Nos marmots

Etre parent, c’est dur !

A en croire les groupes facebook regroupant des mamans, à en lire les innombrables articles de conseils pour « réussir sa parentalité », il semblerait qu’être parent, de nos jours, soit devenu une entreprise particulièrement ardue. Pourquoi la chose la plus naturelle du monde est-elle devenue si compliquée ?

Parent cherche mode d’emploi

On le sait, Françoise Dolto est passée par là. Avant qu’elle n’explique que « l’enfant est une personne », la marmaille poussait comme elle pouvait, entre herbes folles et leçons de bonnes manières. Mais depuis qu’on sait qu’un bébé n’est pas qu’un tube digestif, et que des tas de spécialistes se sont penchés sur ce qu’est l’enfance, le rôle de parent s’est énormément complexifié.

Prêter attention aux ressentis, à la sensibilité de l’enfant, est une excellente conséquence de la modernité et des avancées scientifiques. Cependant, cette avancée a ouvert la boîte de Pandore : jusqu’où tolérer les débordements d’un enfant ? Dans quelle mesure la crainte de l’autoritarisme mène-t-elle au laxisme ? Où placer le curseur pour savoir ce qui relève du respect de l’enfant et ce qui relève de la démission parentale ?

La violence juvénile qui fait de plus en plus la Une des médias nous interroge sur la place accordée à l’Enfant – et l’adolescent – dans notre société. Les parents exténués par un burn out parental, ou simplement dépassés par une progéniture qui leur en fait voir de toutes les couleurs, ne savent plus à quel psy se vouer. Le nombre de consultations pour suspicion de « troubles du comportement » chez les enfants ne cesse d’augmenter : en 2013, 500.00 enfants étaient suivis en pédopsychiatrie. Pourtant, les délais d’attente s’allongent, le nombre de praticiens s’avérant insuffisant par rapport à l’explosion de la demande.

Être parent, le rêve d’une vie

La place de l’enfant (ou des enfants) dans la famille est devenue centrale. Avant que les moyens de contraception ne soient démocratisés, l’enfant arrivait n’importe quand, y compris quand « ce n’était pas le moment ». Bien que les grossesses non désirées soient encore nombreuses (216.000 avortements ont été pratiqués en France en 2017), la grande majorité des couples d’aujourd’hui décide de fonder une famille : ce qui était autrefois une loi de la Nature est devenu un choix, un projet. Et cela change tout. L’investissement affectif et matériel est bien plus fort que lorsque l’enfant n’était vécu que comme une conséquence de la sexualité. Les chiffres de la procréation médicalement assistée (PMA) en attestent : un enfant sur 35 naît grâce aux techniques d’assistance médicale. En 2012, « plus de 142 708 tentatives de procréation médicalement assistées ont été menées en France. Elles ont permis la naissance à 23 887 enfants, selon l’Agence de la biomédecine. » (source : INED).

family-1784371__340Même si certains couples décident de ne pas engendrer d’enfants, la tendance familiale est forte : 53 % des Français associent la famille au bonheur (2015). C’est une « valeur refuge », dans un monde incertain où l’emploi et le lien social se sont délités. Dans un contexte de méfiance généralisée, de perte de sens et de crainte de l’avenir, l’Enfant est porteur d’espoirs : il est l’assurance d’un lien fort, durable, réciproque, mais aussi d’un potentiel de réussite. On peut échouer à faire une brillante carrière, à s’épanouir personnellement, à mener sur le long terme un couple heureux, mais au moins, on réussira en tant que parent. Devenir parent est en effet bien souvent vécu comme une façon de réussir sa vie. Dès lors, comment s’étonner que cela entraine de l’anxiété et mille questions quotidiennes ?

Des parents dans l’incertitude

Il y a 50 ans, les parents ne se demandaient pas ce qui était bon ou non pour leur enfant. Ils faisaient « comme ils le sentaient », en s’inspirant de leurs propres ressentis d’enfance pour diriger leur barque. Souvent, on reproduisait l’éducation qu’on avait reçue, sans se poser de questions. Mais aujourd’hui les étagères des librairies sont pleines de livres sur le développement de l’enfant, la parentalité, et une kyrielle de troubles sont venus hanter les nuits des parents attentifs : TDAH (trouble de l’attention avec hyperactivité), précocité, troubles autistiques, troubles dys, anxiété, troubles de l’alimentation, etc. Il s’agit donc de ne pas se tromper et de se montrer très vigilant pour donner à sa progéniture toutes les chances de s’épanouir au mieux.

Malheureusement, il y a tellement de sons de cloche différents – y compris parmi les spécialistes – que l’éducation est devenue le royaume de l’incertitude. On entend par exemple beaucoup parler d’éducation bienveillante et positive depuis quelques années : réprimander, punir, forcer à, seraient des violences exercées à l’encontre de l’enfant. L’interdiction de la fessée va dans ce sens. Mais dans le même temps, face à la tyrannie de l’enfant-roi dénoncée de plus en plus souvent, le retour à la notion d’autorité séduit. La psychanalyste et essayiste Claude Halmos plaide ainsi en faveur d’une autorité légitimée.

Dans un autre registre, entre une grand-mère qui préconise de laisser pleurer l’enfant « parce que sinon il sera capricieux », et la mode du « co-dodo » (laisser l’enfant dormir dans le lit parental jusqu’à un âge avancé) issue des traditions, il est parfois difficile de savoir ce qui est réellement profitable au développement de l’enfant, et de le démêler de ce qui est préjudiciable pour le parent ou le couple parental. L’équilibre n’est pas toujours facile à trouver.

Être parent, c’est jongler entre désir et obligation

Pour s’y retrouver dans le labyrinthe de ces injonctions contradictoires, le plus simple est de se souvenir qu’un enfant n’est… qu’un enfant. C’est à dire un être en construction, qui a besoin de repères, de règles, de limites, mais aussi de compréhension et d’amour. C’est de là que vient le dicton « qui aime bien châtie bien » : aimer son enfant, c’est lui imposer des frustrations, des régulations, des interdictions, justement parce qu’on l’aime. En tant qu’adulte, nous connaissons les conséquences de la plupart de ses actions : nous savons, par exemple, que s’il ne dort pas assez, l’enfant sera fatigué, et donc tendu, moins réceptif aux apprentissages scolaires, plus enclin à se blesser. Il nous appartient donc de l’obliger à se coucher tôt, même si nous avons le désir de le laisser prendre du plaisir à rester avec nous jusque tard.

parentsAutre exemple : quand l’enfant repousse son assiette de légumes verts, nous avons le désir de le laisser tranquille avec la nourriture, de lui faire plaisir avec un plat de frites, et accessoirement de nous éviter une crise qui nous vrillera les nerfs. Pourtant, il est de notre devoir de penser à long terme, de l’éduquer à varier son alimentation, afin de lui éviter des problèmes de santé (dont il ne peut avoir conscience et qui, même expliqués, lui demeurent trop abstraits pour avoir de l’impact).

Contrairement à ce que nous laissent penser les publicités en tous genre, la vie n’est pas fondée sur le plaisir et l’amusement. Il est donc important d’inculquer à nos enfants la tolérance à la frustration et le respect des règles. Cela peut se faire en douceur, avec des explications et une certaine souplesse, mais un enfant sans cadre est un enfant en souffrance, car sans repères.

Céder à tous les désirs de l’enfant n’est pas lui rendre service, même si cela est bien plus facile au quotidien. En effet, s’il est livré à son sentiment de toute-puissance, l’enfant ne tolèrera pas que quiconque ou quoi que ce soit puisse s’opposer à ses désirs. Or dans la vie en société, on ne peut jamais accéder à tous ses désirs. Il appartient donc aux parents de lui apprendre à accepter cet état de fait, en commençant par de petites choses comme se coucher à une heure raisonnable, manger équilibré, s’exprimer sans violence, accepter de différer une envie ou y renoncer, etc. L’enfant va s’opposer à cette autorité, et c’est normal : il cherche à tester les limites, à connaitre le cadre le plus exactement possible. C’est précisément ce qui caractérise le développement de l’enfant : connaitre le monde qui l’entoure et s’y adapter. S’il n’y a pas de cadre dans la sphère familiale, l’enfant va se construire avec l’idée qu’il en est ainsi partout. Et cela va engendrer beaucoup de problèmes. Être parent, c’est donc lutter contre le désir de faire plaisir en permanence à son enfant, parce qu’on a l’obligation de l’éduquer avec une vision à long terme. Mais cela n’empêche pas de lui faire plaisir à l’intérieur du cadre posé !

Bien entendu, ledit cadre évolue en fonction de l’âge de l’enfant et de ses capacités. Les règles ne peuvent pas être les mêmes pour un petit de 5 ans et pour un ado de 15 ans. Mais un ado reste un enfant : il n’a pas encore la maturité nécessaire pour savoir ce qui est bon pour lui. Sa taille et ses airs assurés ne doivent pas tromper les parents : s’il a toute légitimité pour choisir son orientation scolaire, encore faut-il lui fournir toutes les données nécessaires pour qu’il puisse faire son choix en connaissance de cause. Et ça, c’est le rôle des adultes. Idem pour les fréquentations ou les loisirs : respecter son rejeton, ce n’est pas le laisser faire ce qu’il veut, c’est lui donner tout ce qui est nécessaire pour qu’il puisse grandir en sécurité et en conscience. Le laisser jouer pendant des heures sur sa console à des jeux interdits aux moins de 18 ans n’est pas constructif pour lui : il doit faire l’effort d’apprendre à respecter les interdits, et à varier ses activités pour développer sa créativité, ses liens sociaux, son intelligence.

De nos jours, être parent est souvent épuisant car la parole de l’enfant s’est libérée, son statut a évolué, et sa construction se fait dans un monde qui change très vite. Le soutien parental, l’amour de ses proches, sont plus que jamais vitaux à l’enfant. Mais cela passe aussi par la capacité du parent à assumer son rôle, qui est celui d’une personne responsable qui voit à long terme et qui maitrise ses propres émotions.

(Crédit photos : pixabay)

 

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