveillante.

La cohabitation intergénérationnelle fonctionne sur la base d’un échange solidaire et non monétaire, sauf participation aux frais d’usage. La personne hébergée ne remplace pas une auxiliaire de vie ou une aide à domicile, elle n’est pas un(e) professionnel(le)! Sa mission principale reste une présence conviviale et sécurisante dispensée le soir et la nuit et le plus souvent possible. Cependant, le ou la jeune ne doit pas s’engager dans le seul but de décrocher un logement à moindre coût. Il faut un engagement moral, car la cohabitation nécessite un minimum d’échange et de contact.women-2300105__340

Le réseau LIS France (Logement Intergénérationnel et Solidaire) a ainsi pu mettre en place plus de 4000 binômes depuis 2006, partout en France.

Les personnes âgées qui souhaitent rester chez elles et possèdent une chambre vide peuvent ainsi bénéficier de la présence rassurante d’un jeune, avec lequel une relation très forte se construit parfois. Et cela n’empêche nullement le recours aux aides et soins à domicile que les communes ont mis en place un peu partout en France (avec des variations non négligeables cependant, selon le tissu professionnel en présence).

S’installer dans une famille d’accueil.

Enfin, ultime solution si la dépendance n’est pas trop sévère (seuls les EHPAD et les résidences services assurent une présence médicale 24h/24 et 7j/7), la famille d’accueil. Méconnue du grand public, cette formule consiste à s’installer dans une famille, agréée et formée spécifiquement pour assurer cet accueil, contre rémunération.

On peut lire sur le site cap-retraite : « Solution intermédiaire entre la maison de retraite et le maintien à domicile , l’accueil familial s’adresse aux personnes âgées dont l’état de santé ne requiert pas un environnement médical. Cette solution d’hébergement peut être à titre temporaire ou s’établir sur du long terme, si elle s’avère bénéfique pour les familles et les seniors.
À titre temporaire, cette solution peut être utilisée afin d’assurer, par exemple, un temps de répit aux aidants familiaux qui prennent soin de leurs proches âgés. Ce type d’hébergement est généralement une source de joie pour des personnes âgées vivant souvent seules. Les seniors s’attachent à leurs hôtes, ils participent à la vie de la famille, créent des liens avec les enfants de ces derniers et ont des journées bien remplies. Cette solution d’hébergement est donc parée de nombreuses vertus tant pour les accueillis que pour les accueillants, qui ont la possibilité d’exercer un véritable métier tout en restant chez eux. »

Encore une fois, le recours aux aides à domicile (pour faire la toilette ou autre) peuvent tout à fait être intégrées à ce type d’accueil. Mais les personnes ayant l’agrément sont qualifiées pour s’occuper des personnes dépendantes, jusqu’à être à même de prendre en charge une personne atteinte d’Alzheimer ou de Parkinson. Le salaire de l’accueillant tourne en général autour du SMIC, à multiplier par le nombre de seniors accueillis.

 

Être accueillant familial demande une disponibilité constante. Douze heures par jour en moyenne. Cécile François, une accueillante familiale du Nord, commence généralement sa journée vers huit heures. «  J’apporte le petit-déjeuner à chacune des pensionnaires. Pendant que les infirmières prodiguent leurs soins, je m’occupe du nettoyage et des lessives. Ensuite, nous préparons, ensemble, le repas du midi. On prend le temps de vivre.  » Au rythme des pensionnaires et de leur santé. Sieste, jeux de société, sorties et visites des proches animent les journées.

 

Crédit photos : Pixabay

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