Psycho

Amitié toxique : comment la reconnaitre ?

Les amitiés toxiques avancent souvent dans l’ombre et sous couvert de bienveillance. On ne réalise pas forcément rapidement que tel ou telle ami(e) nous fait plus de mal que de bien. Comment reconnaitre une amitié toxique ?

L’amitié toxique s’inscrit dans le temps

amiitiéContrairement à notre famille, on choisit nos amis. On fait connaissance, on s’apprécie, on fait des choses ensemble, on rigole et on s’entraide à l’occasion et un beau jour, on se rend compte qu’on est devenus de vrais amis et non de simples copains. La différence entre un(e) ami(e) et un(e) copain/copine est relativement aisée à déterminer : avec le premier, on est soi-même en toutes circonstances, et la relation s’inscrit dans le temps. Si on ne peut partager que des soirées survoltées et jamais autre chose, ce n’est pas de l’amitié. Si on se sent obligé de parler d’une certaine manière (qui nous est inhabituelle) ou de faire des choses qui nous déplaisent (comme des expos d’art moderne ou des virées brocantes) pour que le lien puisse durer, ce n’est que de la copinerie, pas de l’amitié.

Un/une ami(e), c’est quelqu’un sur qui on peut compter en toutes occasions. C’est celui/celle qui fait nos courses quand on est terrassé(e) par une grippe, qui garde nos enfants au pied levé en cas d’urgence, qui ne nous envoie pas promener quand on l’appelle à 3 heures du matin, en larmes, parce qu’on vient de se faire plaquer. C’est aussi quelqu’un qui se réjouit de notre promotion, nous encourage si on hésite à reprendre des études, applaudit quand on a perdu 500 grammes (et ne souligne pas qu’il reste 6 kgs à perdre), nous invite à la table d’honneur lors de son mariage et prends régulièrement de nos nouvelles. En somme, c’est quelqu’un qui fait attention à nous et ne nous apporte que du positif. Les véritables amis, on les compte en général sur les doigts d’une main. On peut aussi avoir des amis lointains qui, du fait de leur éloignement, sont peu présents dans nos vies mais dont on sait qu’ils seront toujours prêts à nous soutenir, à nous faire rire et à nous ensoleiller la vie. Et réciproquement, bien sûr.

Contrairement aux copains, ces relations très agréables mais superficielles (avec lesquels on ne partage rien d’intime, sauf éventuellement lors d’une soirée trop arrosée, chose que l’on regrette aussitôt après), les amis restent longtemps dans nos vies. Au bout de trois, cinq, dix, quinze ans, ils sont toujours là. Le lien peut se distendre avec le temps, les rencontres se faire moins fréquentes (on a tous des vies overbookées), mais si, quand on se voit ou s’appelle, on a l’impression de s’être quittés la veille, c’est que l’amitié est toujours solide. Une affection, une complicité, une intimité intactes au bout de x années, c’est à cela qu’on reconnait une véritable amitié.

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C’est pourquoi il est si difficile de repérer les amitiés toxiques. Avec le temps, on a appris à aimer tellement de choses chez notre ami(e) ! On a évidemment une très grande confiance en lui/elle, et on ne suppose pas que ses conseils et admonestations soient mal intentionnés. La véritable amitié permet en effet la franchise, et nos amis sont aussi là pour tirer la sonnette d’alarme quand on fait n’importe quoi. Si on se met à mettre en péril un couple qui a tout pour nous rendre heureuse, ou à dépenser toute notre paye au casino, ou encore à vouloir démissionner sur un coup de tête sans aucun filet de sécurité, le rôle de l’ami(e) est bien – entre autres – de nous mettre en garde sur les conséquences de nos actes. Un peu comme un parent bienveillant, l’ami(e) nous connait si bien qu’il ne peut pas nous laisser aller droit dans le mur sans rien dire. Son affection à notre endroit le/la pousse à vouloir ce qu’il y a de mieux pour nous, et donc à nous avertir quand nous perdons les pédales. C’est justement parce qu’il/elle nous connait depuis longtemps qu’il/elle est capable de voir quand nous sortons de nos rails.

Mais certains amis se servent de cette composante pour nous pourrir la vie sans que nous le percevions de manière claire.

L’amitié toxique agit sous le couvert de la bienveillance

amitié toxiqueUne amitié toxique est très proche d’une véritable amitié. Elle en a tous les atours, tous les appâts. La seule différence réside dans la teneur des conseils, de l’écoute, du respect accordé. Un ami réellement bienveillant vous dira que vous devriez faire attention si vous avez tendance à vider une bouteille tous les soirs. Et vous demandera pourquoi vous en éprouvez le besoin, ce que cela vous permet d’oublier, ce qui, selon vous, pourrait vous permettre de ne pas mettre ainsi votre santé en péril. Il/elle vous écoutera, vous proposera éventuellement des solutions, l’adresse d’un addictologue, ou encore une virée de quelques jours au grand air. En somme, il entendra ce qui vous pousse à devenir alcoolique, et essaiera de vous aider à sortir de cette spirale infernale, par des moyens concrets. Mais :

– il/elle ne vous jugera pas

– il/elle ne vous imposera rien

A l’inverse, dans une amitié toxique, la personne vous accablera de reproches et vous tiendra un discours tel que : non mais tu t’es vu ? une véritable loque. Tu fais pitié. T’as pas honte de te détruire comme ça ? Franchement je me demande ce qui me retient de claquer la porte. Tu vas arrêter ça, t’entends ? Tu devrais faire du sport, aller voir un psy, changer de mec, je sais pas moi ! Mais en tous cas je te préviens, si tu continues, moi je serai aux abonnés absents.

Ce type de réaction relève d’une amitié toxique car celui/celle qui fait l’objet de ces reproches n’entend qu’une chose : l’ami(e) a raison. Pas besoin de sortir d’un master psycho pour savoir qu’une consommation d’alcool importante et quotidienne n’est pas une bonne idée. L’alcoolique potentiel culpabilise donc déjà. Et le fait que son ami(e) toxique le conforte dans cette culpabilité lui fait croire que c’est de la bienveillance. Dans ce cas de figure, l’amitié toxique a en effet toutes les apparences de l’attention et de la compassion. Mais il n’en est rien : quand quelqu’un va mal, on ne l’enfonce pas davantage.

Un(e) ami(e), c’est quelqu’un qui vous respecte profondément. Il connait vos défauts, vos failles, vos faiblesses, et s’en accommode voire s’en amuse. Mais en aucun cas il/elle ne vous dit ce que vous devriez être. En effet, demander à quelqu’un de changer, ce n’est pas l’aimer. On peut tout à fait être gêné par tel comportement, telle addiction, tel trait de caractère, et le faire savoir gentiment. Mais, dans la mesure où l’on ne vit pas avec ses amis, où l’on ne partage pas toute notre vie avec eux, ils n’ont aucun droit de regard sur celle-ci. En couple, c’est plus compliqué car le conjoint peut être affecté au quotidien par nos actes irréfléchis ou nos tendances destructrices. Mais un(e) ami(e) n’est pas dans cette situation, et son rôle est donc différent de celui d’un parent ou d’un conjoint.

amitié toxique

Bien entendu, un(e) ami(e) peut tout à fait légitimement vous donner des conseils. Il/elle peut vous donner son avis sur la couleur de votre salon (qui prendra mieux la lumière avec une couleur claire), vous donner une stratégie pour clouer le bec à votre patron irascible, vous orienter vers un psy quand il/elle vous voit pleurer toutes les larmes de votre corps chaque weekend, vous inciter à vous inscrire sur Tinder après six ans de célibat, ou encore vous dire que sortir avec un homme marié n’est pas la meilleure de vos idées. Mais dans tous ces cas de figure (et tant d’autres), il/elle ne vous reprochera pas vos choix ni vos goûts.

Une amitié toxique se reconnait à la tendance qu’a l’ami(e) concerné de sans cesse vous dénigrer, vous enjoindre de changer, de devenir la « meilleure version de vous-même » qu’il/elle a en tête. C’est là où c’est pervers : quelqu’un qui vous pousse à sans cesse vous surpasser, c’est forcément qu’il vous aime, non ? Hé bien non. Car on a le droit d’être soi-même. On a le droit d’être médiocre, pas assez svelte, pas assez cultivé, pas assez drôle, pas assez sportif, pas assez talentueux ou pas assez dynamique. On a le droit d’être la version de nous-même qui nous convient !

L’amitié toxique est une prise de pouvoir

amitié toxiqueIl ne faut pas confondre émulation et compétition. L’émulation c’est un « sentiment qui pousse à faire aussi bien ou mieux qu’un ou plusieurs autres dans diverses activités ; rivalité conçue comme une incitation au travail » (dictionnaire Larousse). L’émulation vient donc de soi-même, elle est une motivation qui nous appartient en propre. Elle est le petit aiguillon qui NOUS pousse à vouloir donner le meilleur de nous-même, par admiration envers autrui. La compétition, à l’inverse, indique qu’il y a un gagnant et un perdant. Elle pousse les individus à se surpasser, mais pour s’opposer les uns aux autres, et non dans la coopération.

Dans une amitié toxique, il y a compétition. Celui/celle qui va dénigrer, reprocher, admonester et rabaisser, se place dans la position du gagnant, dans cette compétition qu’il/elle a mise en place sournoisement. Tant qu’il est dans le rôle de celui qui dit ce qui est mieux, ce qui est bien, ce qui est à faire et à ne pas faire, il est en position dominante. Il/elle est celui « qui sait », tandis que l’autre, implicitement, est dans le rôle de l’enfant, de celui/celle qui « ne sait pas », « ne fait pas bien », « ne fait pas assez », etc. C’est purement et simplement un jeu de pouvoir, avec le triangle bien connu (de Karpman) du bourreau-victime-sauveur.

La victime de ce jeu psychologique, de cette amitié toxique, met souvent longtemps à réaliser qu’il/elle est la proie d’une prise de pouvoir. Ce qu’il prend pour de la franchise et de la bienveillance ne sont que des tentatives (réussies) de marquer son infériorité. Mais il y a une différence fondamentale entre un ami qui vous veut du bien et une amitié toxique : si on vous respecte, on ne vous fait pas de reproches sur votre manière de penser, de vivre, d’aimer, de travailler ou d’écrire. On peut avoir une opinion différente de la vôtre, ou une vision des choses différente, mais on n’essaye pas de vous en imposer une, en arguant que c’est « pour votre bien ».

nature-3106213__340Que vous ayez 20, 30 ou quarante ans, vous êtes la personne la plus à même de faire les choix les plus judicieux pour vous-mêmes. Personne ne vous connait mieux que vous-même, et par conséquent, personne ne sait qui vous êtes vraiment : on ne montre aux autres qu’une partie de nous, même quand on ne veut « rien cacher ». Nous sommes tous des êtres aux multiples facettes, qui évoluons et changeons au gré de nos expériences. Ce qui était vrai de nous hier ne l’est plus forcément aujourd’hui. Ce que je montre à X est légèrement différent de ce que je montre à Y, car nous nous adaptons aussi à nos interlocuteurs. Ainsi, même avec la meilleure bonne volonté du monde, aucun ami ne saura mieux que vous ce qui est bon pour vous.

Cela n’empêche pas de quérir des conseils : ils apportent de l’eau au moulin de notre réflexion et nous aident à discerner des données que nous aurions pu ne pas voir. Mais, comme dit l’adage, « les conseilleurs ne sont pas les payeurs ». Un conseil ne vaut que pour celui qui le donne, et est adapté à sa vision du monde, à son vécu, à ses expériences et à ses croyances. Toutes choses qui ne sont pas forcément adaptées à notre propre vécu, nos croyances, nos expériences, etc.

Il peut être douloureux de sortir d’une relation de dépendance vis à vis d’autrui, et de réaliser que personne n’est mieux placé que nous pour savoir comment mener notre vie. On se sent parfois démuni face à la responsabilité qui nous incombe. Pourtant, c’est là le signe le plus patent de la maturité.

Pour sortir d’une amitié toxique, il suffit donc de se poser quelques questions simples :

– Est-ce que cette personne m’apporte de la joie ? (si c’est non, fuyez)

– Est-ce que je me permettrais de dire la même chose à cette personne ? (si la réponse est non, c’est que vous n’avez pas les mêmes valeurs)

– Est-ce que je me sens être le meilleur de moi-même quand je suis avec cette personne ? (si c’est non, prenez la tangente)

– Est-ce que cette personne m’apporte du positif, m’aide à me sentir bien ? (même remarque)

– Est-ce que, avec cette personne, j’ai toujours l’impression de ne pas être à la hauteur ? (même remarque)

En amour comme en amitié, nous avons le choix : rester ou partir. Dès lors qu’on sent qu’une relation ne nous épanouit pas, nous plombe ou nous fait nous sentir inférieurs, il n’y a qu’une seule chose à faire (car on ne change pas les gens, nous n’avons pas ce pouvoir et c’est très bien ainsi) : rompre le lien. On peut le faire de manière douce et diplomatique (en cessant de fréquenter ladite personne) ou de manière brutale (en vidant notre sac). Là aussi, le choix nous appartient. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de faire : il n’y a que celle qui nous correspond.

 

Crédits images : pixabay

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